‹ Le Second Mari, comédie en trois actes et en versChapitre 41 sur 44 · M“* COURVILLE , COURVILLE · texte numérisé non relu

M“* COURVILLE , COURVILLE

Grand Dlen ! que signifie ?

Ce trouble... ce langage... il me glace d'effroi;

I n duel! Eh ! mais qui doue va se battre ici?

COURVILLE, entrant par la gaurbe.

Mol,

Madame.

M“ # COURVILLE

Vous , Monsieur! Se peut-il? Malheureuse Que Je suis ! Mais, Monsieur, c’est une chose affreuse ! Et contre qui, mon Dieu ! Parlez!.. Oh! j’en mourrai. Monsieur ; mais, parlez donc!

COURVILLE

Au fait , je parlerai ,

Madame, vous avez raison : l’heure est venue, L'heure où la vérité vous doit être connue. '

II faut que vous sachiez ce que, depuis deux ans, Je dévore d'ennuis et de chagrins cuisans;

Sentir sous nn fardeau sa poitrine oppressée, Tourner Incessamment autour d’une pensée, L’écarter sans relâche , et la trouver partout , Implacable , obstinée, et qui se méie à tout.

Voilà ma vie, à moi... jusqu’au jour... car le doute Semble encore plus affreux que le mal qu’on redoute , Jusqu’au Jour où J’en vins pourtant à regretter Même l’incertitude et le droit de douter!

M"* COURVILLE

Et que savez-vous donc ? car, à moins d’un prodige, Je ne puis deviner...

J’ai tout appris, vous dis-je t Mais , grâce à Dieu , le jour de la vengeance a lui , Madame , cl je me bats , dans une heure, avec lui.

M“* COURVILLE

Avec lui! Mais, qui donc?

COURVILLE

Faut-il que je le nomme?

Ah ! vous ne savez pas encor quel est cet homme ! Lu malheureux que j’ai nourri dans ma maison,

F.t qui m’en a payé par une trahison!

Mrua COURVILLE, tliipt-ûiile.

< ommciU !

COURVILLE

Ne Jouez pas, de grâce , la surprise.

M“* COURVILLE

Quoi! c’est donc sérieux? Pour qui m’avez- vous prise? C’est horrible , Monsieur! Et qui vous donne ici Le droit que vous prenez de me parler ainsi ?

Ma tendresse s'est-elle un seul jour démentie ? Est-il, pour un mari , plus sûre garantie | Faut-il queson esprit, en tortures fécond...

COURVILLE, k demi voit.

Qui trompa le premier...

Mm< COURVILLE. l'interrompant.

Peut tromper le second!

C’est là votre pensée !.. Ah ! ce mot-là m’éclaire.

Oui , vous avez raison , et Dieu , dans sa colère , Veut que mon châtiment soit dans ce souvenir ;

Mais était-ce par vous qu’il devait me punir !

Voilà donc le secret de cette triste vie!

Voilà de quel fantôme elle était poursuivie l C’est justice , après tout, et le ciel offensé ,

Fait retomber sur nous tout le poids du passé ;

C’est l’expiation terrible et salutaire

Qu’il sait bien, tôt ou tard, trouver pour l’adultère,

Talion mérité, calcul juste et profond.

C’est le premier mari vengé par ie second I COURVILLE.

Que dites-vous, Madame!

M"* COURVILLE

Oui, coupable et complice, Résignons-nous tous deux à subir ce supplice. Acceptons ce tourment, vous, de vous défier,

Et moi d’étre réduite à me justifier;

Dévorons, il le faut, la honte que J’éprouve,

— Monsieur, je ne suis pas coupable.

COURVILLE, cLnaM.

Tout le prouve :

Hélas ! et par malheur, on ne m’abuse pas I Mille indices certains trouvés à chaque pas,

Mille témoins parlants vous accusent, Madame.

M“ f COURVILLE.

Des Indices, Monsieur! des témoins! sur mon âme Je ne vous comprends plus!.. Allez, Monsieur, allez! J’iguore ces témoins si sûrs dont vous parlez.

Mais je vous le dis, mol; cette adresse vantée.

Cette sagacité si souvent exaltée ,

N’en soyez pas si fier, et , pour votre bonheur, Laissez en d’autres mains le soin de votre honneur. Oui, quand vous vous lassiez, pauvre visionnaire A poursuivre sans fin un crime imaginaire,

Tandis que ce regard si perçant et si clair .

S’usait naïvement sur un rival en l’air, l'n rival sérieux, un rival véritable Admis sous votre toit , assis à votre table ,

Heurtait impunément et toujours, et partout ,

Vos yeux qui s'obstinaient à ne rien voir du tout! Feu s’eu fallait que grâce à votre complaisance,

Il n’accomplit chez vous, presque en votre présence, Ses desseins qu’il voilait d’nn semblant d’amitié,

Et vous n’avez rien vu l Vous me faites pitié! COURVILLE.

Quoi!..

M"* COURVILLE

Mais rassurez-vous. Monsieur, la Providence N’a pas fait contre vous tourner votre Imprudeuce , Et votre honneur, en proie au premier séducteur,

A trouvé dans moi-méme un plus sûr protecteur.

Rassurez-vous, vous dis-je, et prenez confiance,

Je l’ai chassé.

COURVILLE

Son nom ?

M** COUAV1LLE.

Mais votre imprévoyance , Peut-être le hasard aussi qui conspirait L'avaient mis de moitié dans ce triste secret ,

Et J’ai lutté pour vous, pauvre femme éperdue,

El Je vous al sauvé, mais Je me suis perdue!

Mes jours, d'un mot de lui, peuvent être brisés...

COURVILLE

Mais son nom I

TOM, (odiol par l« fond, une I.itr* à la ma'».

De la part du Comte.

(Il nnal la kUt» è U<wr»i!l« el »ort.|

cornviLLE.

Eh bien ?..

Mm? COURVILLE, donnant la ktlra à ton mari.

Lisez I

COURVILLE, linnt.

«Madame, revenu chez mol, et demeuré seul sous l'impression de vos dernières paroles, j’obéis à un Impérieux besoin de mon ccèur en vous rassurant tout d’abord sur la loyauté d’un homme que vous pouvez croire votre ennemi. Outragée par l’aveu d’un amour téméraire, vous l’avez repoussé avec l’Indignation qu’il méritait, je le reconnais Madame , el c’est mon obéissance qui se chargera de vous prouver mon repentir. Vous ne me reverrez plus. Demain, au point du jour, je serai parti pour les États-Unis où m’appellent des fonctions que je refusais pour vous, mais que Je dois accepter maintenant. Quant à ce secret que le hasard m’a révélé, vous pouvez le laisser avec confiance sous la garde de mon honneur de gentilhomme, et me croire le plus sincère comme le plus respectueux de vos amis. »

Qu’ai-je lui c’était lui ! qu’est-ce donc que J’éprouve? Je devine... ces fleurs...

Page 1