Bibl. nat., me. grec 1183, fol. 147 bis
3. 14. : « 'Eaurby 8 pévos dd Kpévou val ‘Péas Éyeveahôyet, »
montra son caractère personnel en rompant avec ces habitudes de cour et en donnant à ses contemporains, ce qui élait alors une grande nouveaulé, l'exemple de suivre scrupuleusement les lois canoniques, En 1026, à vingt-quatre ans, il fut élu évèque de Toul ; en vain, l'empereur voulut le détourner d'accepter en lui représentant que Toul était un des plus pauvres évèchés de l'empire ‘ ; en vain, soucieux plus que luimême des intérêts de son pupille, il lui refusa l'autorisation d'accepter les suffrages du chapitre : Brunon fit si bien par ses prières, qu'il eut raison et devint évèque de Toul. Mais ce fut une nouveauté plus grande encore lorsque, après avoir été choisi pour être pape à l'assemblée de Worms, en 1047, il mit, pour condition formelle à son adhésion, qu'il serait d'abord élu régulièrement par le clergé et le peuple romain ?. On vit le nouveau pape se rendre à Rome sous un habit de pèlerin * et, devant les fidèles assemblés, déclarer qu'il était prêt à relourner dans sa patrie, si le choix de l'empereur n'était pas ratifié par eux *. Cette conduite eut pour effet de remplir les Romains d'enthousiasme et donna à Léon IX assez d'autorité pour qu'il pût étendre à l'Église tout entière, l'œuvre qu'il n'avait pu poursuivre jusqu'ici que dans son obseur évèché, la Réforme.
Que Léon IX ait été ou non moine de Saint-Benoît, il a de tout temps tenu en grande affection l'ordre de Cluny. Pendant les vingt années qu'il passa dans l'évêché de Toul, il entreprit d'établir la Réforme dans son diocèse et, avec l'aide de son conseiller Guidrice, il introduisit dans les monastères des habitudes d'autorité et de discipline qui y étaient depuis longtemps abandonnées *.. Une tradition veut que ee soit un des principaux partisans de la Réforme, Hildebrand, qui lui ait donné le conseil de n'accepter le siège de
« Wibert, I, 8-9.
ss CHAPITRE 11
vèque de Ravenne, chapelain de l'empereur, coupable de réclamer une partie du patrimoine de Saint-Pierre. Chaque année, au moment de Pâques, il présidait à Rome les assises de la chrétienté réformatrice, et c'était de là que partaient les excommunications lancées contre les prévaricateurs *.
Cette lutte ne se livra pas sans résistance ; il fallut revenir plusieurs fois sur les mêmes décisions et, en certaines occasions, les haines amassées faillirent coûter cher au pape. A Mantoue, en 1053, les évêques lombards empêchèrent le pape d'assembler son synode ; une rixe entre leurs gens et l'escorte pontificale fut près d'amener une sanglante querelle. Mais rien n’arrêtait l'activité de Léon IX et le souci de la réforme ne l'empèchait pas de poursuivre une autre entreprise qui devait en assurer le succès. Pour mener à bien la Réforme de l'Église, il fallait un pape très puissant tant au point de vue matériel que spirituel. Léon IX fit tous ses efforts pour procurer à la chaire de Saint-Pierre la puissance qui lui manquait.
Sa politique temporelle ne fut pas heureuse, mais ses échecs eux-mêmes devaient être plus tard féconds pour le Saint-Siège et il était réservé à un autre que Léon IX d'en tirer parti. La possession de l'ancienne principauté lombarde de Bénévent fut le but de toute cette politique; Léon IX résolut de satisfaire les prétentions que ses prédécesseurs avaient déjà élevées sur ce territoire. À son avènement, les Bénéventins se déclarèrent ses alliés * et, à plusieurs reprises, Léon IX, par lui-même ou ses envoyés, vint s'assurer de sa nouvelle conquête *. Mais un grave danger la menaçait. Les aventuriers normands, élablis dans l'Italie méridionale depuis le commencement du x:° siècle, avaient fini par s’y tailler des
eur propre nt infligées
Pontif: roman, 1, p. 442.
comte de Champagne, en 1036, menait lui-même son troupeau à la défense des murailles et forçait son adversaire à lever le siège ‘.
Mais cette fois Léon IX eut affaire à des ennemis mieux organisés et plus forts que lui. En vain essaya-t-il de faire sa jonction avec l'armée byzantine d'Argyros; les Normands l'en empêchèrent et détruisirent ses espérances à Civitella *, le 17 juin 1053. Mais ce pape, qui avait déjà fait voir à ses contemporains de grandes nouveautés, leur donna ce spectacle plus étonnant encore d'un vainqueur arrêté par le respect du vaincu. A la voix de Léon IX, les Normands s'abstinrent de piller la ville qu'ils avaient prise. Non seulement le pape ne fut pas traité en prisonnier, mais il put retourner librement à Bénévent et, après avoir séjourné quelques jours à Capoue, il alla mourir tranquillement à Rome *.
C'est qu'une barrière plus forte que toutes les armées mettait Léon IX à l'abri des fureurs des Normands, et celte sauvegarde qui le protégea dans ses périls, ce fut l'autorité morale qu'il avait conquise au Saint-Siège. Léon IX eut, avant Grégoire VIT qui fut, à bien des égards, son disciple, le sens de la catholicité et le désir de dominer l'Église universelle. Aucun événement de la chrétienté ne lui fut étranger et, contrairement à la conduite de ses prédécesseurs immédiats, il s'éleva au-dessus des querelles mesquines qui menaaient son autorité dans Rome même pour planer du regard sur l'univers chrétien dont il se regardait comme le chef inébranlable.
Aussi il n'y avait pas de pays chrétien où ne pôût s'immiscer son autorité, pas de querelle religieuse dans laquelle il ne parvint à imposer son arbitrage, En France, il excommunia l'évêque de Dol et les évêques bretons qui refusaient de reconnaître l'archevêque de Tours pour leur métropoli-
1. Wibert, 1, xv, Voir Delare. = le la bataille d'après les sources italiennes dans Delarc, Les
3, Wibert, If, 42.
Sicile et à l'envoyer convertir les Musulmans; puis, à cause des difiicultés du voyagé, il le garda à Rome auprès de lui après l'avoir nommé évêque de Silva-Candida et cardinal dé l'Église romaine ‘, A côté de lui, nous trouvons Frédéric, frère du duc Gottfried de Basse-Lorraine et parent de Léon IX. Il était chanoine de l’église de Liège lorsque le pape le fit venir à Rome et le créa cardinal, bibliothécaire et chancelier de l'Église romaine ?.
Puis c’étaient les Italiens : d'abord, le patriarche de Grado et de Venise, Dominique, que Léon IX favorisa aux dépens du siège d'Aquilée * et qui, par sa situation intermédiaire entre l'Orient et l'Occident, devint un utile auxiliaire de la diplomatie pontificale. 11 n'avait dans ses lettres ni la rigueur de Léon IX ni l’âpreté d'Humbert ; il pouvait donc servir en cas de conciliation. Enfin, il est certain que, dès cette époque, le fils du charpentier de Soano, le moine de Cluny Hildebrand, avait une grande influence dans les conseils du pape. Lui aussi était sorti de son monastère pour obéir à Léon IX ; en récompense, il avait été ordonné sous-diacre et nommé abbé du monastère de Saint-Paul *. Il est impossible d'apprécier le rôle qu'il joua dans la querelle entre Rome et Constantinople; mais, vraisemblablement, il avait à cœur la politique qui consistait à proclamer hardiment la primaulé de Saint-Pierre et à repousser par une fin de non recevoir toutes les attaques de l'Église grecque.
La lutte qui devait aboutir au schisme fut, en effet, le dernier épisode du règne de Léon IX. Cette lutle éclata au up d'une pie, sk nous l'avons Yu, semblait dar
À Grés (VI sic, pars II, p. 409).
contact des trois hommes qui dirigeaient la chréticnté devait sortir la discorde. L'empereur était trop faible et trop indolent pour rien empêcher; le patriarche avait un trop grand amour de la domination pour se contenir; le pape avait une idée trop entière de ses droits pour rien accepter qui pôt les diminuer. Pour que le schisme entre les deux Églises ait eu lieu en 1054, il a fallu que la personnalité de ses principaux acteurs lui eùt préparé ce terrain favorable.
vivement que le nom du pape soit encore mentionné dans les diptyques des patriarcats orientaux et il ajoute qu'à Conslantinople il n’en est plus ainsi depuis le concile in Trullo, tenu en 692 *. C'était là une erreur grave, mais volontaire. Le patriarche Pierre lui fitremarquerque, depuis cette époque, les rapports avaient été rétablis entre Rome et Constantinople et que pendant le voyage qu'il fit dans sa jeunesse à Byzance, il vit de ses propres yeux le nom du pape inscrit dans les diptyques *. Cet argument est sans doute irréfutable; pourtant il n’est pas impossible que, bien avant le schisme, Michel Cerularius eût procédé à cette radiation. Il ne jugea peut-être pas à propos de le faire avec une grande solennité, mais il prépara ainsi habilement les voies à une rupture complète. Ce n’est pas là, d'ailleurs, une simple conjecture : un manuscrit de la chronique de Cedrenos mentionne une tradition d'après laquelle il auraitaccompli cet acte à son avènement * ; rien n’est plus vraisemblable.
Bien plus, si l'attaque contre Rome avait déjà préoccupé sa pensée, il avait aussi trouvé de quel côté il faudrait diriger cette attaque. Dans la lettre citée plus haut, qu'il adressa au patriarche d'Antioche, il affirme que, bien avant le schisme, il avait lutté contre le culte des azymes. Il eut, dit-il, des discussions à ce sujet avec le patrice Argyros péndant le séjour de ce fonctionnaire à Constantinople +. Ces discussions se terminèrent souvent d'une manière violente, car, devant son acharnement, « il le priva plus de quatre fois de la communion ‘ ». Or, Argyros était un Lombard qui fut d'abord, comme son père, l’allié des Normands, puis, par un brusque revirement, se tourna du côté de Byzance et reçut de Constantin IX le titre de due d'Italie 5, Il était certaine-