CHAPITRE PREMIER
il est pourtant bien peu vraisemblable que le patriarchô d’Antioche qui, malgré sa modération, a affirmé plus tard solennellement l’horreur que lui inspirait ce dogme, en ait fait autant dans sa lettre à Léon IX *.
Cette correspondance nous prouve donc que quelques mois avant la querelle il y avait « communion », dans le sens le plus étendu, entre l’Église latine et l’Église grecque. Si quelques expressions du pape font pressentir qu’il éprouvait peut-être des inquiétudes du côté de Constantinople, il n’en est pas moins vrai qu’officiellement il « communie » avec les prélats de l’Eglise grecque, approuve leur profession de foi et que ceux-ci, d’autre part, éprouvent le besoin de notifier leur intronisation au siège de Saint-Pierre et d'abriter sous cette haute autorité leur propre prestige.
Il n’est donc pas douteux, et c’est ceci qui nous importe, que le schisme de 1054 n’a pas été comme le couronnement d’une série d’efforts continus, comme la régularisation d’un état de fait déjà lointain, mais qu’il est apparu au contraire aux contemporains comme un déchirement violent et comme la rupture éclatante des relations qui s’étaient renouées à la longue entre Rome et Constantinople. C’est bien ce qui ressort de l’attitude de ces grands personnages que l’histoire met au premier plan ; mais cette vérité va nous être rendue plus sensible encore si, laissant les cours et les chancelleries, nous cherchons à interroger les humbles et à voir quelle idée les peuples d’Orient et d’Occident se faisaient mutuellement de leur vie religieuse.
III. — Ce n’était pas seulement par leurs puissances, papes, empereurs et patriarches, que les deux Églises étaient en contact. Sur les frontières des deux mondes, il se faisait un mélange forcé entre les fidèles de chaque culte. Des Occidentaux étaient établis dans l’empire d’Orient ou, du moins, avaient des rapports avec l’Église grecque, au cours des pèlerinages de dévotion qu’ils accomplissaient à Jérusalem ; des