Darimon. Histoire de Douze ans, p. 244 à
Les agitations et les inquiétudes se répercutaient en France, causant un malaise sourd : on appréhendait l'invasion du choléra et les conséquences de la cherté du blé ; après l'Exposition les affaires se ralentissaient et l'opposition protectionniste, se réveillant avec Kolb- Bernard, Pouyer-Quertier, Brame, ou Thiers,en rendait le pouvoir indirectement responsable.
La situation était telle que l'Empereur, dans son discours de Lille, le 27 août 1867 signalait « des points noirs », et que le préfet de police Pietri lui adressait un rapport inquiétant : « La portion agissante de la Société, écrivait-il, celle qui s’occupe le plus de politique, qui aime les discussions, critique le gouvernement, accentue plus que jamais son opposition radicale et systématique. Elle seconde activement les hommes de parti; elle se complaît dans les attaques de presse ; elle va répétant que l’Empire est atteint dans son prestige extérieur, dans la prospérité matérielle du pays qu'il avait ramenée, dans les garanties mêmes qu’il avait données à l’ordre social et au parti conservateur. Et cependant les masses ne sont pas gagnées à cette désafection ; mais ne faut-il pas craindre que, mobiles et impressionnables, elles ne risquent dans un moment donné de suivre l’entraînement des classes dirigeantes et de leur prêter, pour une œuvre révolutionnaire, le concours qu’elles ne paraissent nullement disposées à lui donner aujourdhui. » Il signale le désir des populations d’être informées de l’avenir, sera-ce la guerre, la paix, une évolution libérale... « Tout le monde, dit-il
encore, sent que dans l’état d’engourdissement et d’in-
certitude où se trouve le pays, une affirmation nette et résolue de la politique et de l’action impériales s’impose avec une urgence chaque jour plus grande à la prévoyance et à la sagesse du gouvernement (1). »
Impressionné par la majorité réactionnaire, l'Empereur hésite encore, malgré les avis de ses familiers. Dans le discours d'ouverture de la session législative, le 18 novembre 1867, s’il ne se décide pas à revenir sur les promesses déjà faites, il affirme sa volonté de maintenir le principe d’autorité et de résister à toute demande de concession nouvelle (2).
Aussi l’on peut être justement étonné de laccueil fait aux revendications ouvrières, et l’on doit se demander à quelles circonstances était dû ce revirement des intentions gouvernementales. Le pouvoir s’était-il aperçu qu’en laissant aux diverses oppositions libérales, dont le programme comportait les grandes réfor-
mes souhaitées par les ouvriers, le mérite de les récla-