SCÈNE IV
LE COMTE, M“* COURVILLE, arrivant par la droite. Toilette du premier acte.
m“* courville.
Pardon pour ma toilette , à peine commencée :
Je vous savais ici , Monsieur; je l’ai laissée, Redoutant de vous faire attendre.
LE COMTE
En vérité?
Mais, alors, je maudis mon importunité,
Et m’en veux de troubler, par cette inadvertance, Une occupation de si haute importance.
M"* COURVILLE
Un ami tel que vous , Monsieur ! Tous les momens Sont toujours bien choisis...
LE CQMTE.
A moi , des compllmens I Qui me tiens trop heureux de vous rendre, Madame, Au monde, qui se plaint de vous, et vous réclame; Car vous semblés le fuir, comme si quelque ennui, Quelque pénible soin , vous éloignait de lui.
M"* COURVILLE
Monsieur...
C’est une erreur, certc ; et cette soirée Témoigne que ma crainte était exagérée.
( Tom entra el mie ou fend. )
M"* COURVILLE
Qu‘cst-cc? Que venez-vous faire, Tom?
, TOM
Le cocher
De Madame attend là.
M"*' COURVILLE
C’est bien.
TOM
Il vient chercher
Les ordres de Madame. A quelle heure veut-elle Ses chevaux?
LE COMTE , à pan , et cran*.
Ses chevaux !
M"* COURVILLE
Dites que Tou attelle
Tout sept heures. C’est bon, laissez nous.
Tom «Ht. i
LE COMTE
J’ignorais...
U“* COURVILLE
Celte voiture? Au fait, ce n’est guère à peu près Que depuis quinze jours...
LE COMTE
Alors...
M - * COURVILLE
Une surprise
De mon mari. Ce n’est que pour moi qu’il l’a prise; D'ailleurs, pour la campagne...
LE COMTE
Une campagne aussi !
M** COURVILLE
l ue terre superbe auprès de Margency.
Ah! vous étiez absent. L’autre mois , pour ma fête,
I ne galanterie encore qu'il m’a faite.
LE COHTfe, Uirprir.
Ab ! c’est..
M°' COURVILLE
Quoi d’élonnant à ce que je dis là ?
LE COMTE , I part.
Décidément, Je vois que ce n’est pas cela.
(Haut. )
Quoi d’élonnant 1 Oh ! rien. Seulement , je veux dire Que le monde est bizarre et bien prompt à médire: Voyant dans un mari tant de spins complalsans,
II soupçonne le mal jusque dans ses présens;
Il cherche dans ses dons quelque arrière-pensée.
Que sais-je ? Il entrevoit la femme délaissée.
Et nomme méchamment la moindre attention Un calcul... et peut-être une expiation.
Pour mol , loi u d’accueillir un doute qui l'offense , Vous devez bien penser que je prends sa défense... M”* COURVILLE.
C’est trop de soin , Monsieur , et le monde, en ceci. Daigne de mon bonheur prendre trop de souci ;
Sa charité , pour mol , s’est trop vite alarmée : Monsieur, J’aime Courville, et sais en être aimée ; Surtout je ne me plains jamais . et nul , je croi ,
N’a le droit d’être ici plus exigeant que moi.
LE COMTE, à part.
Pas encore cela.
( Haut. |
Pardonnez-moi, Madame!
Un désir curieux n’a point guidé mon ame :
Veuillez dans ce discours ne voir qu’un intérêt Qui ne se permettra jamais d’être Indiscret.
A tout à l’heure donc ; car mieux vaut, cc me semble. Partir tous à la fois pour arriver ensemble ; Précisément , depuis la fin de la saison .
Je dois une visite ici , dans la maison ,
Chez un vieux conseiller d’état ; je vais la rendre De ce pas, et reviens, dans une heure, vous prendre.
( A part, tn t’«n allant. )
On me cache un secret, c’est sûr : bon gré, mal gré. Ou j’y perdrai mon nom , ou bien je le saurai.
( 11 fort par le fond. )