SCÈNE X
LE COMTE, M"* COl'RVH.LE.
M"" COURVILLE
Votre excuse est trouvée ,
Monsieur; et votre lettre est, je pense» achevée?.. Donnez.
LE COMTE, avec «nLartai.
Pardon, Madame...
M"* COURVILLE
Eh bien I quoi ? rien n'est fait ?
Pas même commencé t
LE COMTE, d« mime.
Je l’avoue, en effet...
Oh! ne m'accusez pas, croyez plutôt, Madame, Que J’avais présumé trop de ma force d’ame...
M"* COURVILLE
Quoi ! malgré le désir que j’avais témoigné!
Je vous avais laissé beaucoup plus résigné Tout à l’heure, et d'après votre propre assurance , J’avais lieu de compter sur plus de déférence.
LF. COMTE.
Eh! c’est que tout à l'heure, en m’engageant ainsi, Je me trompais , Madame, et vous trompais aussi ; C’est que, moi , je ne peux, au gré de votre envie, Renoncer, en un jour, au rêve de ma vie...
Non que je veuille, hélas t amant découragé.
Imposer un amour qui n’est point partagé ;
Je ne demande rien , Je ne veux rien prétendre , Rien, Madame, excepté vous voir et vous entendre, Et prouver à ce cœur, qui put me résister.
Que , si Je ne l’obtiens , je sais le mériter.
Mme COURVILLE, dont l'étonnement t'aecroii.
Tant d’obstination a lieu de m’interdire,
Monsieur; je vous ai dit ce qu'il fallait vous dire; L’insistance, à la fin , prendrait un autre nom. Ainsi, retirez-vous, croyez-m’cn.
LE COMTE, plue «ninw.
Eh bien! non.
Madame, cent fois non! dussé-je vous déplaire, Dussé-je m’attirer toute votre colère...
Je promettrais, d’ailleurs, que Je ne tiendrais pas! Malgré moi, chaque jour, attaché sur vos pas... M"' COURVILLE.
Pas un seul mot de plus , Monsieur! En conscience. Je crois avoir fait preuve , Ici , de patience ;
Enfin , c’est trop long-temps en abuser.
LE COMTE
Eh quoi ?..
M"' COURVILLE
Sortez , Monsieur ! sortez sur-le-champ de chez moi ! I.E COMTE, «Itété.
Grand Dieu! chassé! C’est bien, Madame, je sais vivre; Ma vue est importune, et je vous en délivre;
Tout Injuste qu’il est , je cède à ce courroux ,
| El Je n'oubiirai pas que tous êtes chez vous.
Mais , puisque l'espérance à mon Ame est ravie , Puisque je ne dois plus vous revoir de ma vie ,
[ Puisque vous me chassez , souffrez que , dans ce cas , : Je vous rende un dépôt qui ne m’appartient pas...
M** COURVILLE, |wmMl l«* lettre* qu'il lui pré»rnle.
i O ciel!., entre vos mains!.. Oh! parquellc surprise... Comment?., rompre un cachet!..
LE COMTE
Croyez qu’une méprise...
Mais calmez cet effroi ;gardez de supposer Qu’instruit d’un tel secret , Je veuille en abuser ;
Non , Madame, Jugez mieux de mon caractère.
Je suis homme d’honneur, et sais ce qu’il faut taire. Et n’en veux que le droit , puisque vous m’y forcez. De vous dire qu’à l’air dont vous me repoussez ,
Il faut qu’en vous le ciel ait , j’ai lieu de le croire. Mis bien peu d’indulgence , ou bien peu de mémoire. M" c COURVILLE.
Sc peut- il 1 Dieu m’avait gardé , dans son courroux , Pour dernier châtiment, de rougir devant vous !
Car je devine tout. Je vois votre espérance ,
Et je m’explique , enfin , cette persévérance.
Eh bien! oui tout est vrai. Monsieur, Je l’avoùrai; Mais vous, à votre tour, qu’avez-vous espéré?
Quoi ? que la trahison , dont J’ai fait une étude,
A perdu son horreur, pour moi, par l’habitude?
Oh ! vous ne savez pas tout ce que m’a coûté Un seul jour d’imprudence et de légèreté t Vous ne les savez pas, ces douleurs infinies,
Ces tourmens sans pitié , ces lentes agonies!
Est-ce pour m’effrayer ? comptez-vous m’obtenir.
Par la complicité d’un pareil souvenir?
Que si vous l’avez cru , c’est une chose infâme !
Alors, Monsieur le Comte, alors, la pauvre femme, Accablée un moment, reprend sa dignité.
Se relève , et vous dit : C’est une lâcheté !
Et ce n’est plus , Id , de votre complaisance ,
; Qu’elle attend , désormais , d’éviter sa présence ; C’est un ordre. Entendez ceci : que , dès demain ,
Je ne vous trouve plus, Monsieur, sur mon chemin. Ou je vous fais connaître à tous , ou Je vous nomme , Tout haut, de tous les noms qui flétrissent un homme ! Et, maintenant, voyons si vous me résistez.
Car Je vais répéter ce que J’ai dit : Sortez !
(!.« Comte *'iuclii»« *1 «ort, par U don J , tant prof«r*r uim parole./
Fl» DU DEUXIÈME ACTE.
, g LE SECOND MARI.