‹ Le schisme oriental du XIe siècleChapitre 298 sur 324 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

aucun doute sur cette question. « S’est-il conduit, dit Psellos, d’une manière plus honorable et plus convenable pour le pouvoir impérial? Il s’en faut de beaucoup. Dois-je tout rappeler à la fois, et sa convoitise de la puissance suprême, et sa jalousie à cet égard et son insolence, lorsqu’il en fut éloigné, et son attente calculée d’un sort meilleur? comme vous savez tous ces détails, je les passe sous silence. Mais ne croyez pas qu’après avoir été frappé de ces coups redoublés, cet ennemi de la royauté, 6 p.t.Toëa<u),sij; emoç àvr,p, ait été abattu dans la suite et se soit assagi ; qu’après avoir couronné un empereur de ses propres mains, il ait montré plus de respect, bien plus, qu’il ait abandonné quelque chose de son arrogance; certes non l. »

Michel Cerularius est donc un ennemi du pouvoir impérial, •juo-oëamXrj;, et Psellos l’accuse d’avoir conservé en lui-même cette sourde inimitié depuis le jour où, n’étant encore qu’un jeune homme, il tenta de s'emparer de la couronne et échoua dans sa tentative. Telle est bien la conclusion qui résulte des différents témoignages, si on les rapproche les uns des autres. L’expression de jjuToëao-G.su;; n’est que le résumé des idées que Psellos exposait à Michel Cerularius dans la lettre où il lui reprochait de détester le pouvoir impérial. Le patriarche émettait donc librement des théories défavorables à l’omnipotence de l’empereur. Comme plus tard son contemporain, Grégoire VII, dont les idées ressemblent beaucoup aux siennes, il était convaincu de la supériorité de l’Eglise sur l’Etat : l’empereur n’était pour lui que le dépositaire de la force matérielle mise au service du patriarche.

Parvenu au comble de la puissance, il crut inutile de cacher plus longtemps les doctrines qui avaient rempli toute

1. Iiibl. nat., ms. gr. 1182, fol. 148 iis : « Tr\ 8’ èy siÿr,; pauDaSt aE[ivoT£pov xal aiSeaiiiompov • itciXXoü ys xai Ssï. Kai xt Sst xxSe^f,? itavxa auvetpetv. T^v xt,; [3aacXEia; ÊT:i6u;j.iav • xi,v etc t xoûxio sptv • xi,v uêptv ûç èiti xo'jxoi; àirolsTo • xal Èyxaipo; 'J.o(pa XîXdytaxo • w; yào eiSdxuv 'jp.û>v xi — Xeiw jiyw • àXXi jjlT|XC iroXXixi; —Vriyelç ô |xiao6aai)i£Ù; ouxo; àvi.p [AExi xaùxa auvEaxaXxai xai asatocppovtaxa'. • xal êieeiSt, xai; oîxEfai; y Epai xû jüaaiXs'. xô axÉ-po; ÈiEéBTyxE xaxsvEtpts Xi aiSoC; ; jaâX- Xov xi xt,; aùBâSou; yvùjxT,; û-pr.pr.x ev • où jjièv ouv. »

LE GRAND DESSEIN DE MICHEL CERULARIUS

sa vie. Nous avons vu, d’après Scylitzès, qu’il se mit à les soutenir ouvertement; de plus, si nous en croyons le même historien, il joignit les actes aux paroles. « Il se mit à porter, dit-il, des sandales teintes en pourpre, en disant que c’était là un privilège de l’ancien sacerdoce et qu’un archevêque devait en jouir l. » Or, les sandales de pourpre faisaient partie du costume impérial 2; l’usurpation était presque aussi flagrante que si le patriarche se fût attribué un sceptre et un diadème. Cet acte dut donc exciter chez les Byzantins, si attachés à l’étiquette, une grande émotion; sous ce symbole, en effet, éclatait l’ambition effrénée qui poussait le patriarche à être de fait grand-prêtre et empereur tout ensemble.

Mais cette fois, Michel Cerularius n’avait plus en face de lui un caractère ondoyant tel que celui de Constantin IX, ou un faible vieillard comme Michel YI. Le nouvel empereur était l’obligé du patriarche qui le lui faisait assez sentir, mais il n’était pas disposé à se laisser vaincre sans résistance comme ses prédécesseurs.

Psellos nous a laissé, dans Y Oraison funèbre de Michel Cerularius, un portrait d’Isaac Comnène d’autant plus caractéristique qu’il ne cherche pas à le rendre élogieux. Ce qu’il remarque surtout en lui, c’est une volonté ferme qui se reflétait dans tout son extérieur : « To t1)ç yvcImT); à-^rr/^ov, sû-çXou xal tw 0-^7] [xaTt, 3. » — « Telle qu’une colonne élevée et inébranlable qui s’élevait dans le palais, il soutenait d’une manière nouvelle au-dessus de sa tête tout le fardeau du pouvoir qu’il avait reçu 4. » La chronique anonyme du xmc siècle nous laisse de Comnène un portrait plus vivant encore. « La eonception prudente et l'action plus prompte; l’absence de crédulité, le désir de connaître les hommes par l’expérience

1. Scylitzès, p. 643 : « ’Ensêdc Xeto ôê xoct xoxxoêaær ; TrepiêaXeïv n^SiXa, tt,ç iraXaiâ; îep<i>aûvr)ç tpâaxcov elvai to to:oütov xai Ssïv toutoiî xiv tîj vsa xzyprft- 9»i tôv àp^ispéa... »

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