ÉPILOGUE
Six mois se sont écoulés.
Aux agitations du printemps a succédé le calme que donne le bonheur.
C'est ie ciel bleu après l'orage.
Paul de Lizy a épousé Berlhe de Marcenac, et ils viennent de partir pour l'Ilalie, où ils passeront l'hiver.
Ils se sont mariés sans fracas, et pour s'unir, ils ont attendu qu'il ne fût plus question du crime de Fontainebleaui ni même du drame de la rue des Lions-Saint- Paul.
Les deux affaires ont eu plus de retentissement que ne le prévoyait Sigoulès.
Un duel entre quatre murs est un événement assez ra;*e, et un homme de l'importance sociale de M. Larmor ne disparait pas brusquement, sans que le public s'inquiète de savoir comment il est mort.
byGoogk
954 LB 8SCRBT. DB BERTHB
bà Gadière, de son côté, posëédait dans ub eerUia monde uae telle notoriété que sa fin tragique ne peavait pas passer inaperçue.
Au Carionning'Clubf on n'a guère parlé d*autre choie pendant quelques semaines, et ce n'était pas pour faire Toraison funèbre du défunt.
Auguste, le garçon de jeu, a été le seul à pleurer le tîcomte, qui lui a emporté trente mille francs.
Les membres du cercle ont unanimement proclamé que ce gentilhomme était un coquin, et Dauzance a raconté sur lui des histoires à faire frémir.
Personne cependant n'a pu affirmer qu'il eût assassiné Basfroi, car la police a été discrète.
. Encore moins a-t-on connu la véritable cause du dueL
On a bien dit qu'il y avait là-dessous une affaire de femme, que La Gadière avait été tué par un mari jaloux et que ce mari, en le frappant, s'était enferré lui-même. On a su aussi que l'épouse coupable était morte, foudroyée par une émotion violente.
Mais M. Larmor n'ayant jamais habité Paris, y était peu connu, et madame Larmor ne Tétait pas du tout.
Or, Paris ne s'occupe pas longtemps des gens qu*il ne connaît pas et la marée de l'oubli y monte plus vite que partout ailleurs.
Quant aux relations de madame de Marcenac aTec la mère et l'enfant, c'était un secret entre quelques personnes, qui toutes étaient dévouées à la comtesse et n'avaient garde de parler.
Les magistrats, qui avaient le mot de Ténigme» n'étaient point intéressés à provoquer un scandale inutile*
Ils se sont tus et ils ont clos l'instruction, qui ne pouvait plus aboutir, puisque le meurtrier avait reçu le ch&timent qu'il méritait.
Madame de Marcenac s'est d'ailleurs empressée de r^
LB SBORBT DE HERTHE 355
noncer à bénéficier du tesiament de Basfroi, et Chardiu, entraîné par l'exemple, a imité son désintéressemenl.
LWpbelme n'en a pas trop souffert Paul de Lizy a placé au Dom de l'enfant le reste de la somme gagnée k Monaco, et quoique La Cadière l'eût écornée de cent mille francs, Bertbe, à sa majorité, aura enoore une jolie dot.
Elle a pleuré sa tante qu'elle aimait de tout son cœur ; elle Fa pleurée sans se douter qa*elle pleurait sa mère.
Elle reste confiée aux soins de Marthe Morgan jusqu'au jour oii elle se mariera, et elle n'attendra pas longtemps pour avoir un nom.
Sigoulès est l'homme de tous les dérouements, et il a offert à madame de Marcenac de reconnaître la fille de sa malheureuse amie.
Pour lui, c'était à peine un sacrifice, car il n'a plus de famille, et il a passé l'âge où on peut s'en créer une.
La comtesse a accepté, et la fillette que le colonel a vue pouf la première fois à l'Ile des Cèdres, s'appelle maintenant Berthe Sigoulès, née de Jacques Sigoulès, officier de cavalerie, et de... mère inconnue.
On croira aisément que le fidèle ami de Paul est rentré en grâce auprès de madame de Marcenac.
Il a eu plus de peine à éviter le retrait d'emploi dont il était menacé; mais ses états de service parlaient pour lui, et le ministre a fini par entendre raison.
Sigoulès a même obtenu de quitter les chasseurs d'Afrique et de rentrer en France, avec son grade, dans un régiment qui tient garnison à Paris.
Il faut bien qu'il puisse veiller sur sa fille, à laquelle il s'attache de plus en plus.
' Paul de Lizy prétend que pour achever de régulariser sa situation, Sigoulès, en dépit de ses quarante^trois ans»
byGoogk
finira par épouser Berthe Morgan, qui serait pour Mârllie la meilleure des.belles-mères.
Et Marthe, interrogée par sa bienfaitrice sur ce pûnt délicat, Marthe n*a pas dit non.
Sigoulès est encore très bien de sa personne et la jeune fille a appris à l'estimer. Elle a assez de raison pour oublier la différence d'&ge et pour ne songer qu*aux qualités de cœur du brave colonel.
Chardin a vendu sa maison. Pour rien au monde, il n'aurait consenti à y rentrer, mais il la regrette, quoiqu'il soit venu se fixer dans le quartier de la Madeleine, tout près de madame de Marcenac.
Ce n'est pas impunément qu'on habite le Marais pendant quinze ans. Le bonhomme a la nostalgie du désert.
Roger de Bussière est régisseur et garde général d'une fort belle terre que la comtesse a achetée à dix lieues de Paris.
Il bénit tous les jours le hasard qui l'a mené devant le café du Helder, un soir, à l'heure de l'absinthe.
Le baron et la baronne de Lizy ne demandent plus rien au ciel que des enfants, et le ciel exaucera leur dernier vœu.
Les nuages d'autan se sont dissipés et ils se souviennent du passé comme on se souvient d'un mauvais rêve.
Seulement, Paul ne sait pas encore si La Cadière était le véritable père de la fille adoptive de Sigouiôs. Il n*a pas osé le demander à sa femme, et par respect pour la mémoire de madame Larmor, sa femme ne le lui dira ja* mais.
Il y a encore, et il y aura toujours lb secrkt db BBaraB^.