JOLLIVET , COURVILLE , LE COMTE
LE COMTE
Pardon ! je vous dérange ,
Mon cher associé ?
COURVILLE
Point , mon cher de Varange.
Que devenez-vous donc ? C’est la première fols Que vous venez nous voir depuis plus d’un grand LE COMTE. (mob?
Oh ! ne m’en pariez pas: Je viens des Pyrénées... COURVILLE.
Vousl
LE COMTE
C’est ma rente ; Il faut que toutes les années J'aille conduire aux Eaux une tante que j'ai,
Et qui croit h cela ; c’est un grand préjugé ,
Mais, enfin, vons sentez les égards que mérite Une tante, un parent... surtout dont on hérite. Ajoutez , cette fois , qu’il m’a fallu partir Brusquement un beau soir, sans pouvoir avertir. COURVILLE.
Je me disais aussi : nous avions l'habitude...
Mais que Je vous présente un compagnon d’étude
Dont le nom jusqu'à vous sans doute est parvenu ,
Le savant Jollivet.
LK COMTE, panant «u milieu.
SI ce nom m'est connu !
Votre main, et souffrez que je me félicite,
Monsieur, de rolr de prés une gloire qu'on cite ; C’est vous , à quel bonheur le ciel me réservait t Ce savant Canivet !
JOLLIVET , .‘inclinant.
Oui , Monsieur... Jollivet. COPBVILLE.
11 vient de mission , mission magnifique...
LE COMTE
Je sais, politique...
JOLLIVET , d« mtnif.
Oui, Monsieur... scicnliliquc.
LE COMTE
Vous flics un traité , justement applaudi ,
Sur les peuples du Nord...
JOLLIVET , Je même.
Oui, Monsieur... du Midi.
LE COMTE
El vous avez pris part au voyage historique Entrepris en Asie...
JOLLIVET, rnemc.
Oui , Monsieur... en Afrique.
LE COMTE
J'y suis parfaitement, vous voyez.
JOLLIVET
Ab ! combleu
Vous me flattez , Monsieur.
Il me connaît très bien t
COnilVILI.E , au Comlr.
Mais, dites- mol s quelqu'un me donnait l'assurance, Hier , que vous aillez bientôt quitter la France ,
Et parliez pour ces bords , terre de liberté ,
Celte jeune Amérique..
LE COMTE
Oui j l’on m’a présenté Pour ce poste , en effet ; mais la diplomatie Est fort peu de mon goût , et Je les remercie COURVILLE.
Comment ! vous refusez t
LE COMTE
Ou!,deux mots de ma main...
COURVILLE
Et qui sont envoyés?
LE COMTE
Qui le seront demain.
A vous dire le vrai , je suis peu fanatique De ce que vous nommez l’état démocratique.
Si l’on m’eût consulté, pour mol, J’aurais voulu Naître dans l’âge d’or du pouvoir absolu.
Adorateur de l’art et de la fantaisie ,
Je mêle a toute chose un peu de poésie ;
J’aime à me laisser vivre, et n’ai jamais goûté Celte laborieuse et rude liberté,
Ces pouvoirs a toujours tenir en équilibre ,
Et suis trop paresseux pour vouloir être libre. JOLLIVET.
Pourtant Monsieur s’est fait Industriel; c’est la Une profession pénible.
Oh! pour cela ,
C’est bien la plus étrange histoire, fol de comte ,
oui puisse... H faut, parbleu t que je vous la raconte. C’était l’hiver dernier , je crois au carnaval.
Les bouffes , ce soir-la , donnaient un festival, J'étais dans une loge, attentif au programme, Auprès d’un monsieur seuL . .
COURVILLE
J'étais avec ma femme.
LE COMTE
Vous croyez ?. . C’est possible. Enfin, quoi qu'il en soit. J’étais la , quand mon oeil , par hasard , aperçoit Je ne sais quel papier par terre, entre la place De Monsieur et la mienne. Etonné, je ramasse... C’était... Je vous le donne eu cent JOLLIVET.
. Oh I Je me rends.
LE COMTE
I n billet de bauque.
JOLLIVET
Ah l c’était...
LE COMTE
De mille francs.
Je crois que mon voisin est le propriétaire De ce billet trouvé sous un fauteuil , a terre ,
El je le lui remets... Nouvel étonnement.
Cala n’est pas a mol , me répoud-l).
JOLLIVET
Vraiment t
LE COMTE
Et me voila tenant et ne pouvant remettre Ce malheureux billet , qui demeurait sans maître.
JOLLIVET
Vous disiez vrai ; l’histoire est neuve , sur ma foi. Jamais ces hasards-là ne m’arrlveut , a moi.
LE COMTE
Mais , enfin , une idée , une lueur divine M’éclaire; devinez...
JOLLIVET
Jamais Je ne devine ,
Je vous l'ai déjà dit.
LE COMTE
C’est Juste; m’adressant A mon voisin : « Le cas est fort embarrassant. L’argent n'est pas a vous , a moi pas davantage ;
11 ne nous convient pas d’en faire le partage ,
Mais c’est ensemble, enfin, que nous l’avons trouvé. Dépensons-le de même. — Eh bien ! soit , approuvé , Mc dlt-ll. Je suis peu liant de ma nature ,
Mais j’aime assez le tour piquant de l’aventure. »
En effet , cinq ou six dteers an restaurant ,
Chez Chevet, en un mois, nous mirent au courant, Mais ces relations qu’avait ainsi fait naître Le hasard , nous avaient permis de nous connaître : La rencontre finit par une liaison.
Courville, car c’est lui , m'admit dans sa maison. Je vis son existence occupée , et l’envie Méprit de l'imiter, a moi qui, de ma vie,
N’avais fait que réver et tourner à tout vent;
C’était une raison de nous voir plus souvent, D’ailleurs. Je mis chez loi, carjc connaissais l’homme. Quelques cent mille francs de fonds. Et voilà comme Un billet égaré , les dîners chez Chevet ,
M'ont fait industriel, excellent Canivet.
JOLLIVET
Il y tient !
LE COMTE
Ajoutez , une affaire cxceücutc,