‹ Le Second Empire et la Législation OuvrièreChapitre 20 sur 132 · Ibid., p · texte numérisé non relu

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3. Il est intéressant de rapprocher de l’ensemble de ce projet, une proposition exposée par Vidal, au nom de Louis Blanc, à la Commission du Luxembourg : « [1 faut peupler les campagnes désertes du trop-plein des villes ;... l'émigration volontaire d’un certain nombre de travailleurs aura pour résultat de rendre meilleure la condition des ouvriers des villes, de diminuer le nombre des bras sans emploi, d'absorber une partie du travail offert, par conséquent... de faire bausser le taux de la main-d'œuvre ou le prix des salaires. Il faut

créer des atelicrs ou des colonies agricoles. »

Le prince Louis-Napoléon, proposant un remède au paupérisme, un système destiné à améliorer le sort de la classe ouvrière, essayait, semble-t-il, de concilier dans ce projet nouveau les tendances des divers plans de réformes proposés de 1830 à 1840, mais qui comportaient tous comme moyen primordial l’association. Ainsi ces colonies agricoles qui doivent consacrer à l'augmentation de leur puissance économique une partie de leurs bénéfices, sans laisser aux travailleurs associés aucun espoir de partage du capital, ne ressemblent-elles pas à ces associations philanthropiques que Bucher et /’Atelier avaient conseillées ? Cette hiérarchie, créée par l'élection, mais quand même si despotique, semble très apparentée à celle que Fourier plaçait à la tête du phalanstère. Et même ce projet de colonisation agricole avait été depuis longtemps proposé par les sociétés d’économie sociale chrétienne et essayé

avec succès en Hollande (1).

Si la première élection du prince Louis-Napoléon à l’Assemblée Constituante semble surtout due au prestige de son nom, il est certain que les idées sociales qu’il avait émises ont été un élément important de ses succès ultérieurs. Car la propagande bonapartiste qui s’organise subitement, ne se contente pas de remplir ses journaux de paroles plus ou moins authentiques de

l'Empereur ou de critiques acerbes contre la royauté

1. Cf. Cahen. L'économie sociale chrétienne et la colonisation sous la Restauration et la monarchie de Juillet. Revue d’Econ. Politique,

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déchue. Mais elle présente comme l’interprète désigné des aspirations populaires, celui qui « dans les cachots de Ham, s’occupait de l’amélioration du sort de la classe ouvrière en faisant publier son ouvrage sur le paupérisme, ouvrage saisi par la police de Louis-Philippe (1) » ; elle en fait le champion des réformes sociales : « La République de Février à pour mission de prévenir la lutte entre le pouvoir et le peuple en organisant la Commune, en associant le capital et le travail... La véritable égalité est donc l’association du maïtre et du salarié : il n’y a pas de fraternité possible sous l’esclavage du salaire (2). » Sa popularité bénéficiait aussi dans les classes ouvrières de ses relations avec les chefs populaires, particulièrement avec Louis Blanc (3), — relations dont il faisait grand bruit, — et, aux élections de 1848, dans les ressemblements, les

cris de : Vive Napoléon ! alternaient avec ceux de: Vive

1. Extrait d’une affiche annonçant la candidature de Louis Bonaparte, cité par Taxil Delord, t. I, p. 65, V° édit.

2. Pour des extraits des journaux bonapartistes en 1848, Cf. Thirria. Napoléon III avant l'Empire, t. I, p. 275, 310, 312,

3. Après l'avoir raillé de ses échecs, Louis Blanc eut des entrevues avec Louis Bonaparte pendant l’internement de ce dernier au fort de Ham. « Il se mit à me parler de l'urgence des réformes sociales, et ses vues à cet égard ne me paraissaient pas beaucoup différer des miennes », écrivait Louis Blanc, Hist. de la Révol, de 1848, t. IV, p. 213-220. Lorsque Louis Bonaparte démissionna, après sa première élection à la Constituante, il alla à Londres et rendit visite à Louis Blanc qui s'y était réfugié après les journées de Juin. Aussi, au moment du coup d'État, le bruit de l'adhésion de Louis Blanc à la politique de Bonaparte, circulait si vivement que Proudhon s'informa directement auprès de l'exilé et en reçut une lettre de vives pro-

testations, Cf. Proudhon. Correspondance, t. IV, p. 210 à 295.

Barbès! «car les amis du prince pour trouver facilement accès auprès des ouvriers ont représenté leur patron comme le champion des idées socialistes (1) ».

Mais, pour chercher à se concilier les travailleurs, cette candidature ne devait pas effaroucher non plus les classes bourgeoises; car si les partisans de Bonaparte promettaient aux ouvriers leur prochain affranchissement économique dans une société régénérée, ne garantissaient-ils pas aussi le maintien de l’ordre, la paix et une énergie suffisante pour terrasser le socialisme. « Le socialisme, la peur qu'il a inspirée à une partie de la nation sont pour beaucoup dans ce résultat », disait au lendemain de son élection à la présidence, le chroniqueur du Journal des Économistes (2).

Essayant ainsi de concilier en sa faveur des groupes aux opinions si diverses et aux intérêts si opposés, une extrème réserve lui était nécessaire quand les circonstances le forçaient à exposer ses projets de réformes ; le 27 novembre 1848, dans un manifeste préparant sa deuxième élection à l’Assemblée Constituante, il s’exprimait ainsi: « Encourager les entreprises qui, en développant les richesses de l’agriculture, peuvent... donner du travail aux bras inoccupés ; pourvoir à la vieillesse des travailleurs par des institutions de prévoyance; introduire dans nos lois industrielles les améliorations qui tendent, non à ruiner le riche au profit

du pauvre, mais à fonder le bien-être de chacun sur la

1. La Gorce Histoire du Second Empire, t. I, p. 304. 2, Journal des Économistes, 15 déc. 1848, p. 120.

prospérité de tous », telles sont les grandes lignes de son programme. Et le Journal des Économistes trouvait « vagues et ressemblant à des formules de protocole (1)».

Élu par des partis dont les souhaits étaient inconciliables il devait donc, pendant toute la durée de sa présidence, chercher à leur donner des raisons nouvelles de croire en lui. Mais ce n’était pas sur le terrain de la réforme sociale qu’il pouvait espérer créer entre eux une entente durable. Obligé de louvoyer, il promettait aux classes bourgeoises, effrayées du « Spectre Rouge » (2), la paix intérieure et extérieure nécessaire à la prospérité de leurs affaires, et seul, il leur semblait pouvoir les protéger contre les menaces de la démagogie (3). Aux ouvriers il annonçait de grands travaux leur assurant pour longtemps des salaires rémunérateurs. Mais surtout, tandis que la majorité de l’Assemblée Législative, hésitant à accomplir les réformes économiques préparées par la Constituante, et divisée sur la conduite à tenir aux élections de 1852,

n’avait montré d’homogénéité que pour combattre, par

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