ACTE I, SCÈNE IX
Quant à moi , dont l'aspect, à ce point , vous effraie , J’ai tout oublié, tout... hors mon amitié vraie i Tournes donc , sans rougir, les yeux de mon côté ; Le confident n’est plus , l’ami seul est resté.
M“* COURVILLE
Eh bien ! celte amitié , déjà mise à l'épreuve ,
Si j'osais en attendre une nouvelle preuve?
JOLL1VET.
Quoi que ce soit , parlez , Madame 1 COURVILLE.
Vous savez
Si j’aime mon mari , vous I Eli bien I vous pouvez Me rendre un grand service.
JOLL1VET.
A vous ! Daignez m’apprendre Comment, et sur-le-champ, quoi qu’il faille entreprendre....
M - * COURVILLE
Revenu parmi nous, d’aujourd’hui seulement, Peut-être avez-vous vu , déjà , quel chaudement Des causes , que je n’ai pas encor devinées ,
Ont produit, chez Cou rvllle, en moins dedeux années? JOLL1VKT.
Dieudonné, ce matin , m’avait mis au courant.
Et vous dire a quel point la chose me surprend !
Je devine: avec vous, iqjuste, atrabilaire...
COURVILLE
Non ; jamais il n’a fait plus d'efforts pour me plaire : Accourant au-devant de mes moindres désirs,
11 prodigue, pour moi, le luxe et les plaisirs ;
Mais, qu’importe cela? Mon œil perçant de femme A su , depuis long-temps , descendre dans son âme , Hélas I et ma tendresse, alarmée, a pu voir Un chagrin qu’il nous cache, et que je veux savoir. J’ai tout essayé , tout, les prières, l’adresse.
Pour savoir le secret de ce mal qui l’oppresse :
Eh bien I jusqu’à présent, je n’al rien obtenu;
Mais , Monsieur, grâce au ciel , vous voilà revenu. Si J’ai mal réussi, moi, dans cette entreprise,
C’est que , probablement , je m’y serai mal prise : Peut-être vous, Monsieur, serez-vous plus heureux. Voyex-le, parlez-lui ; les hommes sont, entre eux, Plus libres. Eh mon Dleul si c’est quelque traverse, Quelqu’un de ces retours, si fréquens, du commerce, Pourquoi ne pas parler? Eh I ne sait il pas bien Que son amour m’est tout , que le reste n’est rien ?
SI c’est moi qui devins la cause involontaire De cette douleur morne, et qu’il s’obstine à taire. Dites, que mon amour puisse, au moins, effacer Le mal que j’aurai fait, hélas ! sans y penser!
Quoi que ce soit, enfin, de tous mes droits de femme, Le seul auquel Je tiens , le seul que je réclame ,
C’est, au jour du malheur, comme au Jour du danger. Le droit de le connaître et de le partager.
JOLLIVET
Je l’ai déjà tenté ; nous essatrons encore.
M" # COURVILLE
J’ai cru que le prochain mariage d’Isaure...
On vous l’a dit , avec le fils de Lucenal ,
De Marseille?..
JOLLIVET
Comment, c’est là!., mais je conual Ce nom : en revenant d’Alger, Je me rappelle ,
11 n’était question que de cette nouvelle ,
Dans la ville : On disait qu’un malheur tout récent , Le mettait dans un cas assez embarrassant ;
On prononçait, tout bas, le mot de banqueroute,
Ce qui mettrait un peu vos projets en déroute.
M** COURVILLE
Cerlel et Courvilte ignore... Il faut l’en informer I JOLLIVET.
Attendons que le bruit vienne se confirmer;
Car ce peut n’étre, aussi , qu'un propos ridicule. Que la malignité répand, et qui circule;
Rien ne doit être fait avant un mois d’ici ,
Il sera toujours temps...
M“ # COURVILLE
En effet...
JOLLIVET
Le voici.