‹ Le schisme oriental du XIe siècle (volume 2)Chapitre 62 sur 106 · Migne, Pat. gr. & CXX, pp · texte numérisé non relu

Migne, Pat. gr. & CXX, pp

traires aux siens et ne pouvait admeltre qu'il y eût une vie religieuse en dehors d'elle. Elle trouvait tout mal dans l'Église latine, comme naguère Luitprand n'avait vu à Constantinople que des motifs d'indignation et de moquerie. Il semble que l'on assiste à la querelle de deux étrangers qui se reprochent mutuellement de ne pas s'habiller, de ne pas manger, de ne pas vivre de la mème façon. Et il faut bien le dire, ces reproches, qui nous paraissent si mesquins et aux= quels les esprits éclairés du x° siècle n'attachaient qu’une médiocre importance, suflisaient alors à entraîner l'opinion du peuple et faisaient plus pour la cause de Michel Cerularius que les discussions de théologie les plus savantes. Ce serait donc une grave erreur de les négliger parce qu'ils nous paraissent insignifiants et incapables d'être une cause sérieuse d'éloignement entre les deux Églises. Le but de l'historien n'est-il pas de se pénétrer de l'esprit des hommes dont il veut expliquer les actes et, pour bien connaître l'importance d'un préjugé, ne faut-il pas l'avoir éprouvé soi-même?

Parmi ces questions, la plus grave est celle du sabbat que Photius avait déjà soulevée ‘ et que Ratram, moine de Corbie, avait discutée. Léon d'Achrida la reprit dans sa lettre à l'évêque de Trani. Il reproche aux Latins l'habitude qu'ils ont de jeùner le samedi. « Ceux, dit-il, qui gardent la loi du sabbat avec celle des azymes et se prétendent chrétiens, ne sont ni des Juifs ni de purs chrétiens; ils ressemblent à la peau d'un léopard dont le poil, ainsi que le dit le grand Basile, n'est ni noire ni tout à fait blanche *, » De son côté, Nicélas renvoya les Lalins aux autorités qu'il avait déjà invoquées sur la question des azymes, les canons apostoliques et le sixième concile œcuménique *. À cette touvelle accusation de judaïsme, Humbert répondit comme il convenait dans le dialogue du Latin et du Constantinopolitain. Non seulement il n’accepta pas le reproche; mais il le relournà contre les

Ce n’est pas l'acte même de manger des viandes suffoquées qui lui paraît punissable, mais le scandale dont il est l'occasion. La prudence même avec laquelle Humbert traite cette question montre qu'à ses yeux elle avait la valeur d'un grave reproche et il ne néglige rien pour en justifier l'Église latine.

IL en est de même de la question de l'Al/eluia que les Latins omettent pendant le carème dans leurs chants liturgiques et ne reprennent qu'à Pâques. D'après Léon d'Achrida ils refusent ainsi de chanter : Laudate Dominum ou Benedietus qui venit *, qui sont les sens du mot hébreu A/eluia. Humbert justifie cet usage dans son Dialogue. En omettant ce chant pendant neuf semaines destinées à réparer les négligences commises le reste du temps, l'Église ne songe qu'à manifester son esprit de pénitence *. « En déposant pendant le carème les ornements et les richesses du langage, nous imposons à notre esprit un pauvre costume; n'ayant que la pensée du Christ, nous ne voulons rien savoir en dehors de sa crucifixion. » La pensée de ce supplice empêche, pour ainsi dire, les Latins d'interpeller Dieu et c'est la raison qui leur fait omettre également dans leurs chants le Gloria in excelsis *.

Vient enfin une collection de griefs qui atteignent les mœurs et les habitudes du clergé occidental. Ils n'ont pas, à vrai dire, donné tous lieu à une polémique et la plupart ont été exprimés par Michel Cerularius dans sa lettre à Pierre d’Antioche ; ils n'en élaient pas moins, à ses yeux, des motifs de haine et, comme tels, malgré leur futililé, ils ont exercé leur action sur les événements. Parmi les nombreuses erreurs des Lalins Michel Cerularius relève donc les suivantes : « Dans la messe au moment de la communion un des officiants salue les autres en mangeant les azymes. De plus les évèques portent des anneaux aux doigts et, comme s'ils prenaient pour épouses leurs églises ils disent que c’est pour

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