CHAPITRE IV
les opinions les doctrines équivoques et les faux alliages... Maintenant au contraire, le vrai et le faux sont déterminés, la lumière a dissipé les ténèbres, tous reçoivent la clarté de la saine doctrine que leur verse le flambeau de l’Eglise; qu’est-il donc besoin de discours pour rayer du livre des hommes pieux les coryphées de l'irréligion, qu’est-il besoin d’attendre le jugement et l’excommunication d’un patriarche '? » Le seul fait d’accueillir les moines suffit donc à convaincre l'archevêque d’avoir partagé leurs erreurs. Il a donné aux observations helléniques un témoignage public et tenté leur restauration. « S’il n’a été ni à Delphes ni à Dodone, s’il n’a pas écouté les sons de la timbale, il a introduit l’oracle dans le temple de Dieu après avoir fait venir de Delphes la prêtresse et son desservant1 2. » En un mot, il a violé tous les canons et s’est ainsi rangé parmi les plus dangereux hérétiques.
Après avoir essayé de perdre Michel Cerularius à cause de ses opinions religieuses, Psellos passe à ses actes politiques. Il est certain que dans ce domaine les griefs étaient plus faciles à trouver que dans le premier; mais c’était justement le seul qui fût interdit à Isaac Comnène et à scs conseillers. Tous les crimes politiques reprochés au patriarche retombaient sur l’empereur, puisque lui-même, à la tête de ses troupes, s’était révolté contre son souverain légitime, était devenu un « apostat », un « tyran », et n'avait dû qu’à la hardiesse et à la décision du patriarche le dénouement
1. Bibl. nat., ins. grec 1182, fol. 136 : « IloXai ;xâv yào oi j-u xoü x% eûcte- 6sia; 9o)to; xa0âpu>; àvaXauÇavxo;, oüôs toü EÜayysXïov XT,püy|xaxo; — âvxa SielXtiçoxo; xi irépaxa, oüSè tt,; xüv SoyjxâTwv T,|xspà; à;xiyü; à— 6 xüv tt,; vüxxo; Siaxpi- 0c£ot,; • xW’ ëx: àvipuÇ tüv 5;a sdptov oüaüv vot.xewv ûtzô xoT; È-i<TTT,txoai xal ïv' oüxw; evteu), üvoyoyvo)|Aoa'. zi te S;aüyf, tüv 6oçxt;jixt(ov xal xi xi6ûT,Xa xal ù~6-
ôiExptvExo... Nüv 6è tüv vvt.tîoj^ xai vo6a>v a-Epaixwv SiaxptBÉvxwv xal xoü oüxo; xa Qofptoç xr,v vüxxa axEÔaaavxo; xal Tcavxuv ùzzô ulev âXw »(.)axf,pi xü ôpSoxoao) Xôvip tt,; ÈxxXr,a!a; xoXtTE-Jo;xÉvuv, x£; ô Xoyo; xoü; tt,; âcrsSEÏa; ;x'jaxa-
yuiyoù; xoü xüv e ûasSüv xaxaXôyou ài:oxT|pÜTTs<j0ai eï u>, -axpiâp/a; xoüxo'j; à~oxpivot te xal àôsTTjaauv... »
2. Ici., fol. 138 bis : « Kàv yio |x1\ IIu6ü8e ps6a8ixs, |xt,Se eï; A<oSojvt,v Ssopâ- ;xt,xe • ix t, 8 e Tzpovéê aXsv xü t^euo xÇv àxof,v, à A A’ avxô xô [xavxsïov si; xov 0eïov veüv ;xET£xô[xiaE • xt,v Çaxopov a'jxT,v xal SaSoüyov Èx xüv AeXswv 3'pE)>ô|xsvo;. »
LA CHUTE DE MICHEL CERULARIUS
subit de la crise qu’il avait soulevée. Mais, justement, l’empereur voulait rompre le lien de complicité et de reconnaissance qui l’attachait à Michel Cerularius. Psellos composa donc dans son discours une sorte de version officielle, pour expliquer les événements de 1057 et montrer que, loin d’être un auxiliaire de Comnène, Michel Cerularius avait nourri contre lui les plus noirs desseins et accumulé devant lui tous les obstacles qui pouvaient l’empêcher d’arriver au trône. La thèse était spécieuse, mais notre orateur la développa avec sa subtilité ordinaire. Pour rendre le patriarche plus odieux; il alla jusqu’à verser des pleurs sur la mémoire du malheureux Michel VI. Alin d’expliquer sa chute, il se contenta de dire « en termes modérés qu’il ne connaissait pas très bien la science du gouvernement 1 ». Telle fut, d’après lui, la cause du grand mouvement de l’armée d’Asie à laquelle Michel VI finit par faire de lui-même des concessions. Les conditions de la paix étaient donc acceptées de part et d’autre et toutes les difficultés allaient être aplanies. « Dieu en avait disposé ainsi, mais le sublime patriarche regarda comme intolérable que quelqu’un reçût la couronne sans son aveu 2. » Telle est l’explication des événements du 31 août à Sainte-Sophie. Le patriarche s’y conduisit comme Judas, comme Pilate et comme Caïphe 3 4 5, tout en trouvant moyen de nuire à deux empereurs à la fois \ Ce fut lui qui déchaîna la guerre civile et força Michel VI à abdiquer par la terreur s. Par cette conduite, Michel Cerularius se rendit à la fois coupable de sacrilège, puisqu’il attenta à la personne d’un empereur et voulut repousser l’autre, et de tyrannie en
1. Bibl. nat., ms. gr. 1282, fol. 139 bis- 140 : « Kaî ô xuêepvf tt)?, iV «peiSot xf,; dtp/f,?, ©i^avoxépotç aÙTÜ Xoyotç ^pT|(TO|Aai, où iravù xt X'>,v dtpj(ixf|V èiuax^frriv T^xpiêuxti;. »
2. Id., fol. 140 : « 'O [ièv oûv 0eàç otSxuc • ô Sè jisyaç èv iraxptâp^aiî Setvai; oùx divéxxov irotêïxai e! paaiXeiiaEi; xiç aveu xü>v ôspùiov sxeîvou xaî xï|<; auvveùaewç. »
3. Id., fol. 140 bis : « 'U? vuxxôç exslvriî xaO-riv itocXiv ’loùSctç xaî itpoSoata • xaî ô Seuttôxtiî 8ià niXdxoç xptvtov • ô aùxàç xaî üç Katdi'pac; t£oaxeü(ov. »