ACTE 111 , SCÈNE V
Eh bleu, car trop long temps , Monsieur, je me suis Car celle incertitude est affreuse et rae tue, (tue. Je vous adjure, ici, Monsieur, si vous souffrez,
Au nom du ciel, soyez sincère et m’éclairez!
Souvent injuste et dur pour tout votre entourage , Ce Jeune homme , depuis hier vous porte ombrage, Il n’est pas jusqu’à moi qu’on n'ait pu voir traiter D’un ton que Je croyais , certes , peu mériter, Comment justifier cette rigueur extrême?
Répondez; qu’à-t-il fait, et qu'ai-je faitmoi-méme ?
COURVILLE, à part.
Ce ton de vérité... non ! mes sens abusés Me trompaient! comment croire ?..
«■' COURVILLE
Eh bien I vous vous taisez!
Et moi je vous devine; et cette brusquerie.
Ce caractère sombre et que tout contrarie ,
Je comprends tout, malgré ces détours superflus, Monsieur , et je vols bien que vous ne m’aimez plus! COURVILLE, ému.
Moi I ne plus vous aimer ! qui, moi ! que ma mémoire, Oublieuse à ce point !.. Et vous l’avez pu croire!
Et que Je reniais ainsi , triste insensé ,
Et tous nos souvenirs, et tout notre passé!
Non, non, votre tendresse à tort s’est alarmée; Jamais, jamais ce cœur ne vous a plus aimée,
Et pourtant je vous fais souffrir.., Oui, c’est affreux ! Je suis un fou , je suis... je suis bien malheureux !
M“* COURVILLE
Malheureux ! vous! en quoi ? Tout vous rit , on vous courville. (aime...
Tenez , je n’ose pas me le dire à moi -même ,
Et, chaque fois, voyant la façon dont j’agis.
Je m’en veux dans le fond du cœur , et j’en rougis ; Mais c’est plus fort que mol ; ridicule ou faiblesse. Dans l’état oii Je suis souvent un rien me blesse.
Il faut me pardonner. Je vous dirai, pourtant, Puisque vous me citiez ce jeune homme à l’instant. Que J’ai quelques raisons, dont vous serez instruite Quand il en sera temps , d'observer sa conduite. Ainsi, Je vous en prie, entre nous, évitez De l'avoir toujours là , debout à vos côtés.
Faites cela pour moi ; c’est une complaisance Dont Je vous saurai gré. Du reste , sa présence Ke me gênera plus bientôt , car je prétends Disposer de sa place avant qu’il soit long-temps. M“* COURVILLE.
Vraiment ! ce qu’il a fait est donc bien condamnable? courville.
Fiez-vous-en à moi, suis- je déraisonnable ?
Je veux eroire, et cela doit vous suffire ici ,
Que vous n'èles en rien mélée à tout ceci.
M“* COURVILLE
C’est donc bien grave, enfin ?
COURVILLE
Très grave.
U— COUB VILLE, k part.
Et sa demande?
Le moyen , maintenant , que je le recommande ? COURVILLE.
Vous me promettez donc de n’avoir plus jamais D'entretiens avec lui ?
M“ e COURVILLE.
Non , Je vous le promets.
Mon cœur avait besoin de pareille assurance.
Et vous in’avcz rendu la Joie et l’espérance.
Je vous al fait souffrir tous de ma dureté ;
Jusqu’à mon vieil ami . comme je l'ai traité.
Ce pauvre Jollivet! au point qu’il m'abandonne.
Je veux le voir , Je veux aussi qu'il me pardoune; Je n’ose aller chez lui , mais deux lignes de mol , Deux lignes d’amitié l’apaiseront , Je croi;
Dans un instant ma lettre est prête et Je l’envole. Je sens là qu’il me manque! il faut que Je le voie... Et qu’ki, ptiisqu’enfin le bonheur m’est permis. Nous soyons tous heureux , et surtout bons amis.
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