‹ Le seau enlevéChapitre 3 sur 40 · NOTICE BIOGRAPHIQUE IX · texte numérisé non relu

NOTICE BIOGRAPHIQUE IX

deux chants au Seau Enlevé, qui n'en devait avoir que dix. Disgracié, comme nous venons de le voir, à Turin, il se flalle qu'à Rome il réussira mieux ; il quitte dont Turin et revient à Rome. De refour dans la vieille citî? éternelle et malgré l'assoupissant fauteuil académique de'; Humoristes, il continue de travailler : mais, malheureusement toujours poursuivi, il est accusé auprès du pape Urbain VIII d'avoir pris la liberté de faire son horoscope et d'avoir prédit qu'il serait un hypocrite. Il y avait peut-être peu de mérite dans cette prédiction : quoiqu'il en soit, notre poêle eut beau protester de la fausseté de l'accusation, et employer le crédit des cardinaux de la Valette et Barberin, celui de M. de Bélhune, ambassadeur de France, Sa Sainteté fut, inflexible. Exilé de Rome, il fut obligé de quitter de nouveau cette ville. Contraint de s'éloigner de la cité éternelle, il achète aux environs une petite maison de campagne, où il vit plusieurs années. C'est de là qu'après des difficultés infinies, il parvint à faire imprimer à Paris son Seau Enlevé. On dit qu'Urbain VIII ami des lettres, ui rendit à cette occasion ses bonnes grâces.

En 162G, le cardinal Louis, neveu du pape Grégoire XV, tira Tassoni de sa retraite et le retint près de lui jusqu'en 1632. Alors François pr, duc de Modène, l'appela à sa cour et le fit son conseiller privé. Tassoni jouit peu de cet honneur, car, en 1635, âgé de 7i ans, il mourut àModèue, étant revenu, après une vie des plus errantes, mourir où il était né. Il semble qu'un aimant secret et irrésistible attire vers leur patrie les hommes de toutes les conditions, de tous les caractères : presque tous reviennent finir leurs jours là où ils sont nés.

Tassoni, en mourant, lai-ssa mille écus pour deux prix

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quo l'on distribuerait chaque année : le premier pour de3 vers italiens, le second pour un discours en latin. La succession qu'il laissa à sa famille fut assez avantageuse, et il ne mourut pas oauvre et gueux, comme quelques-uns l'ont écrit. Par son testament, il avait institué pour héritier de tous ses biens Marc-Antoine Tassoni, chevalier de Malte, après lequel ses biens sont revenus au comte Jules-César Tassoni, général des postes et gentilhomme de François III, duc de Modène.

Tassoni était un homme franc, beau parleur, original, d'un naturel fort enjoué. Il se fit peindre une figue à la main, et au bas de son portrait on lisait ces deux vers latins :

Dextera cur ficum quœris mea gestet inanem...? Longi operis merces hœc fuit: aula deJ.it.

On a dit que, par cette figue et ces vers, Tassoni avait voulu donner à entendre que, après avoir longuement fréquenté les cours des grands, il n'en avait jamais profilé de la valeur d'une figue, et était sans fortune. Le bien qu'il a laissé après lui témoigne au contraire de leur bienveillance, et non de leur ingratitude.

Voici un passage de son testament, qu'il avait fait dès 1612, testament qu'on nous a conservé: par ce passage assez plaisant, on verra qu'effectivement notre poëte avait tous droits à l'originalité :

« Moi, Alexandre Tassoni, par la grâce de Dieu, sain de corps et d'esprit (si l'on excepte cette fièvre qui tourmente les humains, et qui leur fait désirer de vivre après leur mort), voulant, dans l'état où je me trouve, décla- YV.T mes dernières volontés, seul soulagement qui nous

NOTICE «lûGRAPHIQUE XI

reste pour adoucir l'amertiune d'une aussi grande perte que celle de la vie : je laisse roon âme, ce que j'ai de plus cher, à son premier principe invisible, inelTable, éternel. Pour mon corps, destiné à la corruption des vers, j'eusse été d'avis qu'on le brûlât, afin qu'il n infectât personne, mais cela étant contraire auî usages delà religion dans laquelle j-e suis né, je prie ceux dans la maison desquels je mourrai, n'en ayant point qui m'appartienne, ou, si l'on me trouvait mort n'ayant point d'autre couverture que celle du ciel, je prie, dis- je, les charitables voisins de ra'enterrer dans un lieu bénit. Mon intention serait qu'à (na pompe funèbre on ne vît qu'un prêtre, la petite croix, un seul cierge, et que, pour la dépense, on n'en fit pao d'autre que celle d'un sac où l'on fourrerait mon corps, et d'un crocbeteur qui voudrait bien s'en charger. Toutefois, je lègue à la paroisse où sera mon cimetière douze écus d'or, sans la moindre obligation, le don que je '«ui fais me paraissant fort minime, et d'autant plus que je ne le lui fais que parce que je ne peux pas l'emporter. A un certain ilartio, mauvais sujet que j'ai eu d'une certaine Luce, de la vallée de Miirignano, du moins à ce qu'elle prétend, ie lègue cent écus, pour qu'il puisse s'en faire Lonneur au cabaret, »

Tassoni dirait de sonbâtard q\i"\\ôla\[dipessimanatura.

Tassoni avait étudié la philosophie ancienne et moderne, la politique et Thisloire. Personne ne possédait mieux que lui les finesses de sa langue et les beautés de la poésie. Ses ouvrages sont :

1" Ses Considèraiions sur Pétrarque, qu'il composa dans son second voyage d'Italie en Espagne;

£o Ses Pensées diverses, dans lesquelles il osa s'af-

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franchir de plusieurs opinions tenues alors pour ir/^ontestables. Ces deux ouvrages lui attirèrent une foule de critiques et d'injures. Il cherche à y tourner en ridicule les ouvrages- de Pétrarque et d'Homère, principalement ceux de ce dernier poëte, pour prouver que ce qu'il dit est contre le bon sens ;

Zo jja SeccliiaMpiia {le Seau Enlevé). C'est à cetta œuvre qu'il doit l'immortalité ;

40 Des Lettres écrites avec beaucoup de sel et de légèreté ;

50 Les Guerres de la Valteline ;

60 Les Philippiques, contre Philippe III, roi d'Espagne:

70 Une Histoire ecclésiastique, écrite en latin, depuis la naissance de Jésus-Christ jusqu'au quinzième siècle. Dans cette histoire, écrite alors qu'il était déjà fort âgé, il affecte, en beaucoup d'endroits, des sentiments contraires^à ceux de Baronius, point par esprit de contradiction, disait-il, mais pour la vérité des faits;

80 Un poëme intitulé YOcéan; Tassoni, étant à la cour de Savoie, avait commencé ce poëme, qui devait célébrer la découverte du Nouveau Monde par Christophe Colomb. Il n'en a composé que le premier chant.

Il est fâcheux que ses disgrâces auprès du duc de Savoie aient privé la littérature du reste de ce poëme, qu'il dédiait à Charles- Emmanuel, en ces termes :

t Et toi, magnanime Charles, à qui le Souverain des cieux confia les portes de l'Italie, pour que ton courage intrépide les sût défendre des insultes de l'ennemi, daigne agréer mes chants, sauve-les de la mort et de l'oubli.

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