SCÈNE Mil
M“* COÜRVILLE, puis LECOMTE.
Mme COÜRVILLE, »cu1e.
Le bon Jeune homme! — Allons, retirons-nous aussi, — Pour ma part J’aime autant que nous restions ici, Ce Comte , Je ne sais quelle arrière-pensée Il cache; devant lui je suis embarrassée,
Et Courtilie qui prend plaisir à l’inviter Tous lesjours!.. désormais, Je prétends l’éviter.
C’est le plus raisonnable, et pour cette soirée Non sans quelque plaisir, Je m’en vols délivrée : Fesons-lc prévenir,
LE COMTE , filtrant par la fond.
Madame, qu’ai-je appris ?
Je viens de vôir CourviUc, et Je suis si surpris !
Cette loge. ..
M™* COÜRVILLE.
En effet, une affaire imprévue,
Depuis tantôt, depuis que vous ne m’avez vue .
Ne nous permettra pas, pour ce soir, d’en user,
Et mon mari , Monsieur, a dû s’en excuser.
LE COMTE
Comment! H est donc vrai! rencontre malheureuse, Affaire bien soudaine, et bien malencontreuse. Monsieur votre mari, du moins vous a conté...
Je n’ai rien demandé. Monsieur : sa volonté Est la mieune; il a donc suffi que je l’apprisse...
LECOMTE, à part.
El moi J’y suis, parbleu ! c’est évident ; caprice Du mari : ce matin j’avais touché le point;
La pauvre femme l’aime, et lui ne l’aime point. COÜRVILLE.
Du reste, que cela. Monsieur, ne contrarie En aucune façon vos projeLs, je vous prie.
LE COMTE
Non, Madame, et voyant tant d’abnégation.
Je veux aussi ma part de la privation ;
Mais croyez, croyez bien qu’au moins je m’associe Aux peines de ce cœur que le mien apprécie.
M“* COÜRVILLE.
Moi, des peines, Monsieur! qui vous dit?..
LE COMTE
Pardonnez!
Oui, vos chagrins secrets, je les ai devinés.
M"* COÜRVILLE.
Quoi! Monsieur! II serait possible !
LE COMTE
Et J’imagine
Que mon œil en a su découvrir l’origine.
Mais Je suis indiscret. Je le sens bien .• souffrez Que je prenne congé de vous.
(Il te à sortir. J
M"* COÜRVILLE.
Non! demeurez!
Quel espoir avez-vous éveillé dans mon âme.
Parlez, parlez, Monsieur!
LE COMTE
Qu’exigez- vous, Madame?
Que dirai-je d’ailleurs que, souvent averti.
Votre cœur avant moi n’ait déjà pressenti !
Etrange aveuglement, hélas! âme de glace.
Lorsque j’en connais moi tant d’autres à sa place... M“* COÜRVILLE.
Tant d’autres !..
LE COMTE
Un surtout : Ii,a bien combattu ,
Il le voulait encore, et long-temps il s’est lu, Matgré lui son amour s’échappe de son âme..
M"* COÜRVILLE.
Ciel! qu’enlends-je?
LE COMTE
Eh bien! oui, je vous aime, Madame, Depuis le soir fatal que , placé près de vous.
J’ai rencontré ces yeux si puissans et si doux I Ignorant votre nom et qui vous pouviez être ,
Il me fallait trouver moyen de vous connaître.
Dieu vint à mon secours, et ce billet laissé...
M"* COÜRVILLE.
Quoi! ce hasard !..
LE COMTE
Hasard ! et vous l’avez pensé !
Et vous n’avez pas vu que c’était une ruse Dont l’amour fut la cause à la fois et l’excuse.
Et, m’en eût-il coûté cent fois plus, entre nous,
Qu’à tout prix il fallait me rapprocher de vous!
M M COÜRVILLE.
Grand Dieu!..
LE COMTE
Mais qu’ai-je fait! Je vois votre colère,
I Je vous ai devinée et ma sentence est claire!
Oui , vous ave/ raison, Je comprends ce courroux ; Ce langage, en effet, est si nouveau pour vous Vous, Madame, si pure, et que chacun révère...
Mme COL'RVILLK, à part, mse Couleur.
Al -je encorj, A mon Dieu ! le droit d’étre sévère ?
LE COMTE
Vous allez me bairnir de chez vous, je le voi .
Votre indignation...
Mme COL B VILLE, cote la plu, jtiande douceur.
Monsieur, écoutez-moi :
Cet aveu, que toute autre eût pris pour un outrage,
Je le pardonne
LF. COUTE, avec joi«.
Dieu !
M"* COLnVILLE.
Mais loin que j’encourage Un amour que je peux tout au plus excuser, je veux être sincère et vous désabuser. (bile
Qu’attendez-vous, Monsieur, franchement? quej’ou- Et le nom que je porte et le nœud qui me lie ? Pouvez-vous le penser ? Mon mari, quel que soit Ce triste changement dont mon cœur s’aperçoit ,
A toute ma tendresse, et, sur cette assurance,
Vous Jugez ce qu’il peut Vous rester d’espérance. Vous perdriez sans fruit près de moi , vous voyez, Des momens qui seraient ailleurs mieux employés ; Ainsi donc , laissez là celte galanterie,
C’est une honnête femme ici qui vous en prie , Certaine, en renonçant à des soins superflus,
Que, si vous l’aimez moins, vous l'estimerez plus.
Quoi, Madame...
M“* COURVILLE
Et d'abord , pour vous guérir plus vite, Evitez le danger, le plus sage l’évite.
Et J’ai pour répondans de votre guérison , L’éloignement , le temps et surtout la raison.
LE COMTE
Mats Courvllle qui part demain pour sa campagne, Vient de m’y convier.
M"* COURVILLE
Encor !
LF. COMTE.
Je l’accompagne.
M“* COURVILLE
L’Imprudent! — Vous allez refuser sur-le-champ, Monsieur.
LE COMTE
Mais un prétexte?'
M"* COUnVILLF..
Ou en trouve en cherchant.
Affaires d’intérêt, rendez vous de notaire Que sais-je? Voici tout, là, dans ce secrétaire. Ecrivez , et songez que vous allez ici Agir pour mon repos, et pour le vôtre aussi.
Que se passe-t’il là? Votre voix a , Madame ,
Je ne sais quels accents qui pénètrent mon âme ,
Il faut donc obéir et céder à vos vœux.
M"* COURVILLE
Vous voilà raisonnable, et comme je vous veux.
LE COMTE
Ne me redoutez plus, et puisqu’il faut rac rendre, J’écrirai ce billet.
M“* COURVILLE
\ Je reviendrai le prendre.
[Elle sorl pat I* fond. I