‹ Le schisme oriental du XIe siècle (volume 2)Chapitre 6 sur 106 · Jean Veccos, id., p · texte numérisé non relu

Jean Veccos, id., p

xxvur INTRODUCTION

Églises, n'ont qu'un avis unanime à ce sujet. Pour eux, quelle qu'ait été l’âpreté des luttes antérieures et l'importänce des tentatives de rapprochement postérieures au xr siècle, ce siècle est bien l’époque la plus importante, le tournant de l'histoire des rapports entre les deux Églises. Encore aujourd'hui, c'est des noms de M. Cerularius et de Photius que se réclament les patriarches grecs dans leurs encycliques; et ces mèmes noms sont placés par tous les Grecs-unis parmi ceux des hérésiarques fameux, d'Arius ou d'Eutychès ?.

Il existe donc une grande divergence entre l'opinion des contemporains du schisme et celle de la postérité. Les premiers n’ont pas attaché à cet événement toute l'importance que nous lui attribuons. Dans la complexité des faits, ils n'ont pas discerné le germe de division qui devait se développer au point de rendre toute union impossible. Si la figure de M. Cerularius les a frappés, c'est plutôt par sa mort si dramatique que par sa volonté d'établir quelque chose de nouveau dans l'Église. Au contraire, pour tous les modernes, Michel Cerularius est le principal auteur de la séparation séculaire entre les deux Églises.

Tels sont les (ermes du problème historique qu'il s'agit maintenant de résoudre, Il faut reprendre une à une les pièces de ce procès et suppléer quelquefois à leur silence ou à leurs réticences par les inductions que peuvent nous fournir les contemporains. Il ne suffit pas d'étudier le .schisme du xr siècle, ainsi qu'on l’a trop fait jusqu'ici, comme une querelle de théologie abstraite. Pour en com prendre la portée, il faut le replacer dans son milieu véritable, c'est-à-dire dans la société byzantine du xr' siècle. En un mot, on ne peut comprendre les intentions

1, Par exémple dans Macaire, His£. de l'Église d'Alexandrie, Le Caire, 1894.

larius contre le Saint-Siège a-t-elle éclaté comme un coup de foudre au milieu d’un ciel sans nuages? Il nous importe d'être fixés sur ce point, afin de pouvoir apprécier l'importance de cette lutte et la part de volonté qui revient à son principal auteur.

L — Il est d'abord certain que la paix n'a pas été aussi profonde que le voulait Jean Veccos et que, pendant cette longue période, les rapports entre Rome et Constantinople ont été plusieurs fois troublés. Pouvait-il en ètre autrement après l'agitation causée par Photius dans l'Église ? Un grand nombre des évêques d'Orient devaient à ce patriarche leur ordination et, bien que sa mémoire eût été abolie sous Léon VI, ils avaient obtenu, après de difficiles négociations, la faculté de garder leurs sièges ‘. Ils devaient donc, malgré les canons, conserver pour cette mémoire une vénération secrète, D'autre part, les polémiques soulevées par Photius n'avaient pas reçu de solution ; par une sorte d'accord tacite on les avait oubliées, afin de rétablir la paix entre les deux Églises. Mais la question de la doctrine du Saint-Esprit, celle de la juridiction de l'Église romaine dans l'Italie méridionale et en Bulgarie restaient toujours ouvertes. Une haine commune avait rapproché pape et empereur; mais de nouveau les circonstances pouvaient les diviser et rien ne devait paraître plus fragile que le compromis laborieux auquel on s'était arrêté en 891 ?.

Aussi bien dans le cours du x‘ siècle et au commencement du x1° siècle, les sujets de conflit ne manquèrent pas aux deux Églises, et parmi ceux qui dirigèrent la politique à Constantinople, empereurs et patriarches, l'Église romaine eut à compter des adversaires. Ses hauts dignitaires eux-mêmes n'étaient pas toujours animés d'un esprit bienveillant pour l'Église grecque et il en résulta un certain nombre de froissements et de conflits qui, sans produire une séparation défi-

4. Voir dans les Annales de Baronius, 1x siècle, 891, p. 628. 2. 1d.

son pouvoir. Il gagna le fameux tyran de Rome, Albérie, et celui-ci força le pape Jean XI à lui envoyer des légats qui le reconnurent comme patriarche légitime, malgré son jeune âge (il avait seize ans), et lui accordèrent même, pour lui et ses successeurs, le droit de porter le pallium sans l'avoir demandé au pape (933) ‘.

Ce n'est qu'à la fin du x° ou au commencement du xr' siècle que l'on croit trouver de nouveau à Constantinople des tendances séparatistes. L'empereur Basile IT (976-1025) se serait montré l'ennemi acharné de la papauté et pourrait être considéré comme l'un des promoteurs du schisme. Ardent ennemi des empereurs allemands en Italie, il aurait essayé, pour les combattre, de porter la confusion dans la chaire de Saint-Pierre et, afin d'atteindre le cousin même de l'empereur, le pape Grégoire V, fait élire, en 997, l'antipape Jean Philagathos, sous le nom de Jean XVI, et protégé l'entreprise de Crescenlius.

Malheureusement, les historiens qui ont étudié ces faits ont cherché à les présenter sous un jour favorable à leur thèse et les ont déformés en suppléant au silence des textes par leurs propres conjectures *. Quand bien mème Basile aurait fait élire un antipape et poussé Crescentius à la révolte, il ne faudrait pas en conclure qu'il voulût par là augmenter la division entre les deux Églises. Ce fait prouve seulement qu'il était l'adversaire d'Otton III et de Grégoire V et, qu'en bon politique, il favorisait leurs ennemis. Si une pensée de schisme était entrée dans ses calculs, il eût mieux valu non pas élire un antipape (c'était reconnaître implicitement le pouvoir de Rome), mais se séparer violemment de l'Église latine. De plus, les intelligences secrètes entre Basile Il et Crescentius ne sont pas du tout prouvées. Jean Philagathos, cet ancien serf de Calabre et Grec d'origine *, qui s'était

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