CHANT CINQUIÈME
Staxce II. -«- « Deux mille écus d'or sont .'promis. » — Le Potta convertit en écus la couronne murale des Romains et réussit dans son projet. Les Bolonais se servirent de cet expédient quand ils donnèrent l'assaut au fort de Bazan. Voyant ses soldats découragés par la défense opiniâtre des assiégés, le Potta fit publier que le premier qui entrerait dans le fort jouirait de cette même somme à perpétuité et ne payerait plus aucun impôt. L'espoir de cette récompense ne tenta personna.. C'est ainsi que Tassoni rapproche plusieurs traits d'histoire pour relever la gloire des Modénais. Le Potta de Modène ne propose pas
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cent livres, mais deux mille écus d*or ; aussi, comme ses troupes escaladent Castelfranco î
Stance V. — « Non^ jamais, je crois, Archimède. » — Le mathématicien Archimède inventa, au siège de Syracuse, des machines qui devaient faire sauter les vaisseaux de Marcellus. On lui conteste l'idée d'avoir incendié les vaisseaux ennemis au moyen de miroirs. Plusieurs l'attribuent à Proclus. Descartes nie que des miroirs puissent produire de tels effets ; Buffon en a démontré la possibilité.
Stance XIII. — « Un Castrat. » — Tassoni a voulu sans doute représenter dans ce traitement inriigé à Nasidio , qu'il fait de la famille des Bojiase, l'outrage et le châtiment qu'exerça Philippe de Gonzague sur François Bonacossi. Ce malheureux avait calomnie la vertu de la femme de Gonzague. Ce seigneur le fit poignarder, et après sa mort, on commit l'indignité que nous exprimerons comme eUe est écrite dans la Chronique de Regge : In morte sua, abscissa sunt ei virilia et in os imposita, et l'on fit bien, ajoute l'auteur, et bene,
Stance XIX. — « La chute de la porte sacrée, que de cinq en cinq lustres. » — On ne célébrait autrefois le jubilé que tous les cent ans. Sixte V régla qu'il y en aurait un tous les vingt-cinq ans.
Stanxe XXVIL — « Sujet d'Ezzelin. » — Ezzelin était natif du bourg d'Ouate, et tyran de Padoue ; son père, nommé Ezzelin le Aloine, vivait au treizième siècle. Il fut redoutable par ses violences et par ses cruautés. Il combattit d'abord à la tête des GhibelHns et remporta de grandes victoires. Songeant ensuite à ses propres intérêts, il s'empara de Vérone, Padoue^ et de quelques autres villes d'Italie. Il conférait tous les bénéfices, faisant même trafic des choses saintes. On le disait fils du
Démon. Des papes firent prêcher une croisade contre lui, et il fat pris alors qu'il allait attaquer Milan. Conduit à Soncino, il y mourut de chagrin en 1259. Il avait été quarante ans tyran. Jamais il n'entreprit rien avant d'avoir consulté quatre astrologues.
Staxce XXX. — « A bas l'Empereur Frédéric !» — Frédéric II lut excommunié par cinq ou six papes. Ayant puni quelques princes et des évêques qu'Honorius avait pris sous sa protection, Frédéric écrivit au Pape qui se plaignait de ce procédé, qu'il était juge souverain de ses sujets , tant ecclésiastiques que séculiers; qu'il tenait cette préroj^ative de ses aïeux et qu'il voulait la laisser à ses successeurs; ajoutant qu'il préférait perdre l'empire plutôt que de commettre une lâcheté; gue plus les factieux seraient autorisés, moins il leur pardonnerait. Otfensé de cette fière réponse, le Pape l'excommunia. Frédéric vint alors assiéger Rome et fit, cruauté atroce, fendre la tète en quatre aux prisonniers qui tombèrent entre ses mains, parce qu'ils s'étaient croisés contre lui. L'empereur Frédéric était fort instruit; il parlait six langues; son esprit était vif et pénétrant. Il était courageux, libéral, mais ne tenait aucun compte des engagements pjis avec les Papes. Il mourut comme il avait vécu et sans se repentir.
Stance XXXI, — « Bénissait de la main gauche. » — Le peuple croit qu'un signe de croix fait de la main gauche est d'un mauvais augure.
— « Capitaine Paulucci. • — Il est peint à merveille, disait Tassoni, en parlant de ce capitaine; et je n'ai eu garde d'oublier les gants Û'Ocane qu'il nous a rapportés de Castille.
Stance XXXVII. — « La reine du Pô. » — Dans les fêtes et dans les revues, les Ferrarais,
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pour faire honneur à leur prince, se montraient toujours magnifiquement parés.
Stance XLIL — Il y a dans le texte de cette stance : Inca vallali, et ensuite : Vocabol Florentino antico e bello, ce qui ne peut se traduire en français.
Stance XLIII. — « Le second fils de Malateste. » Paulo dont il est parlé ci-après à la stance LU.
Stance XLYIII. — « De fine faïence, » — Les Français ont appelé faïence la vaisselle de terre qu'on faisait jadis dans la ville de Faenza, parce qu'elle passait pour la plus belle. C'était dans l'île de Majorque qu'on en fabriquait le plus autrefois; voilà pourquoi, chez les Italiens, elle a retenu le nom de Majolica, Majolique.
Stance LUI. — « Le grand char. » — Les Milanais furent les premiers qui se servirent d'un tel char. Il était ordinairement tiré par quatre bœufs et porté sur quatre roues d'égale hauteur. Quand on le menait à la guerre, un des braves était assis sur le devant, la pique à la main ; tout le reste était comme le décrit Tassoni.
Stance LV. — « Philippe Ugon... Brescian à double menton. » — Philippe Ugon, d'après Campanaccio, était préteur du temps de cette guerre.
-Stance LVI. — « Romeo Pepoli... qui a pour armes d'argent échiqueté d'or. » — Tassoni veut faire ici allusion aux richesses que possédait le vieux Pepoli. Pendant les dissensions gui régnèrent à Bologne, les Beccatili étaient à la tête d'un parti et le comte Romeo à la tête d'un autre; mais le peuple suivait les premiers dans l'espoir de piller les trésors du second. Sperans, dit la ■ chronique, derobare pecuniam et divitias infinitas dicti Bomei.
Stance LXV. — « Ce jeune roi, à la cheve-
lure blonde, ne compte pas encore vingt ans. »
— Ce roi qui^ en effet, aurait commandé en cette bataille, aurait eu vingt-deux ans, non vingt, d'après Campanaccio et autres.
Staxce LXVI. — • Sa mord les doigts de rage. » — * Ainsi, dit Montaigne, emporte les bêtes leur rage à se venger a belles dents sur soy-mesme du mal qu'elles sentent... L'âme décharge ses passions sur les objets faux, quand les vrais luy défaillent. Bion disoit à un homme qui de douleur s'arrachoit la barbe : « Mon ami, penses-tu que la pelade puisse te » soulager. »
Stance il — e De même qu'en ce détroit. »
— Le détroit dont parle ici Tassoni est le détroit de Gibraltar.
Staxcl III. — « Protecteur de la ville de Mars. » — Saint Pierre. Le jour de saint Pierre on met le feu à ce que l'on appelle la girandole, et l'on voit partir en même temps cinq ou six mille fusées.
Stance XVII. — « Fait sauter les deux yeux au Teggia. » — Paul Teggia était Modénais, et Tassoni aimait beaucoup à rii-e avec lui. C'était un homme de lettres plein de saillies agréables, toujours gai, quoiqu'il lut aveugle. Il s'en allait à cheval dans les rues de Rome, y mettant parfois sa monture au galop. Un jour qu'il croyait être au débouché d'une rue il poussa son\'heval qui, se trouvant vis-à-vis la boutique d'un marchand de faïence, s'élança dedans comme un trait, brisant la moitié de la marchandise. C'est ce même Teg<zia que Tassoni, dans son huitième chant, nous montre sous le nom de l'aveugle Scarpinel, auquel il fait chanter des vers à la fa^oi! d'Homère.
Staxce XXI. — «Ghiselli, Ghiselliero, GWsellardi. » — Surnoms de familles; nobles qui existent encore dans Bologne. Ramazo était, en 1249, général d'infanterie, au service de Ferdinand II, roi de Naples.
Stance XXVIII. — « Le podesta, messire Philippe Ugon. » — L'auteur veut représenter d'une façon burlesque le péril que courut le podesta cle Bologne, quand il se précipita sur le bataillon où Enzio combattait, entouré de ses Allemands, qui percèrent son cheval à coups de piques, et où ledit podesta, pris sous sa monture, faillit tomber au pouvoir des ennemis.
Stance XXXVIII. — « Vous ne valez pas le pain dont on vous nourrit. » — L'italien dit : « Que vous puisse-t-on donner le pain à coups d'arbalète. »
Stance XLV.— « L'aile droite fuyant... pour sauver... » — Tassoni désigne ici les combattants de Formigine et de Fiorano.
Staxce XLIX. — « Le jeune Ernest. » — C'est le portrait d'un jeune homme qui portait ce même nom. Il n'est presque point de poëme épique latin, italien ou français dans lequel on ne trouve imitée l'aventure' de Nisus et d'Euryale.
Staxce LXVI. — « Ecorcheurs de saints. » — On reproche aux habitants de Ravenne, sur quelque tradition du pajs, d'avoir écorché saint Bartiiélemy et de devaUser les passants.
Stance LXVII. — « Une compagnie de débauchés. » — Tassoni dit tripaniert, iriganiers\ on donnait ce nom, à Modène, à des jeunes gens oisifs, qui faisaient voler des pigeons pour amener ceux des autres dans leur colombier ; c'était une source de guerre perpétuelle entre eux, et souvent ils se battaient comme des enragés.
— « Ennemis naturels des big-ots. » — Tassoni dit Bacchcttoni (Bacchdlone signifie faux dévot, hypocrite), T^ssoni dit que Jes Florentins appellent liacchettoni certains personnag'es qui, le jour, vont piquer les tables, et le soir se livrent à la passion de Sodome. D'autres disent qu'ils ont été appelés tiacchcttoni, à cause d'une espèce de baguette qu'ils tiennent à la main pour faire peur aux entants qu'ils Instruisent.
Stance LXIX. — « Renverse Jotatan... et Barbante. » — Jotatan et Barbante sont les noms de deux fameux triganiers, qui étaient connus dans tous les cabarets et tripots de Modéne.
Stance LXX. — « Se prit à jurer et renier Sainte-Nafisse. » — C'est une dame qui était de la race du grand prophète. Les mahométans la révèrent comme une sainte. Ceux qui voudront connaître quelques traits de la vie de sainte Naflsse n'ont qu'à lire un chapitre de Leonicus, dans lequel il parle des raretés que l'on voit au grand Caire.