‹ Le Second Empire et la Législation OuvrièreChapitre 7 sur 132 · É ARE · texte numérisé non relu

É ARE

Car les industriels de Est réclamant isolément ou par la voie des corps constitués, affirmaient d’une manière toujours plus pressante la nécessité d’une action de l’État (1). D'autre part à ce même moment où, selon l’expression d’un contemporain, « les ouvriers commençaient à penser à part, à se considérer comme en dehors de la société générale dans laquelle les hommes de 1789 avaient voulu les confondre », la bourgeoïisie émue par les peintures saisissantes que lon présente alors des milieux ouvriers, sous une poussée de sentimentalisme, et, peut-être, de snobisme,s’en prend elle aussi à cette liberté du travail qui a favorisé son enrichissement,et à l’organisation de la société. Dès 1839 Chateaubriand écrivait dans la Revue des Deux Mondes du 15 avril: « Rien ne pourra conserver une société où des individus ont deux millions de revenus tandis que d’autres vivent dans la misère et dans la pourriture. »

À "nesure qu’on approche de la fin du régime de Juillet,

1. En 1827, l'industriel Bourcart à Mulhouse attirait l’attention de la socièté industrielle de cette ville sur l’état de dépérissement des enfants employés dans les manufactures. En 1835 et 1836 le conseil général du Haut-Rhin,en 1835 et 1837 la Chambre de commerce de Mulhouse et la Société industrielle demandent une protection légale pour les enfants. Une enquête officielle du 31 juillet 1837 près des chambres de commerce, conseils de prud'hommes, chambres consultatives des arts et manufactures, ne décida pas le Gouvernement ; et cependant beaucoup, dont le Conseil général du Commerce, se prononçaient pour la réglementation du travail des enfants. Enfin, à la suite de pétitions émanant de la Société industrielle de Mulhouse et de la Société d'encouragement à l'instruction primaire parmi les protestants, la Chambre des députés obtient, après une discussion, le 15 juin 1839,

la promesse du ministre de porter remède à cette situation...

LE PE les classes aisées, préparées par la propagande saintsimonienne et fouriériste à l’idée d’une action continue du Gouvernement, ne s’effarent plus ni du mot de socialisme qui devient pour elle la formule apportant un espoir de guérison aux misères des déshérités de toutes sortes, ni des projets d'organisation du travail. «Les revues catholiques, les journaux d'opposition agitent le droit au travail, les relations du capital et du salariat et les réformes sociales dont la réforme électorale est la préface et l'instrument. Les Conseils généraux eux-mêmes s’émeuvent et leurs vœux se multiplient durant la session de 1847. Seul le Gouvernement reste sourd et aveugle (1). »

A la faveur des luttes des partis politiques, la nécessité d’une action plus énergique de l'État pour améliorer le sort des travailleurs s’est aussi propagée dans la bourgeoisie et au sein des classes ouvrières. Tandis que le Gouvernement de Juillet représentait surtout les intérêts de la moyenne bourgeoisie, l’opposition démocratique, qui cherchait son appui hors du pays légal, annonçait la réforme électorale comme le moyen de faire connaître les besoins des masses ouvrières et de remédier à leurs souffrances. Les méfaits de la concurrence, la condition misérable de l’ouvrier privé de tout moyen efficace de défendre ses intérêts dans la formation du contrat de travail,sont dénoncés par le Natronal (2) et la Réforme qui font appel à l’intervention de

1. Ferdinand Dreyfus. L'assistance sous La seconde République, 1907,

2. « Émancipé légalement, le travailleur est en réalité plus esclave

SOU la loi pour résoudre les questions sociales. Ge n’est du reste pas seulement dans les journaux de l'opposition que les souffrances des pauvres sont étalées : le Journal des Débats et le Constitutionnel, en bas de leurs colonnes officieuses et optimistes, publiaient en feuilleton le Juif-Errant et les Mystères de Paris, d'Eugène Sue, monarchiste nouvellement converti au socialisme, en même temps que George Sand, dont les romans datant de cette époque contribuent à mettre à la mode un certain socialisme sentimental.

Dans le désarroi d'idées qui avait suivi 1830, tout avait été remis en question : « Le droit universel des hommes au pouvoir politique, le droit universel des hommes au bien-être social, l’unité et la souveraineté démocratiques substituées à l'unité et à la souveraineté monarchiques, la rivalité entre le peuple et la bourgeoisie succédant à la rivalité entre la bourgeoisie et la noblesse, les sciences de la nature et le culte de humanité mis à la place de la foi religieuse et du culte de Dieu (1). >» Là où Guizot voyait « l’anarchie intellectuelle », où chacun rêvait de refondre et de réédifier la société entière, l’idée de l’État tuteur était à la base de tous les systèmes. En 1838, l’Académie

des Sciences Morales et Politiques ayant proposé pour

que jamais. C’est la faim qui l'oblige à défaut de la loi; car quelle sorte d'égalité se rencontre entre le travailleur qui est forcé d'accepter pour avoir du pain le travail qu'on lui offre aux conditions qu'on y met, et le capitaliste qui peut attendre que la faim lui livre sa victime. » Armand Marrast. Le Nalional, 21 mai 1840.

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