‹ Le schisme oriental du XIe siècleChapitre 313 sur 324 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

l’orateur et il demande clairement la déposition du patriarche ; or, aucun tribunal ne s’était réuni avant cette époque pour juger Michel Cerularius.

Cet ouvrage de Psellos est resté l’un des monuments les plus étranges de l’intrigue qui fut ourdie contre Michel Cerularius. A côté des grandes périodes oratoires, destinées à produire un effet sur les juges, se trouvent des faits précis et indiscutables qui surnagent au milieu des mensonges et jettent ainsi le doute dans l’esprit du lecteur. Quelles que soient la passion et la mauvaise foi qui l'ont dicté, son effet a dépassé .l’enceinte du tribunal pour lequel il avait été composé, et c’est grâce à ce document que nous pouvons mieux pénétrer dans la vie de cet homme énigmatique qui agit toujours plus qu’il ne parla. Malgré les longueurs des développements et des réflexions, malgré de nombreuses digressions, le plan de ce discours est net. Il montre que le tribunal assemblé pour juger Michel Cerularius devait examiner à la fois ses doctrines religieuses, sa conduite politique et sa vie privée. Les chefs d’accusation que Psellos énumère dans son exorde et développe dans la suite sont les suivants : « ’Ats- Ssex, Tupawlç, cpôvoç, UpoiruXta, àot. adopta, l’impiété, la tyrannie, le meurtre, le sacrilège, l’indignité l. »

C’est l’accusation d’impiété, àa-sêsta, qui occupe le plus d’étendue dans ce discours. Prouver, en eiîet, que ce patriarche vénéré comme un saint n’est qu’un impie, presque un hérésiarque, n’était-ce pas le moyen de le discréditer à tout jamais dans l’opinion des Byzantins. Il eût été difficile pourtant de trouver dans ses ouvrages des opinions hétérodoxes, à moins de soulever la grave question de scs rapports avec Rome. Or, il ne semble pas que cette idée soit venue à Isaac Comnène ou à Psellos. Les Byzantins, loin de voir dans Michel Cerularius un hérétique, l’auraient sans doute considéré comme une victime de l’orthodoxie et sa condamnation pour un pareil motif aurait peut-être entraîné la chute de

Bibl. nat., mss. gr. 1182, fol. 132 bis.

LA CHUTE DE MICHEL CERULARIUS

l’empereur. On préféra s’attaquer à sa vie plutôt qu’à scs ouvrages et Psellos alla déterrer l’affaire des deux moines de Chio et de la prophétesse Dosithée, qui avait déjà failli être funeste au patriarche sous Théodora \ Il conclut donc que par les relations qu’il entretint avec ces personnages, l’archevêque était tombé dans deux hérésies épouvantables, « l’hellénisme » et « le chaldaïsme 1 2 ». L’hellénisme n'est pas autre chose que l’ancienne religion des païens : c’est la doctrine de l'inspiration divine qui se trouve dans les dialogues de Platon et qui se manifestait par l’intermédiaire des prêtresses de Delphes et de Dodone 3. Le chaldaïsme est la doctrine platonicienne de Procope de Gaza et de l’école d’Alexandrie 4 5. Psellos lui-même la connaissait pour l’avoir exposée dans plusieurs ouvrages (il n’avait pas alors de tels scrupules B). Entraîné par ces erreurs, Michel Cerularius a été conduit, par la suite, à toute espèce d’hérésies ou de doctrines païennes. Il a cru, suivant les opinions de Proclus, aux esprits matériels, ~'ol ù/uxà TzvcûpaTa, et a été ainsi entraîné à les invoquer 6 Les moines de Chio l’ont rendu nestorien par leur doctrine sur les douleurs éprouvées par la Vierge au moment de son enfantement 7 . Enfin, il a mélangé, par une combinaison impure, l’Evangile, le platonisme et l’hellénisme, la doctrine de la métempsycose avec celle des démons, etc... 8. « Autrefois, le flambeau de la foi ne brillait pas encore dans sa pureté, l’Evangile ne s’était pas encore étendue au loin, la clarté des dogmes n’était pas sortie entièrement de l’obscurité; toutes les pensées étaient confuses, les sages et pour ainsi dire les interprètes cherchaient à discerner à travers

Page 1