‹ Le Second Empire et la Législation OuvrièreChapitre 92 sur 132 · Recueil des procès-verbaux, I, p. 8 et suivantes · texte numérisé non relu

Recueil des procès-verbaux, I, p. 8 et suivantes

mon, et le ministre Pinard qui était venu y assister fut frappé du sérieux et de l’ordre qui y régnaient. Le 19 janvier 1868 la commission ouvrière envoya même 30 délégués au ministre du Commerce, M. Forcade de la Roquette, auquel ils exposèrent les vœux et les besoins des travailleurs (1). Aussi, c’est sans exagération que l’auteur de l'exposé historique précédant les rapports des délégués à l'exposition de Vienne a pu dire des procès-verbaux des réunions et des rapports des délégués de 1867, qu’ils étaient « Les cahiers corporaüfs de la classe ouvrière (1) », et que M. de Molinari les considérait comme « une sorte d'inventaire des idées économiques de l'élite de la classe ouvrière de Paris (2) ».

Les ouvriers délégués qui, pour la rédaction de leurs rapports, n'avaient reçu d'instructions que des corporations dont ils tenaient leur mandat, ont adopté généralement un plan analogue à celui que la première commission ouvrière avait proposé aux délégués de 1862. A la partie technique, dans laquelle ils appré-

cient les travaux qu'ils ont pu examiner, fait suite un

1. A la suite de cette entrevue, les réunions des délégués devinrent vraiment un comité consultatif,« M. le ministre du Commerce engage la commission ouvrière à rédiger un mémoire de toutes les réformes demandées ; elles seront l’objet d'une étude sérieuse faite par une commission spéciale et dans laquelle entreront une certaine quantité de membres de la commission ouyrière. » Cf. Recueil des procès-ver- Bang lt p.159;

2. De Molinari. Le mouvement socialiste et les réunions publiques? 41874, p. 323. ;

ensemble de constatations sur l’état et les besoins des ouvriers. |

Il se plaignent d’abord de l’état des salaires dont l’accroissement n’a pas été proportionnel avec l'élévation du coût de la vie, en particulier des loyers, avec les idées de bien-être et de luxe qui, s’étant répandues, font sentir plus durement à l’ouvrier son manque de ressources. Sa situation est précaire, car le salaire, à peine suffisant quand l’homme peut travailler constamment, sans interruption causée par le chômage ou la maladie, lui interdit tout espoir d’accéder à la propriété par l’économie et rend douloureuses les privations qu’il Lui faudrait supporter pour payer une contribution aux caisses de secours (1). Les budgets que plusieurs délégations ont essayé d'établir (2), montrent le déficit constant dans un ménage ouvrier quand il n’a de ressources que le travail de l’homme. Une hausse de salaires serait donc nécessaire, et on pourrait l’obtenir sans avoir à élever le prix de vente des produits, en diminuant la part abusive que prélèvent les marchandeurs et les intermédiaires. Les mécaniciens, posent des règles idéales du salaire (3): « Tout individu qui travaille a droit à un salaire suffisant pour subvenir

1. Cf. Recueil des procès-verbaur, première ass. générale, p. 10. Rapports. Brossiers, J, p. 6; facteurs, I, p. 40.

2. Cf. Rapports des délégués ouvriers. Facteurs, I, p. 54; peintres en bâtiments, III, p. 7; tailleurs, LIL, p. 18; pour les outilleurs en bois « le déficit est de 800 à 900 fr. pour un ménage de 4 personnes » IIE, p. 9.

Page 1