Lettre à Dominique
répondre, et é’est à juste titre que dans son Dialogue il le quulifia de puéril. Les étymologies des mots, dit-il en substance, obéissent plus à la fantaisie des hommes qu'à la nature des choses « et dans toutes les Écritures nous trouvonslemotäpro appliqué indifféremment aux azymes et au pain fermenté ! ». 11 prouve son dire par des exemples nombreux qu'il va même chercher jusque dans saint Jean Damascène *.
D'ailleurs, quand bien même on eût pu fixer la date de la Cène, la question n'eût pas été beaucoup plus avancée, Il restait à prouver dans le premier cas que le Christ s'était servi d’azymes, dans le second cas, qu'il avait employé du pain fermenté. Aussi, pour étayer leurs arguments, Grecs et Lutins recoururent-ils, à la dernière ressource de la discussion, à l'autorité, Après avoir posé le problème insoluble des espèces employées par le Christ, ils posèrent la question, à peu près aussi difficile, des usages primitifs de l'Église.
IV. — Mais cette fois encore Nicétas fit preuve d'une grande duplicité en dénaturant les textes des Synodes eten voulant appliquer aux azymes les mesures portées contre les Juifs. Le sixième concile æcuménique, tenu en 680-681, sous Constantin Pogonat, d'accord avec le pape Agathon, lança l'anathème sur lous les prêtres qui mangeraient des azymes avec les Juifs ou habiteraient avec eux *. Il est clair que cette mesure était dirigée contre le judaïsme, et non contre l'usage des azymes dans l'Eucharistie. Humbert n'eut pas de peine à l'établir dans sa réponse à Nicétas *. D'ailleurs, ajoute-t-il, il est aussi absurde de ne pas se servir d'azymes, parce que les Juifs en mangent sept jours par an, qu'il le serait de ne pas manger de pain fermenté, sous prétexte qu'il est en usage chez eux le reste de l’année *. De pareils procédés de diseussion n'avaient pas, même au moyen âge, une grande valeur, et
il n’est pas étonnant que Nicétas ait consenti si facilement à abandonner ses arguments.
Tout autre est la polémique que l’on trouve dans la correspondance entre le patriarche de Grado et le patriarche d'Antioche au sujet des usages primitifs de l'Église, Dominique avait affirmé dans sa lettre que les Romains tenaient l'usage des azymes « non seulement de la tradition apostolique, mais du Seigneur lui-même ‘ ». Pierre répondit que si les Romains avaient reçu cet usage des apôtres, beaucoup de choses avaient été modifiées et améliorées depuis cette époque. À mesure, dit-il, que la foi chrétienne s'est fortifiée et répandue, on a abandonné beaucoup d'anciens usages, tels que le sabbat, la circoncision, le mariage des évêques, les baptêmes tardifs, ete... *, Pourquoi n'en aurait-il pas été de même des azymes ? « Est-ce que l'Église de Dièu, comme il est dit, ne va pas en se fortifiant et en tendant de plus en plus à la perfection *? » Ce sont là des affirmations plutôt que des faits ; ce qu'il aurait fallu montrer, c'eût été le moment où l'Église romaine avait adopté le pain azyme et l'Église grecque le pain fermenté.
Un premier fait semble, hors de doute. On peut se demander pourquoi Photius, qui batailla si rudement contre l'Église latine et qui lui reprocha aussi bien ses dogmes que sa liturgie ou sa discipline, ait laissé de côté la question des azymes. On lui attribue, il est vrai, un traité sur les usages religieux des Franes, Neo =&v Deéyyuy, dans lequel sont énumérés un grand nombre de griefs contre l'Église latine et, entre autres, celui des azymes *. Il serait intéressant de démontrer l'authenticité de ce traité : c'est à malheureusement une lâche impossible. Tous ses détails prouvent que, loin d'être de Photius, il appartient à l'époque du schisme de 1054, L'auteur s'adresse au début à tous les Latins, « Italiens, Lombards,
1. Will, pp. 207-208, 2. Lettre à Dominique. Will, p. 226 (35-37).
4 Hergenræther, Monumenta ad Photium perdinentia, p. 62,
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Fiancs, Germains, Amallitains, Vénitiens # », c'est-à-dire à tous les peuples qui étaient en ce moment même en relations avec Byzance. On y trouve des réponses aux principales objections des polémistes latins. C’est bien à Dominique de Grado que l’auteur s'adresse visiblement, lorsqu'il dit : « Ils se servent d'azymes au lieu de pain fermenté et ils calomnient l'apôtre Pierre et les saints pères en disant qu’ils ont reçu d'eux cette tradition *. » Plus loin, il semble avoir reçu Je mot d'ordre de Michel Cerularius, quand il déclare que le pape a abandonné les traditions apostoliques et est retranché depuis très longtemps de l'Église catholique *, Ce n’est done pas à Photius que l'on doit attribuer ce traité, et il faut conclure que la question des azymes lui été entièrement étrangère. S'il l'avait soulevée, les Lalins n'auraient pas manqué de lui répondre, comme ils l'ont fait pour sa doctrine du Saint- Esprit : or, il n'existe aucune trace de cette polémique,
Plusieurs Grecs ont conclu de là à tort que l'usage des azymes s'était introduit dans l'Église latine entre le schisme de Photius et celui de Michel Cerularius *, ou tout au moins à l'époque de Charlemagne. Si cet usage avait été si récent, Michel Cerularius, Léon d'Achrida, Nicétas Pectoratus, Pierre d'Antioche l'auraient fait remarquer, comme l'avait fait Photius pour l'adjonction du Filioque. Ce qui faisait au contraire la gravité du reproche, c'était que l'usage des azymes était déjà ancien dans l'Église romaine, et qu'alors, ainsi que le disait le patriarche de Grado, « il y avait longtemps que toute l'Église occidentale était privée de la vie éternelle ® ». D'autre part, il est aussi certain que l'usage du pain fermenté était très ancien dans l'Église grecque, sans quoi les polémistes latins auraient eu un moyen de défense auquel on ne voit pas qu'ils aient songé.
1. Hergenræther, Monumenta ad Photium pertinentia, p. 62: »"Irahot, Aoyyt- Gapôni, dpéyyor, ot al l'epuavol, Mohgirol, Beverixol… »
è DR id.