‹ Le Second Empire et la Législation OuvrièreChapitre 105 sur 132 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

La loi sur les réunions publiques et les syndicats professionnels

Le gouvernement était-il entièrement libre de rester sourd à ces revendications ? L'approche du renouvellement du Corps législatif, la constitution officielle des délégations et lagrande publicité donnée à leurs délibérationset à leurs vœux,ne permettaient pas au pouvoir de s’en désintéresser, au moment où un nouvel appel au suffrage universel devait sanctionner la politique de l'Empire. L'accueil que le ministre du Commerce, M. de Forcade, fit aux délégués qu’il recevait en audience le 18 janvier 1868, le rapport qu'il publiait le 30 mars (après que le président de la Commission d’encouragement, M. Devinck, eût déjà exposé conformément à la volonté de l'Empereur et apprécié favorablement les principales revendications émises par les délégués du passage Raoul), attestent toute la bienveillance du gouvernement, qui promet dans Ja plupart des cas une intervention conforme aux désirs des travailleurs.

On peut être étonné cependant de l’accueil favorable que ces demandes de réformes reçurent au commencement de l’année 1868. Car, malgré la lettre adressée

par l’Empereur le 19 janvier 1867 au ministre de l’In.

térieur, M. Roubher, et les intentions libérales qu’elle manifestait, cette partie du programme qui consistait à « donner aux libertés publiques une extension nouvelle », n'avait reçu aucune suite, et les projets à tendances libérales qui, depuis bien des mois, étaient en discussion dans les commissions n'étaient point parveaus à l’ordre du jour.

Un vif mouvement de réaction s’était produit contre les tendances libérales de l'Empereur. La lettre du 19 janvier par laquelle Napoléon III, sans se concerter avec ses ministres, avait fait connaître quelle orientation il comptait donner dorénavant à sa politique, avait fini de mettre le désarroi dans les partis composant la majorité jusque-là fidèle à l'Empereur. Depuis 1864 une grande partie de La majorité, indécise devant les actes contradictoires du gouvernement, ne savait où prendre ses inspirations. Les inquiétudes causées par la politique extérieure, par l’échec de l'expédition du Mexique et le développement rapide de la Prusse après la guerre des Duchés et Sadowa, avaient altéré la confiance de beaucoup. Les hésitations du Gouvernement dans sa politique romaine, — qui lui avait aliéné le parti catholique, effrayé déjà des intentions manifestées par M. Duruy pour la réforme de l’enseignement, — jointes à la crainte des lois imprudemment promises, venaient de rétablir autour de M. Rouher, qui avait persisté à demeurer au pouvoir, une majorité unie, bien décidée à arrêter l'Empereur sur Ia pente du régime parlementaire et des concessions libérales (1).

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