‹ Le schisme oriental du XIe siècle (volume 2)Chapitre 78 sur 106 · Voir première partie, chap. 11, p · texte numérisé non relu

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s14 CHAPITRE V

- De même que le patriareat tirait son origine de la prépondérance politique de Byzance, de même le patriarche tenait son pouvoir de l'empereur dont il était en quelque sorte le plus haut fonctionnaire. Ce n'était pas sur la tradition apostolique (car nul ne prenait au sérieux la légende de Saint- André), mais bien sur l'omnipotence du pouvoir impérial qu'il lui était possible d'appuyer ses titres. Il était, avant tout, l'évèque de l'empereur, et c'est ce qui explique que les souverains eux-mêmes aient travaillé à faire de leur évêque le puissant personnage que nous voyons au x‘ siècle. Ils pensaient par là accroître leur pouvoir; d’ailleurs, si un conflit s'élevait parfois entre le chef de l'État et le chef de l'Église, les exils et les persécutions de toute sorte laissaient toujours le dernier mot à l'empereur, Michel Cerularius lui-même avait été créé patriarche par la grâce de Constantin IX. Il était plus que son subordonné : il était son obligé et ce fut de cette condition qu’il résolut de sortir. Avant de devenir le maître à Byzance, il lui fallait secouer la dépendance dans laquelle le retenaient les traditions de ses prédécesseurs et les obligations de sa propre reconnaissance. Il devait se poser en puissance indépendante du pouvoir impérial ; de là vint l'attitude nouvelle qu'il prit et dans la révolte de Léon Tornicios * et surtout dans ses rapports avec Rome.

A la puissance impériale, en effet, il fallait opposer une force équivalente et indépendante d'elle, Cette force, Michel Cerularius crut la trouver dans l'opinion du peuple, et voilà pourquoi il essaya d'agir sur les Byzantins en les précipitant dans des querelles religieuses. Déjà, il avait autour de lui un cercle d'amis et de partisans *, capables de faire de la propagande en faveur de ses idées et de diriger au besoin celte force, aussi redoutable qu'inconstante, qu'on appelle la foule. Il avait surtout pour lui le clergé de la Grande Église et les moines de tout l'empire qui avaient intérêt à accroître sa

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LES CAUSES POLITIQUES DU SCHISME us

puissance, Il lui fut done facile de réveiller des querelles assoupies depuis longtemps et de les transformer en machines de guerre contre le pape et contre l'empereur. Par là il se posait en défenseur de l'orthodoxie et enlevait ce titre au successeur des souverains qui en avaient fait leur apanage. Par une suprême habileté, il força Constantin IX à prendre dans cette querelle l'attitude nette que lui indiquaient ses préoccupations politiques. En se rangeant derrière le pape, l'empereur ménageait sans doute les intérêts de son pouvoir en Italie, mais il se discréditait aux yeux de ses sujets; il prenait pour lui la tâche ingrate de ménager un accommodement avec Rome et abandonnait, à son patriarche, le rôle le plus brillant. Lorsque l'émeute triomphante l'eut fait passer par (outes les volontés de ses adversaires, un pouvoir nouveau s'était élevé à Byzance. Le patriarche eré6 par l'empereur lui échappait : Constantin IX devait passer les derniers temps de son règne à l'observer en silence, sans oser s'attaquer de front à cet ennemi formidable ?.

Ainsi, nous pouvons conclure que les querelles religieuses pendantes entre les Orientaux et les Occidentaux ne furent qu'une matière molle dans la main puissante de Michel Cerularius. Il fit un levain de haine de ces dissentiments, très réels sans doute, mais que le temps, nous l'avons vu, commençait à assoupir. Le schisme ne fut dans sa vie qu'un épisode ; il le considéra comme un moyen de se rendre toutpuissant, et, pour devenir le maître de l'Orient, il n'hésita pas à rompre la communion avec Rome. Il acquit ainsi, à Byzance, une place prépondérante. Après avoir humilié le pape et l'empereur, il ne lui resta plus qu'à prendre leur place dans l'Église et dans l'État. Les efforts qu'il fit pour y arriver remplirent les dernières années de sa vie,

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