IL. — LES PATRIARCATS ÉTRANGERS
Ce fut, d’ailleurs, vers d’autres régions que se tourna l'attention de Michel Cerularius. Une fois le schisme accompli, il voulut devenir le maître de ces anciens patriarcats d'Orient qui n'étaient plus que des débris glorieux du passé, mais dont les chefs devaient former dans sa pensée, autour de lui, un cortège destiné à rehausser l'éclat de la nouvelle puissance qu'il voulait fonder,
1. Robert Guiscard prend Otrante et Gallipoli en 1055; en 4060, le Grec Aboul-Karé reprend Tarente, Oria, Brindisi, Qtrante; Robert Guiscard reprend Brindisi et Oria en 1062, Tarente en 1063, Otrante en 1064. Voir Delarc, Les Normands en ali
Une tradition persistante dans l'Église grecque veut que Michel Cerularius ne se soit pas contenté d'exercer sur les autres patriarches une action individuelle, mais que, comme autrefois Photius, il les ait réunis en concile æcuménique. Cette assemblée aurait compris tout au moins le patriarche d’Antioche et les métropolitains de Chypre et de Bulgarie; les autres patriarches auraient adopté les décisions du synode et rayé le nom du pape des diptyques de leurs églises. Malheureusement, aucun texte du xr° siècle ne nous autorise à admettre ces affirmations. Ce prétendu concile n'est mentionné que par des écrivains tout à fait postérieurs, le moine, Mathieu Blastarès, qui écrivait au xiv siècle !, et le chroniqueur Georges Phrantzès qui vécut de 1401 à 1448 ?. Des erreurs de toute sorte et des plus grossières enlèvent toute espèce de valeur à leur témoignage. D'après Georges Phrantzès, ce fut le pape Étienne IX qui introduisit le premier, dans l'Église, et l'usage des azymes, et l'addition au symbole, et la coutume de se raser la barbe *. L'empereur Constantin Monomaque, qui était pourtant mort quatre ans avant l'avènement d'Étienne IX, aurait présidé ce synode d'accord avec son patriarche *. Il est inutile d'insister sur ces anachronismes, mais il n'en est pas moins intéressant de constater que le schisme oriental du xr siècle frappa assez les imaginations pour donner lieu à une légende que nous trouvons au plus haut point de son développement chez ces chroniqueurs. Il n’y eut done, en 1054, d'autre acte solennel que l'Édit synodal, signé par les représentants des diverses parties du patriarcat de Constantinople ; mais il est certain
de Bonn, pp. 812-343 (IV, 4).
L 3 « Srégavos b Eupepiv, Ge wal mpüros vois ‘lea hoïç perà AfSpuy rapéôuxey Th éylay Hepoupyiar. »
C Rarptépyns yrôpn voû fBaothéus val rüv étépuv spiüv
Farptdpquv «al 700 Gpyueriouomou BouAyapias nal voû Kümpou val Réont ti dm abrbv auvéüou by elphuevoy rérav Etégavov rüv Girréyuy ééGadey. » me IX, qui n'est autre que le légat Frédéric de Lorraine, régna de 4057
qu'une fois ce grand acte accompli, Michel Cerularius fit tous ses efforts pour le faire accepter à l'Orient tout entier:
Ce fut d'abord au seul des trois patriarches orientaux qui fit encore partie de l'empire, au patriarche d'Antioche, qu'il s'adressa. Nous avons vu qu’il n'avait pas attendu la rupture officielle avec Rome pour faire appel à sa fidélité et qu'il lui avait raconté à sa manière et le voyage des légats et leur conduite à Constantinople ?, Cette première lettre ne lui parut pas suflisante et après la déposition de la bulle pontificale sur l'autel de Sainte-Sophie, il lui adressa une seconde lettre pour lui raconter les événements qui s'étaient accomplis et lui donner en même temps ses instructions.
Ce nouveau récit n'est que la suite du roman imaginé par le patriarche dans sa première lettre; mais, pour l'y adapter, il n'a pas éprouvé cette fois le besoin de dénaturer beaucoup les faits. Il débute par quelques réflexions sur l'acharnement du démon qui, ne pouvant plus soulever nulle part d'hérésie depuis que « les sources de l'orthodoxie coulent abondamment jusqu'aux extrémités de la terre », a suscité à Constantinople ces suppôts d'Argyros *. Dès que l'altération du sceau des lettres qu'ils apportaient eut été reconnue et que leur supercherie fut dévoilée, ils se répandirent en propos orgueilleux et attaquèrent la doctrine orthodoxe. D'après eux, « nous avions ruiné l’orthodoxie de mille manières et en particulier en disant que l'esprit procède du Père seul et non du Père et du Fils * ». « Ils se vantaient d'être venus pour redresser nos erreurs et non pour pervertir leur doctrine *, » Devant cette attitude que fit Michel Cerularius? Il