‹ Le schisme oriental du XIe siècleChapitre 191 sur 324 · I. — LA SIMONIE · texte numérisé non relu

I. — LA SIMONIE

Le plus grand fléau qui désolât l’Eglise occidentale était la simonie. Il n’est question, dans les chroniques du temps, que des poursuites exercées contre les évêques qui ont acheté des princes laïques, le droit de gouverner les âmes ; ils étaient donc fort nombreux. Léon IX et ses conseillers les poursuivaient partout et les forçaient à abandonner les titres qui leur avaient été injustement vendus. Il n’est donc pas étonnant que les légats envoyés à Constantinople se soient

demandé quelle était à cet égard la situation de l’Eglise grecque, et le résultat de cette enquête a été consigné dans la bulle d’excommunication déposée sur l’autel de Sainte- Sophie. « Comme les simoniaques, dit cet acte, ils vendent les biens du Seigneur, xaBùç ol Sifjifamaxol tt,v ocopsàv toC» 0soÿ

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C’est là une accusation bien grave, et pourtant elle ne paraît qu’en cet endroit dans toute la polémique. Ni dans les lettres de Léon IX, ni dans la dispute d’Humbert contre Nicétas on ne la retrouve formulée. Les Grecs n’y ont jamais répondu et les Latins n’y ont pas insisté, ce qui prouve tout au moins qu’ils n’attachaient pas une aussi grande importance à cette question qu’aux autres.

Quelle pouvait donc être la cause de ce grief ? Etait-ce une allusion détournée aux négociations qui avaient précédé l’élévation de Michel Cerularius au patriarcat, alors qu'il

LES QUESTIONS DE DISCIPLINE

dut laisser à l’empereur la jouissance du trésor que le patriarche Alexis avait amassé 1 ? Mais il n’y a pas là de simonie caractérisée. Le trésor fut enlevé aussitôt après la mort d’Alexis, avant même qu’il fût question du patriarcat pour Michel Cerularius. Il dut accepter la situation telle qu elle était ; il est probable que l’empereur ne songea pas un moment à demander son approbation, et il est vraisemblable, d’après le caractère du redoutable patriarche, qu’il ne l’eût pas obtenue. D’ailleurs, si Michel Cerularius avait été soupçonné de simonie, il est fort probable que Léon IX n’aurait pas oublié cette tare parmi les reproches qu’il lui adresse dans sa seconde lettre. Or, il l’accuse d’être néophyte et de n’être pas arrivé en suivant la hiérarchie au faîte du pouvoir ecclésiastique ; il n’insinue pas un seul instant qu'il ait pu, même par sa complaisance, donner à l’empereur le prix de sa dignité.

C’est donc ailleurs qu’il faut chercher l’explication du grief de simonie, et ce sont les écrits du cardinal Humbert lui-même qui nous la fournissent. Dans son traité contre les simoniaques 2, il se plaint vivement de la vente des biens d’église par des laïques, et il oppose à ces pratiques celles de l’Eglise grecque. « Ce vice serait plus tolérable (en Occident), dit-il, si du moins, à l’exemple de l’Église orientale d’outremer, la vente n’était le fait que des métropolitains et de leurs familiers et ne se répétait pas ainsi trois et quatre fois. Quoique les églises de l’empire byzantin soient accablées par des erreurs de tout genre, on sait qu’au moins elles sont complètement indemnes de ce fléau. En un mot, comme je m’en suis rendu compte, après l’avoir vu et entendu de la bouche de l’empereur d’orthodoxe mémoire, Constantin Monomaque, dans la ville impériale même, où j’étais légat du Siège Apostolique, ni l’empereur lui-même, ni aucun laïque ne se permet de disposer des églises, pas plus que des ordi-

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