III. - LE VOYAGE DES LÉGATS
En effet, les apparences respectueuses de la lettre de Michel Cerularius ne trompèrent pas Léon IX. Cette prétention de traiter avec lui sur un pied d’égalité lui montra qu’aucun accommodement n’était possible, puisque le patriarche de Constantinople refusait de se soumettre à la condition qui devait précéder toute négociation : reconnaître la juridiction du siège de Rome et accepter son arrêt. De plus, le pape crut trouver dans les circonstances un nouveau moyen d’aplanir les difficultés. L’empereur Constantin IX avait imposé silence à son patriarche au nom de ses intérêts politiques ; ce fut à lui que Léon IX résolut de s’adresser pour obtenir la soumission pleine et entière du rebelle. Sa ligne de conduite consista donc désormais à ménager l’empereur et à le gagner à sa cause en lui témoignant la plus grande déférence. Au contraire, il commença à traiter rudement le patriarche et lui montra clairement que ce qu’il attendait de lui, ce n’était pas un traité d’alliance, mais un acte de soumission.
Tel fut évidemment le sens des instructions données aux trois légats ou « apocrisiaires du Saint-Siège 1 » qu’il envoya à Constantinople avec l’ordre de remettre ses lettres à l’empereur et au patriarche, puis de terminer toutes les difficultés. Le choix même de ces légats était l’indication la plus nette des intentions de Léon IX. C’était à ses hommes de contiance, au cardinal Humbert, au chancelier de l’Église, Frédéric, à l’archevêque d’Amallî, Pierre, qu’il avait remis le soin d’obtenir la soumission des Grecs. Les deux premiers étaient les auxiliaires dévoués qui combattaient avec lui pour la cause de la Réforme ; l’archevêque d’Amalfi avait abandonné son archevêché on ne sait à la suite de quels incidents et il vivait à Rome où il était le familier du pape. Il était devenu, dit
1. Commémorât io brevis (Will, pp. 150-152); - Léon d’Ostie, Chronique du Mont-Cassin , II, 88 (Muratori, IV, p. 403).