‹ Le schisme oriental du XIe siècleChapitre 40 sur 324 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

ment attendue, l’introduction de l’hellénisme dans ces régions était un fait si palpable, que l’Eglise romaine s’y résigna, au moins momentanément. Les protestations de Luitprand furent vaines. Pourtant, sauf ces deux résultats, il est imposé sible d’en trouver d’autres et, s’il y a eu des velléités de schisme (ce qui est au moins douteux), on peut dire qu’elles n’ont été suivies d’aucun effet.

Il est môme, au contraire, certain qu’à la veille du schistne, cette espèce de tension qui existait, sous Nicéphore Phocas et Basile II, dans les rapports entre l’Orient et l’Occident, avait complètement disparu. Le prédécesseur immédiat de Michel Cerularius, le patriarche Alexis, paraît n’avoir jamais eu le moindre conflit avec Rome. Sous son pontificat, Occidentaux et Orientaux semblèrent même entrer alors dans une période de rapprochement. D’excellents rapports existaient entre les deux empires. Le chroniqueur Adam de Brême se félicite de l’ambassade envoyée par le « puissant » empereur, Constantin Monomaque, à son maître Henri III (1049). Cet empereur se montrait plein de zèle pour les Grecs et, dans une lettre à Constantin IX, se vantait de descendre des Césars byzantins. Il déclarait que son ardeur était telle qu’il voulait désormais adopter les modes et les mœurs grecques ; et « il le fit comme il le dit », ajoute le chroniqueur *.

Enfin, un témoignage de la plus haute importance montre que la communion entre les deux Églises était pleine et entière. C’est la lettre par laquelle Pierre, patriarche d’Antioche, annonça son élection au pape Léon IX et lui envoya sa profession de foi, deux ans seulement avant le début du schisme (1052) 1 2. Il confia cette lettre à l’un des pèlerins qui visitaient alors Jérusalem ; elle devait parvenir au pape par l’intermédiaire du gouverneur d’Italie, Argyros. et de Dominique, archevêque de Grado. Dans la lettre qu’il écrivait à ce

1. Magni Adami, Gesta Hammab. Ecc., III, 31 (Pertz, t. VII, p. 347).

2. Lettre de Pierre d’Antioche au patriarche de Venise (Will, t. XXVI pp. 227-228) : "Extots 8è Sistia 8if,X6e. La lettre au patriarche de Venise est écrite en 1054.

prélat vers le mois de juin 1054, le patriarche d’Antioche se plaignait de n’avoir pas encore entendu parler de cette lettre et de n’avoir reçu aucune réponse \ Il est probable que ce retard fut dû à la rareté des relations qui existaient alors entre iVntioche et l’Occident, car la réponse de Léon IX à sa lettre existe et elle jette un jour curieux sur les rapports entre les deux Eglises peu de temps avant le schisme.

Cette réponse est datée d’avril 1053 ; elle a donc été envoyée quelques mois seulement avant le début de la grande querelle 1 2 et, malgré des insinuations très claires sur l’ambition des patriarches de Constantinople 3, le ton n’a rien d’acrimonieux et ne sent pas encore la polémique. Le pape se montre, au contraire, plein de joie de ce que le patriarche Pierre ait fait « refleurir le zèle de l’église d’Antioche » et adopté la véritable doctrine. Il semble que cette correspondance ait renoué des rapports depuis longtemps interrompus et cette circonstance montre qu’on se croyait plutôt à la veille d’une détente que d’une nouvelle querelle. Pierre avait, en effet, dans sa lettre, rendu un véritable hommage à la primauté de Rome 4 5. Après l’avoir félicité et lui avoir rappelé quels titres l’Eglise romaine a à cette vénération, le pape lui promet l’appui de cette Eglise dans le cas où les privilèges du patriarche d’Antioche seraient menacés, et s’il perdait la troisième place qu’il doit occuper dans la chrétienté. La lettre se termine par l'approbation de l’élection et de la profession de foi de Pierre d’Antioche. Le pape en loue l’orthodoxie et lui retourne lui-même la sienne 6. Il est à remarquer que Léon IX y confesse la double procession du Saint-Esprit 6 et

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