LES CAUSES POLITIQUES DU SCHISME
velle menace pour les empereurs germaniques dans la personne de leurs alliés, les ducs lombards, pour les papes désireux de conserver le patrimoine de saint Pierre et pour les empereurs byzantins maîtres de l'Ilalie méridionale. Devant ce danger commun, nous l'avons vu, les trois puissances firent cause commune. D'habiles politiques, tels que le Lombard Argyros, parvinrent à sceller entre elles des alliances et il est inutile de rappeler quel rôle la question de l'Italie méridionale joua dans les événements du schisme, Mais, loin d'être une cause de désaccord, cette question était, au contraire, pour Léon IX et Constantin Monomaque, un puissant motif d'union. Occupé par les Petchénègues sur le Danube, par les Russes dans la mer Noire, par les Turcs en Arménie, l'empereur Constantin IX ne pouvait songer à faire de progrès en Occident; il était, au contraire, trop heureux de trouver un allié aussi puissant que le pape qui consenlit à le secourir et l’aidât à défendre ses possessions d'Italie.
Loin d’avoir déterminé le schisme, les rapports politiques qui existaient au xr' siècle entre l'Orient et l'Occident auraient dû avoir dans les questions religieuses un résultat pacifique, et nous savons bien que, s'il n'en fût pas ainsi, ce n’est ni l'empereur Constantin IX, ni le pape Léon IX, et encore moins l'empereur Henri IE qu'il faut accuser. Le seul coupable fut Michel Cerularius qui se joua des intérêts les plus puissants de tous ces souverains el brisa, dans la personne d'Argyros et des légats, tous les liens qui les réunissaient. Après un court moment de soumission marqué par sa lettre à Léon IX et dû sans nul doute à ces mêmes questions politiques, il rejeta toute espèce de compromis et, sans considérer ni l’Ilalie, ni l'alliance avec le pape contre les Normands, il précipita l'Église grecque dans le schisme et força l'empereur Constantin IX à désavouer sa propre politique. Il semble donc, à première vue, que le schisme ait eu justement pour cause la prédominance des intérèts religieux sur les questions politiques, puisqu'à ce moment ceux-ci étaient un motif de
au CHAPITRE V
rapprochement, ceux-là une cause d'éloignement. Il ne faut pas se hâter de porter un jugement si absolu, mais chercher d’abord si l'explication que n'ont pu nous fournir les relations extérieures de l'Empire ne se trouve pas dans le jeu des intérêts et des intrigues si multiples qui formaient la trame de la vie politique à Byzance.
Un fait demeure acquis de toute cette étude, c'est que le schisme, dont l'empereur et le pape étaient si éloignés, a été voulu d'une volonté ferme par Michel Cerularius. Il a choisi le moment le plus favorable pour agir; il a attendu que le pape eût été vaincu par les Normands; il a combiné son attaque à l'avance et, comme un bon général ne laisse rien au hasard, il n’a rien négligé pour se procurer des alliés et parmi les évêques d'Orient et dans le peuple de Constantinople. Il peut donc revendiquer le schisme comme son œuvre et c'est surtout dans sa personne que nous devons chercher les raisons qui peuvent expliquer ce grand événement. Peut-on dire que sa conduite fut déterminée uniquement par des motifs religieux? Son zèle était-il sincère lorsqu'il voulait sauver de la damnation éternelle l'Église romaine en lui démontrant que ce qu’elle prenait pour le corps du Christ n'était qu'un symbole emprunté à la loi judaïque? En un mot, Michel Cerularius n’a-t-il été poussé vers le schisme que par une haine véritable des usages qui n'étaient pas ceux de l'Église grecque? Nous avons de graves raisons d'en douter,
Et, d'abord, il est bien certain qu'en lançant contre les Latins toutes ces attaques, il était persuadé de leur justesse. Comme tous les Byzantins du xi* siècle, même les plus modérés, il était convaincu, au fond de lui-même, de la supériorité des usages de l'Église grecque sur tous les autres. Sa sincérité ne peut là-dessus être mise en doute; mais cette sincérilé mème ne se faisait-elle pas la complice inconsciente de desseins plus profonds et dénués de tous rapports avec l'intérêt religieux? Presque tous les Byzantins avaient sur ces queslions les mêmes idées que Michel Cerularius et