II. Modeleurs mécaniciens, p
berté pour exercer une action commune, « Toutes les libertés sont solidaires. », déclarent les délégués des facteurs (1), et la seule liberté que le gouvernement se soit entêté à refuser, la liberté de réunion, est maintenant indispensable pour que les autres puissent agir normalement, et procurer aux ouvriers les avantages qu'ils ont le droit d’en attendre. « Sans ce droit de réunion, déclarait le président de la commission ouvrière au ministre du Commerce, le 28 janvier 1868 (2), la loi de coalition crée des dangers pour tous, patrons et ouvriers, et conduit fatalement à la grève, faute d’entente préalable. Sans ie droit de réunion, pas d’enseignement mutuel et professionnel, pas d’organisation corporative. Avec le droit de réunion, nous travaillerons en paix à faire pénétrer dans les masses l’instruction primaire et professionnelle, nous étudierons les réformes qui nous sont le plus indispensables, et nous parviendrons, nous l’espérons,avec connaissance de cause et par voie de conciliation, à aplanir tous les différends, en évitant surtout les luttes industrielles, les grèves, dans lesquelles vainqueurs et vaincus se retirent du combat avec des pertes irréparables et inutiles. » Ainsi la loi de 1864 (que les balanciers de haute précision qualifient de « loi de justice ») (3), ne verra plus 1. Rapports... I. Facteurs, p. 65.
2, Recueil des procès-verbaux... III, p, 153 et 154 ; et Rapports... I. Chapeliers, p. 6.
3. Rapports... I. Balanciers, p.12 et p. 24. [I. Tourneurs en chaises, p. 8, et voir la discussion sur les grèves, Recueil des proc.-verbaux,
t. I, 3° et 4° ass. générales, p. 28 à 80, dont la conclusion est que l'on
doit tout tenter pour éviter la grève.
son fonctionnement vicié par l'arbitraire administratif : les ouvriers, — et aussi Les patrons — ne se résoudront à la cessation du travail qu'après une entente raisonnée. «IL n’y à pas de résolution plus grave à prendre, ni qui exige plus de maturité et de réflexions. Cest pourtant cette résolution qui, par le caractère incomplet de La Loi, se trouve brusquée. Point d’assemblées entre ouvriers, point d'enquêtes sur les faits. C’est la colère au lieu de la réflexion qui décide (1). » De là, cet abus de la grève, arme dont on ne devrait user qu'après échec de tous moyens d’entente (2), tandis que le droit de réunion sera le plus puissant élément de conciliation (3).
Mais pour que la liberté de réunion puisse exercer toute son action pacificatrice et être un instrument de progrès, il faut que la loi laisse aux ouvriers la faculté de se grouper d’une façon durable. Üomme les délégués de 1862, les rapports de 1867 proposent la création de chambres syndicales professionnelles sans être plus d’accord sur leur composition. Mais c’est à peine si quelques rapports demandent des chambres syndicales mixtes (4): presque tous désirent la création de groupements ouvriers dans lesquels les travailleurs seraient libres de ne pas entrer, afin de faire face aux chambres syndicales des patrons. Ils donneraient à la classe ou-
vrière la cohésion et la force morale qui lui manquent,
1. Rapports. II. Imprimeurs en papier peint, p. 15. Rapports... I. Cuirs et peaux, III. Tablettiers en écaille, p. 7.