‹ Le schisme oriental du XIe siècle (volume 2)Chapitre 27 sur 106 · Bibl. nat., ms. gr. 4182, fol · texte numérisé non relu

Bibl. nat., ms. gr. 4182, fol

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70 CHAPITRE Il

place à laquelle n'avaient jamais aspiré ses prédécesseurs.

I vint habiter à Sainte-Sophie, où était le palais patriarcal ‘ avec toute sa famille. C'est là sans doute l'explication des reproches obscurs que lui adresse Psellos dans son Réquisitoire. W parle « d'un gynécée, d'absence de mystères, dé conversations profanes ». Il dénonce « les cris des enfants, des nourrissons portés sur les bras, un festin de noces, des chants du mariage, un mélange de ce qu'il faut séparer, un temple sacré et une vie mondaine... * » Il est exact en effet que Michel Cerularius prit à sa charge les fils du malheureux frère dont la mort tragique fit une si grande impression sur son esprit. Il veilla sur leur éducation et confia leur instruction à ce même Psellos qui devait plus tard lui reprocher sa bonne action, ce qui ne l'empêche pas d'ailleurs dans son Oraison funèbre de revendiquer la gloire de ce choix. Il explique complaisamment « qu'ils vinrent s'abreuver aux sources de ses discours et, après avoir appris l'art de la parole, s’élevèrent jusqu'aux hauteurs de la philosophie * »

A côté de ses neveux vivait aussi sans doule la nièce du patriarche, Eudocie, qui devait être dans la suite impératrice de Byzance *, Elle était la fille de ce Jean Macrobemlitès, qui avait conspiré autrefois avec Michel Cerularius pour lui donner l'empire, et d’une sœur du patriarche “, Elle épousa un des plus vaillants généraux de l’armée byzantine, le futur

4, Le « Patriarchium » était situé en eflet tout près de la grande église et communiquait certainement avec elle, comme le prouve l'histoire de la révolte de 4057. Il se composait de plusieurs « triclinia » dont l'un, le Thomaïtés, renfermait la bibliothèque des patriarches et avait vue sur le Forum Augustæum, en face du palais impérir t aussi dans cet édifice que se trouvaient les deux tribunaux | Secretum majus et le Secretum minus. (Du Cange, Cons! .

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ÉTAT DE CONSTANTINOPLE ET DE ROME EN 1054 Lil

empereur Constantin Ducas. {l n'est pas douteux que ce soit ce mariage, célébré peut-être dans la propre demeure du patriarche, qui ait si fort scandalisé Psellos, alors que, quelques années plus tard, il devait en vanter l'éclat dans son Oraison funèbre *. N est, d’ailleurs, certain que cette alliance donnait au patriarche un point d'appui solide dans la haute société de Constantinople. A sa famille proprement dite devaient se joindre des alliés et des amis qui formaient autour de lui comme une sorte de bataillon sacré et dont l'influence occulte où manifeste devait être pour lui d’une grande imporlance dns les principaux événements de son pontificat.

Au milieu de cet entourage, le patriarche ne menait pas une vie purement ascétique. Il semble qu'une fois à Sainte- Sophie, il ait continué comme par le passé à allier, comme le faisaient la plupart des Byzantins, la vie religieuse à la vie mondaine, Un patriarche n'était pas alors obligé de vivre comme un moine : n'avons-nous pas vu que le patriarche Alexis avait passé son pontificat à amasser l'immense trésor qui devint la proie de Constantin Monomaque? Il faut done ajouter foi, dans une certaine mesure, aux détails que Psellos ioûs donne dans son réquisitoire sur la vie de Michel Cerularius; mais nous n'oublierons pas non plus qu'obligé de trouver tout détestable dans cette vie, il s'est laissé entrainer à répandre une couleur de crime sur les actes les plus innocents et les plus vulgaires. .Ces réserves faites, le tableau qu'il trace jette un jour curieux sur la manière de vivre d'un palriarche byzantin au x1° siècle.

Chaque matin, dit-il, une véritable armée venait assiéger son palais. « Tous frappaient à la porte l'un après l'autre et ils entraient aussitôt. C’élait un marchand de fards ; puis, un artiste en tout genre; puis, un marchand d'aromates, un porteur d'eau, un repasseur de couteaux, un pâtissier, un orfèvre, Celui-ci est expert en pierres précieuses ; cet autre exhibe quelque autre chose. C'est une coupe de cristal dia-

1. Psellos, 1, Orais. fun, pp. 380-381; — Mich. d'Altalie, p. 56 (14).

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phane et précieux, ou bien un vase de Thériclès que rend, plus beau une désignation nouvelle ou une magnilique expression; où un coquillage; ou un poisson, le merle argenté, le melegkoryphe doré; et chacun d'eux émettait des sons d'une façon particulière au moyen d'un système mécanique. L'un lui présente un aromate rond, enchässé dans l'or; l'autre un diamant, un morceau de marbre ou une escarboucle; un autre des perles, soit rondes et bien blanches, soit divisées et allongées. Et il trouvait du charme à ces objets, soit pour leur beauté, soit pour leur forme, soit pour leur construction. Venaient ensuite des astrologues, puis, après eux, des devins, de ceux qui ne connaissent pas autre chose que leur art de divination et qui, d'ailleurs, sont crus, non pour leur art, mais à cause de leur pays ; l'un parce qu'il est Illyrien, un autre parce qu'il est Persan. !. » Quel était, d'après Psellos, l'objet des visites de ces charlatans? Ils connaissaient les vertus merveilleuses des pierres et apportaient au patriarche le secret de faire de l'or. Malgré toutes leurs recettes, « le fer restait toujours du fer; l’airain ne prenait de l'or que la couleur * ». Il semble, en effet, que cette recherche de la pierre philosophale ait occupé l'esprit de Michel Cerularius ; mais il eut, en tout cas, pour complice, son futur accusateur, car on a retrouvé un traité

4. Bibl. nat, ms. grec 1182, fol. 148 : « "ANS êr AAAY épéger rhy aÜheov + wat épétne mdvres elrheaay +6 dv0oB4pn * à rGv roumihuy Enuioupyés à épuuato— ôpas - 6 perrupiquy rô Dôwp + à rh puhieny Midov dû mvôy » 6 ràç rupaulôns avan hquy * à ppusoyuipuy + 6 ràs Afoue elôdx * al Nos NRA rt pépuv éBebevs + à phy xüeN OS rhe BlagavoGe DeXRoU mal mohyripou * à Bè Enpléke pera rûv xaluv bvopdruv wat rie Rohurekeiae eüv MEeuv : à 8 uoyyÜMos : À donde pro: À Sgyupod nérrugor * À ppuaog peheyeépupo » lôlac eva quvèc Ürd unyav= 200 mudparos. "0 à rrprptpls dpuua arlyuas rabmhwnévoy ypuante * 6 Gà dôépavrz 4 huyvlenv À dpauz © mal GNAË papyapitas À robe dupiÜGe éremipopévous Mal Reuvordrous, À rode marduuy Btespnariauévoux * «al Éséprero süv pv, 5$ 2e rôv 6 +9 cyhuan * ù +f unyavÿ. 'Aszpohdyor Gé vives Emi vodrois wa péves sûv oùôt atoruv 00 Br: pavralxc elônc Érisrapéur, miareuouému à dx oùs, drd fe cépvns, SAN md #00 Blvous + Be 6 puèv MAauplos * b Bt Téprné.… »

2. Mss. gr., 1182, Bibl. nat., ais alônpos val © yahnde ppuads Bypl

Il faut, en effet, le reconnaitre, et Psellos lui-même en est un sûr garant, Michel Cerularius savait allier à ces occupalions profanes une véritable vie d'ascète. Par là il ne différail pas de ses contemporains dont la vie mondaine était souvent interrompue par des crises de dévolion et qui étaient tout préparés à quitter leurs honneurs et leurs richesses pour aller s'ensevelir au fond d'un cloître. Les Psellos, les Constantin Lichudès, les Jean d'Euchaïta sont d'illustres exemples de cette tendance. D'ailleurs, le goût de l'astrologie et des sciences occulles n'élait peut-être qu'une des formes du mysticisme qui envahit peu à peu la vie du patriarche. « Je mène une vie diamétralement opposée à la tienne, » lui écrivait Psellos *. La théologie et le service divin semblaient être de plus en plus ses principales préoccupations *, Psellos comparait la mobilité de son propre esprit sans cesse en mouvement d'un objet à l’autre, à la fermeté et à la stabilité de Michel qui semblait, lorsqu'il entrait en contact avec des humains, « descendre du ciel sur la terre », et qui paraissait au milieu d'eux comme un étranger *. 11 n'accordait donc aucune considération aux sciences profanes ; il était pour ainsi dire « suspendu au divin suprasensible * ». Il affectionnait les méditations sur les mystères et il aimait les expressions symboliques, « surtout lorsque son discours était porté comme sur des ailes par l'autorité que lui donnait son pouvoir archiépiscopal * ». D'ailleurs, dans ses discours, il semblait réunir deux sentiments opposés, l’austérité et l’indulgence. 11 disait qu'il fallait détester les traîtres, mais en avoir pitié *. Il savait, en un mot, fondre dans une même harmonie les qualités si différentes qui conviennent à un ascète et à un évêque”.

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