‹ Le schisme oriental du XIe siècle (volume 2)Chapitre 73 sur 106 · Voir sa réponse à Michel Cerularius, He partie, chap · texte numérisé non relu

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de sa résidence, chacun d'eux avait sous ses ordres un nombre considérable d'églises, et, de plus, chacun d'eux avait en face de lui des païens à convertir et pouvait rêver, pour sa puissance, des agrandissements sans bornes. Le pape regardait du côté de l'Occident; le patriarche d'Alexandrie remontait le Nil et étendait son influence chez les chrétiens d'Abyssinie; d'Antioche partaient pour les bords de l'Euphrate les missionnaires orthodoxes où nestoriens qui poussaient des pointes hardies jusque dans l'Asie centrale !, et Constantinople devait trouver un libre champ de propagande dans les populations slaves qui, au siècle suivant, commençaient à s'établir dans la péninsule des Balkans. Sans doute, cette théorie des cinq patriarches n'avait pas pour elle l'autorité de la tradition apostolique. Le patriarche de Constantinople était un nouveau venu dans la hiérarchie et bien d'autres évêques qui portaient autrefois le titre de patriarches avaient été contraints d'y renoncer. Mais, quoique dépourvue de cette haute autorité, la doctrine des cinq pa- {riarches avait au moins l'avantage d'être d'accord avec la réalité : à l’époque de saint Léon ou de Justinien, on pouvait croire, de bonne foi, que le gouvernement de l'Église était destiné à être une pentarchie dont les membres, unis par la concorde spirituelle, ne reconnaissaient pas d’autre autorité suprème que celle du Christ.

Au xr' siècle, au contraire, le doute était-il permis sur ce point? Ne fallait-il pas être bien aveugle pour ne pas voir les transformations qui s'élaient produites dans l'Église ? Qu'étaient devenus les puissants patriarches du v* siècle qui suvaient au moment voulu faire sortir des déserts d'Égypte ou de Syrie des légions de moines et qui se présentaient dans les conciles œæcuméniques, entourés d'un immense cortège de mélropolitains et d'évèques, signe visible de leur puissance? À leur place n'existaient plus que d'obseures églises dont l'état précaire était moins pour les Musulmans un sujet

4, Voir Cahun, Introduction à l'histoire de l'Asie, livres 1 et 11. — Paris, 1806.

(GtBäEovrss nat meisovres !). » Telle fut sa réponse aux objurgations de Léon IX; il ne chercha pas lui-même un seul instant à discuter les arguments par lesquels le pape essaye de justifier la primauté de saint Pierre; il leur opposa purement et simplement une fin de non recevoir. Il était donc persuadé que son pouvoir était indépendant de celui du pape.

Mais il s'avança dans cette voie plus loin que Pierre d'Antioche; l'ancienne organisation ecclésiastique ne lui parut pas être une solulion du problème; pour l'admettre il avait etun sens trop vif des réalités et un trop grand désir de domination. Parce qu'il ne voulait pas rester soumis au pape il chercha à devenir le chef de toute l'Église grecque. Léon IX avait deviné cette tendance même avant l'accomplissement du schisme et elle n'avait pas été sans exciter son inquiétude, Afin de mettre un frein à l'ambition universelle de Michel Cerularius, il prit, dès le début de son règne, l'attitude de protecteur des patriarcats orientaux et se flatta de défendre leurs privilèges contre les convoitises de Constantinople, Tel était le sens des allusions contenues dans la réponse qu'il adressa à la lettre du patriarche d’Antioche vers 4053. IL Jui promettait de défendre les privilèges du patriarcat d'Antioche contre quiconque essaicrait de les attaquer et il invilait Pierre à ne rien ménager pour les conserver *. De là vint aussi le reproche qu'il lança à Michel Cerularius dans sa seconde lettre. « Dévoré d'une ambition nouvelle, lui dit-il, tu L'efforces de priver les patriarches d'Antioche et d'Alexandrie des antiques privilèges de leur dignité; contre toute espèce de droit tu veux les soumettre à ton pouvoir ? », et il

4. Will, pp. 183-184 : « Tà 5 mévruy BapÜrepoy «at dvurototérepoy, #a! chy Ôr0volav abrûv x 709 apiévenc éppatvos 39 re où Gtaxny me

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lentia tertiam a Romana ecclesia dignitasummoperé monemus.. Quod nuere antiquam dignitatem An-

répéla celle accusation dans la lettre qu'il envoya à Constantin IX. Le danger, en effet, élait grand, car Michel Cerularius allait tenter de recueillir à son profit les résultats des entreprises de tous ses prédécesseurs.

Ce patriarcat de Constantinople avait été cré6 jadis pour des raisons politiques. Son chef était vraiment l'évêque impérial, le président du synode permanent qui servait au pouvoir à dominer l'Église. Il n'est done pas étonnant que toute la politique des empereurs ait eu pour but l'élévation et l'accroissement de cette puissance spirituelle qui leur servait à tenir en échec aussi bien le pape que les autres églises de l'empire. Les conciles ont enregistré les diverses élapes des archevèques de Byzance vers le pouvoir suprème. Tant que les patriarcats d'Orient ont été forts, ce mouvement est resté lent; il ne s'est accentué qu'après les conquêtes des Arabes au vu’ siècle et il a atteint son apogée au concile in Trullo. Ce concile reconnut au patriarche le droit que lui avait accordé Justinien de porter le titre d’œcuménique *. C'était non seulement en faire légal du pape, mais consacrer sa supériorité sur les autres patriarches d'Orient; ainsi naquit le germe de la nouvelle doctrine qui fut élaborée entre le vint el le x:° siècle, celle de Photius et de Michel Cerularius. Du moment que l'évèque de la nouvelle Rome a droit aux mêmes honneurs que celui de l'ancienne, la pentarchie patriarcale devient une dyarchie, Comme l'Empire, l'Église est divisée en deux sphères, celle des régions latines, « plongées dans l'obscurité * » et celle de l'hellénisme toute éclatante de lumière, Les autres patriarches sont destinés à devenir les subordonnés de ce nouveau pouvoir qui régnera en Orient, comme celui du pape règne en Occident.

Telle est la théorie du patriarcat æcuménique qui apparaît en Orient au vu’ siècle et se développe aux époques suivantes.

patriarchas anliquis suæ dignitatis privilegiis privare contendens, contra omne fas et jus tuo dominio subjugare conaris. »

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