Id., p
l'écart du schisme oriental ? Ce serait là un jugement prématuré. Fille de l'Église byzantine, l'Église russe a reçu de Constantinople sa doctrine, sa discipline, sa liturgie et même son clergé. Dès le x' siècle, elle a manifesté contre l'Église latine la défiance et la haïîne que lui avaient inspirées ses éducateurs byzantins. Il est vrai que quelques missionnaires latins avaient pénétré dans la Russie du Nord et y avaient opéré des conversions; mais les rapports entre les Russes et la chrétienté latine sont restés vagues et incertains, et il est de fait qu'ils n'ont exercé aucune influence sur la constitution de l'Église russe. C’est à la tradition byzantine que celleci s'est toujours rattachée et il ne paraît pas qu'elle se soit jamais demandé si, en dehors de l'empire byzantin, il existait une autorité religieuse supérieure à celle du patriarche de Constantinople. Au contraire, les Russes ont presque toujours considéré les Latins comme des ennemis, D'après le chroniqueur Nestor, Vladimir repoussa les ambassadeurs Niemtsy (allemands), venus de la part du pape de Rome auprès de leur maitre‘. D'après le même chroniqueur, les prêtres de Kherson, qui firent l'instruction religieuse de Vladimir, lui recommandèrent de ne jamais recevoir l'enseignement des Lalins. « Après le septième concile, disaient-ils, Pierre le Bègue vint à Rome avec d'autres, s'empara du siège de Rome et corrompit la foi. Il se détacha des sièges de Jérusalem, d'Alexandrie, de Constantinople et d'Antioche. Ils troublèrent loute l'Italie, répandant diverses doctrines. Ils ne professent pas une seule profession de foi, mais plusieurs ; car parmi les prêtres, les uns servent n'ayant qu'une femme, les autres en ayant sept : ils se séparent les uns des autres en beaucoup de points? »
Si telles étaient véritablement les idées inculquées aux Russes au sujet de l'Église latine, il n'est pas étonnant qu’ils aient été disposés à admettre toutes les doctrines de Michel
1, Chronique de Nestor (traduction Léger), pp. 69-10. 2. 1d., p. %.
Cerularius. A l'époque du schisme le métropolile de Kiev était pour la première fois un Russe. Neslor raconte qu'après Ja mort du métropolite Theopemptos en 1047, Jaroslav laissa sa dignité vacante pendant quatre ans. En 1051, les évèques russes se réunirent pour lui donner un successeur et leur choix tomba sur un moine d'origine russe, Hilarion *. Ce serait conclure trop vite que de voir dans cette élection une première tentative de l'Église russe pour se rendre indépendante de Byzance. Les successeurs d'Hilarion furent, en effet, des Grecs * et, quels qu'aient ét£ les rapports politiques entre les princes russes et les empereurs byzantins, l'Église russe vécut longtemps encore en bonne harmonie avec les patriarches de Constantinople. Sous le pontificat mème d'Hilarion la règle monastique de saint Basile s’introduisit en Russie, Elle ÿ fut'apportée en 1054 par un Russe nommé Antoine, qui était allé en pèlerinage au mont Athos *. L'higoumène lui enseigna toutes les règles de la vie monastique, mais ne l'engagea pas à rester sur la Sainte Montagne. « Retourne en Russie, lui dit-il ; avec toi sera la bénédiction de la Sainte Montagne; de toi sortira une foule de religieux *. » Ces paroles nous montrent de quel esprit de propagande était alors animé le clergé grec. Antoine revint, en effet, à Kiev et, après avoir habité longtemps un ermitage, fonda un monastère qui servit de modèle à tous les autres “, La relalion laissée par les légats nous apprend qu'au moment du schisme, l’empereur Constantin IX reçut « de la cité des Russes un exemplaire authentique de l'excommunication » lancée contre Michel Cerularius *. Ce fait prouve que les