‹ Le schisme oriental du XIe siècle (volume 2)Chapitre 77 sur 106 · LES CAUSES POLITIQUES DU SCHISME · texte numérisé non relu

LES CAUSES POLITIQUES DU SCHISME

pourtant tous ne pensaient pas qu'il fût nécessaire de les dénouer au moyen d'un schisme. Cet événement même n'eut pas le caractère d'enthousiasme spontané qui distingue les grands mouvements religieux. Tout fut froidement calculé et arrèlé d'avance jusqu'aux émeutes par lesquelles le patriarche força la main à l'empereur. Loin de ressembler à une guerre sainte prèchée contre des Infidèles, les événements de 1054 présentent au contraire l'aspect d'une négociation diplomatique ou d'une de ces batailles savantes dans lesquelles les deux adversaires usent de marches et de contremarches pour ne rien livrer à l'ennemi et profiter de toutes ses fautes. La mauvaise foi mème déployée par Michel Cerularius, et dans son aftitude vis-à-vis des légats qu'il chercha à faire assassiner, et dans sa correspondance avec le patriarche d'Antioche dans laquelle il travestit et rend odieuse la conduite de ses adversaires, suffit à le rendre encore plus suspect. I faut donc reconnaître que si le zèle et mème l'intolérance religieuse l'ont poussé à l'action, ces sentiments étaient subordonnés à une cause plus profonde, extérieure à tout intérèt ecclésiastique, en un mot à un dessein politique.

Et, en effet, le schisme de 1054, qui paraîl un événement anormal si on l'isole des circonstances au milieu desquelles il s’est passé, s'explique tout naturellement si on lui donne la place qui lui convient au milieu des plans que dut agiter Michel Cerularius. Nous l'avons vu, ce n'était pas précisément le patriarcat, mais l'empire qu'il avait recherché dans sa jeunesse ‘. Après avoir rêvé d'occuper le trône de Constantin IX, il ne voyait pas dans la chaire de Sainte-Sophie une sufisante compensalion, si elle ne lui donnait un moyen d'arriver, sinon à l'apparence, du moins à la réalité du pouvoir ‘suprême qui avait failli être son lot. N'ayant pu devenir le maître de l'État, il résolut d'englober dans sa domination et l'État et l'Église. Le schisme avec Rome ne fut qu'un des moyens qu'il employa pour atteindre ce but.

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