‹ Le Second Mari, comédie en trois actes et en versChapitre 8 sur 44 · JOLLIVET, COURVILLE · texte numérisé non relu

JOLLIVET, COURVILLE

• COURVILLE

Heureuse insouciance ! Oui , mon cher, sa folie. Seule, parfois , fait trêve à ma mélancolie.

JOLLIVET

Ah ça ! c’est donc bien vrai? tu souffres, en secret, Depuis ton mariage?..

COURVILLE

Eh quoi JOLLIVET.

Car U parait

Qu’on s’en est aperçu. Point de supercherie , Courville , parle-moi franchement , Je t’en prie ;

Quel est donc ce malheur, qui te brise et l’abat ?

Dis ? regretterais-tu les jours du célibat !

C'était là , j'en conviens, un temps à faire envie,

Et nous menioos , ma foi , bonne et joyeuse vie. Temps heureux, que ce temps où nous étions garçous l Hein t en avons-nous fait , de toutes les façons I Je dis nous , c’est un trope , une forme oratoire ; Car c’était toujours toi le héros de l’histoire :

J’étais pour le conseil, moi, comme plus prudent. Et tenais, près de toi , l’emploi de confident.

Le ciel, comme d’abord j’ai pu le reconnaître ,

Pour de pareils succès, ne m’avait pas fait uallre; Contraint d’y renoncer, pour mon compte, j’ai mis Ma consolation dans ceux de mes amis.

Ce brave ami , c’est vrai : dans toute circonstance , J’ai trouvé , chez lui , bonne et fidèle assistance. JOLLIVET.

Seralt-ce quelque amour que lu regretterais!

Tu peux m’en croire, moi, qui les ai vus de près :

Tu n’as pas, à tout prendre, une bonne fortune.

Qui vaille un tel honneur. Si fait, j’en excepte une : Femme à part, qui n'a rien de commuft , celle-là, Avec ces passions dont Je te parlais là.

C’est une honnête femme, et que, malgré sa faute, Pour moi , je tiens encore en estime plus haute ,

Que ces froides vertus dont la rigidité N’a pas même , pour soi , l’honneur d’avoir lutté; Mais, elle, quels combats! quelle lutte obstinée ! Enfin , probablement , c’était sa destinée!

Mais, si Jamais erreur dut trouver indulgens Ceux qui se sentent, là , des cœurs d’honnêles gens, C’est celle, assurément, d’une femme brisée Par l’effort d’un combat qui l’avait épuisée ,

El qui , contre elle-même , implorant un abri .

N’en trouvait nulle part , même dans son mari !

Un fort mauvais sujet , âme « paisse et vulgaire , Indigne d’un trésor qu'il ne comprenait guère...

Du reste, c’est hasard , si j’ai su ton secret :

On résistait, et toi. ta santé s’altérait.

Tu parlais de mourir!

COURVILLE

Tu fus ma Providence !

JOLLIVKT.

....Plus lard , je fus chargé de la correspondance. Ce qui me fait songer que je les ai toujours ,

Ces lettres lâ t fais-moi penser, un de ces jours ,

A te tes rapporter: celte mesure prise.

Autrefois , par prudence , et de peur de surprise , Doit être sans objet , maintenant : te voila Marié; ie roman, sans doute, a fini là.

Mais , combien d’incidens et de charmans chapitres ! Signaux, tendres regards, amoureuses épitres.

Et , quand l’occasion d’écrire vous manquait ,

Nous avions inventé l’ingénieux bouquet ,

Dont les fleurs indiquaient , à la première vue ,

Par leur nombre et leur rang , l'heure de l’entrevue. Et ce jour qu'un billet, par un malentendu.

Alla droit au mari I

COURVILLE

C’est que j’étais perdu!

JOLLIVET

Pas moyen de nier; Il allait tout apprendre.

Sans 1a précaution , que l'on t’avait fait prendre , De mettre un autre nom sur l’adresse: celui De la femme de chambre, un excellent appui...

Ce diable d'homme était un terrible adversaire! Jamais secours d’ami ne fut plus nécessaire.

Le soir, dans le salon , pas moyen de causer. D’échanger un regard, un mot, sans s’exposer. Mais je veillais sur vous , moi , votre bon génie.

COURVILLE

Oui, tu te dévouais...

JOLLIVET

Je savais sa manie :

Il avait un amour très vif pour le piquet Et les échecs : jamais la ruse ne manquait.

Je venais , tous tes soirs , lui faire sa partie :

Je suis, je peux le dire ici , sans modestie ,

D'une assez belle force à ces jeux-là : pourtant ,

Je perdais chaque fois. Il était si content,

Qu’il en voulait toujours. Diversion savante. Tactique , qui me fait grand honneur, je m’en vante. Tu ne m’écoutes plus ! Pourquoi te détourner r Vraiment, ces souvenirs semblent t’importuner.

La chose aurait-elle eu quelque fâcheuse Issue? L’aventure, en un mot, aurait-elle été sue,

La femme compromise ? as-tu quelque remord?

Le mari ?..

COl’nVILLE.

Le mari , Jollivet... Il est mort.

MortiQue m’apprends-tu là! comment , est-ce possible! Lui!

COURVILLE

Tu sais quelle était son humeur irrascible :

Au sortir d’un repas, encor tout échauffé ,

Il s’est pris de querelle, un soir, dans un café,

Avec un officier, tout aussi peu traitable,

Sans doute ; enfin , un duel était inévitable.

Que dirai-je de plus 1 Atteint mortellement A la poitrine, Il n'a survécu qu'un moment.

JOLLIVET

Mort!

COURVILLE

Sans avoir jamais rien su , sans que personne Connaisse notre amour, ou même ie soupçonne :

Le secret n'a que loi , toi seul , pour conûdent. JOLLIVET.

Ma foi , c’est, à tout prendre, uu heureux accident. In pareil homme!.. Mais, dis-moi, la pauvre dame, Qu’est-clle dev enue ?

COURVILLE

Elle est...

(M**Coortilk fntre pai U dmilc, |

Page 1