‹ Le schisme oriental du XIe siècleChapitre 306 sur 324 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

mures; mais les mesures d’Isaac Comnène étaient trop bien prises pour qu'un soulèvement pût aboutir à un résultat quelconque. Le séjour de Michel Ccrularius aux Blachernes ne fut pas long. A peine y était-il arrivé que vint du palais l'ordre de le jeter sur une barque *, et, malgré ses protestations (car en quittant Constantinople, il se départit de sa sérénité et se plaignit vivement des traitements qu’on lui faisait subir), il vogua bientôt en pleine mer 1 2. Ses deux neveux avaient été arrêtés comme lui et conduits en exil 3.

D’après le témoignage de Scylitzès, les matelots avaient ordre de conduire Michel Cerularius à Proconnèse, au milieu de la Propontide 4 5. Il est possible, en effet, qu'il y ait séjourné avant de gagner sa prison définitive, car Psellos nous dit qu'il fut longtemps ballotté entre la terre et la mer, « 7rapà pipoç aXkr^ou; xaxtô; àvreiMôoTO 5 ». Cet exil ne parut sans doute pas suffisant à Isaac Comnène, car le patriarche fut conduit dans l’Archipel, à l’île d’Imbros 6. La prison qu’il y trouva put lui rappeler les cruels souvenirs de sa jeunesse. Enseveli au fond d’un cachot, il lui fallut supporter le froid et la faim : on ne lui avait laissé sur le corps qu’un seul vêtement et il n’avait pas un manteau pour se couvrir 7. Il était au secret le plus absolu ; nul ne pouvait l’approcher 8. Privé de toute lecture et même de toute conversation humaine 9, il ne lui restait plus ni la moindre consolation ni le moindre espoir.

Et pourtant les souffrances physiques et morales n’eurent pas raison de cet homme indomptable que les aventures de

1. Michel d’Attalie, p. 63; — Zonaras, XVIII, 5 ; — Scylitzès, pp. 633-634 ; — Psellos, I, Histoire, p. 245.

2. Michel d’Attalie, p. 63; — Zonaras, XVIII, 5; — Scylitzès, pp. 643-644 — Psellos, I, p. 245.

Page 1