‹ Le secret de Fourmies: avec un plan de la place de l'e?gliseChapitre 8 sur 9 · L'ASSASSINAT DE FOURMIES DEVANT LA CHAMBRE · texte numérisé non relu

L'ASSASSINAT DE FOURMIES DEVANT LA CHAMBRE

S'il y avait encore une ombre de justice dans les controverses, les journaux qui se prétendent socialistes devraient nous donner acte de cette déclaration et je persiste, malgré tout, à espérer que lorsque les socialistes seront vainqueurs, ils ne confondront pas des catholiques tels que nous avec les Pharisiens implacables de la Chambre qui en haine du peuple ont léché les bottes ensanglantées de Constans... Fusillez-nous si vous voulez, mais du moins que ce ne soit pas à la même heure, et j'ajouterais même, si ce n'était pas abuser de votre obligeance, ne nous fusillez pas au même endroit — afin que nos dépouilles mortelles ne soient pas mêlées à celles de]] ces malfaisants imbéciles.

Les Juifs, en 1848, n'étaient pas encore les maîtres absolus de la France, la loi du 7 juin 1848 sur les attroupements est conforme au droit naturel et au droit divin.

poseraient même à être pendus. Chez nous, ce sont les députés qui se fout juges, sans doute en vertu de la séparation des pouvoirs ! Aussi l'on voit quelles belles sentences ils rendent. Chacun son métier I

L*article 3 de cette loi porte : « Lorsqu'un attroupement armé ou non armé se sera formé sur la voie publique, le maire ou Tun de ses adjoints, à leur défaut le commissaire de police ou tout autre agent ou dépositaire de la force publique et du pouvoir exécutif, portant Fécbarpe tricolore, se rendra sur le lieu de Tattroupement. Un roulement de tambour annoncera l'arrivée du magistrat. Si l'attroupement est armé, le magistrat lui fera sommation de se dissoudre et de se retirer. Cette première sommation restant sans effet, une seconde sommation, précédée d'un roulement de tambour, sera faite par le magistral. En cas de résistance, l'attroupement sera dissipé par la force. — Si l'attroupement est sans armes, le magistrat, après le premier roulement de tambour, exhortera les citoyens à se disperser. S'ils ne se retirent pas, trois sommations seront successivement faites. En cas de résistance, l'attroupement sera dispersé par la. force. »

Tl ne pouvait y avoir de contestation à ce sujet. Go n'est que plus tard, à la séance du 17 mai 1891, lors de l'interpellation de M. Ghiché, qu'un de ces portiers sang'uinairesdontje parlais toutàTheure, M. de Montfort, souffla Fallières qui bafouillaitselon son habitude et lui révéla l'existence d'une vieille loi du 3 août 1791 que tout le monde ignorait.

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L'article 25 de cette loi porte, paraît-il, ceci :

Les dépositaires des forces publiques appelés, soit pour assurer Y exécution de la loi, des jugements et ordonnances ou mandements de justice ou de police, soit pour dissiper les émeutes populaires et attroupements séditieux, et saisir les chefs, auteurs et instigateurs de l'émeute ou de la sédition, ne pourront déployer la force des armes que dans trois cas :

i( Le premier, si des violences ou voies de fait étaient exercées contre eux-mêmes ;

« Le second, s'ils ne pouvaient défendre autrement le terrain qu'ils occuperaient ou les postes dont ils seraient chargés ;

<< Le troisième, s'ils étaient expressément autorisés par un offlcier civil, et dans ce troisième cas après les formalités prescrites par les deux articles suivants.

Voyez-vous ce Droitier qui se révèle comme lé défenseur des lois de 1791, comme un partisan du principe des « lois existantes » ? Alors pourquoi vos congrégations ne veulent-elles pas se dissoudre puisqu'elles sont condamnées par les « lois existantes? » Pourquoi avez- vous troublé tout le pays en protestant contre ces « lois existantes »?

Quelle confiance voulez-vous que le Peuple ait dans nos affirmations à nous autres, écrivains,

penseurs, remueurs d'idées, lorsque le premier intrigant venu nommé député, grâce à sa fortune, peut compromettre la cause catholique en démentant par un vote de complaisance toutes les thèses que nous avons soutenues ?

A la rigueur, vous pouvez vous faire comprendre du Peuple lorsque vous venez lui dire : « Voilà trois forbans méprisés de tous. Ferry, Constans, Tassocié funeste à Puig y Puig; Cazot,rhomme de la Société d'Alais au Rhône, qui ont découvert, en feuilletant les codes, dans lesquels ils cherchaient les moyens de voler' impunément,5 une vieille loi centenaire ? Trouvez-vous que cela suffise pour priver des citoyens d'un droit sacré, du droit d'association? Le Peuple, qui a le cœur large et l'esprit droit,"^ vous, répondra : « Evidemment non I » En revanche, il vous regardera avec le plus souverain mépris lorsque vous viendrez lui dire, comme M. de^[Montfort et ses amis : « Les lois existantes n'existent pas lorsqu'il s'agit d'empêcher j^des Jésuites ou des^Dominicains de vivre en commun; elles existent lorsqu'il s'agit de fusiller les ouvriers. »

C'est avec cette politique de Tartufe pratiquée

l'assassinat de FOUnilIES DEVANT LA CHAMDHE 123

par nos prétendus chefs que nous en sommes arrivés à horripiler tout le monde.

n est probable que si un posait la question de celle façon ù M. de Monlfort, il ne saurait quoi vous ré|)ondre ; il n'a jamais lanl réfléchi ; il irait épancher son chagrin dans le sein virginal de llouvier el le féliciter do son dernier discours en faveur de la llaule Banque.

Je n'ai pas besoin do vous faire remanjuer la complète absurdilé de celle loi de 1701 chère au cœur des hommes de la Droile, peul-cHre paice qu'elle annonçait la Terreur.

Un déposilairo de la force publicjue chargé do l'cxéculion « des ordonnances de police » voil une bonne en train de secouer unjlapis par la fen(!^lr(î ou de déposer des ordures sui* la voie publiciue, il lui dresse un procùs-vei'bal ; la bonne est mal disposée, elle flanque un soufflet ù Tagenl. 11 y a « voie de fail », l'agent esl autorisé h « déployer la force des aimes » el il j)asse son sabre à travers le corps de l'insurgée. 11 y a^lous les jours h Paris vingt ou trente voies de fail contre h^s agents et il y aurait tous h;s jouis IrenU^ morts d'après la théop rio de M. de Monlfort. Heureusement les agents

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sont, pour la plupart, de braves ^ens, ils ont le respect de la vie humaine pour laquelle M. de Montfort paraît professer une si souveraine indilTérence, et ils se contentent de conduire 1^ récalcitrant au poste (1).

(l) Les journaux conservaieurs ont-ils écrit d'assez belles phrases sur le massacre qui suivit la manifestation de la place Vendôme le 22 mars 1871! Un soldat marchait en tête porteur d'un drapeau tricolore comme Giloteaux, mille à douze cents personnes suivaient et s'elTorçaient de pénétrer sur la place Vendôme gardée par les bataillons fédérés. L'officier qui commandait pour la Commune, Johannard, disent les uns, Maljournal, disent les autres^ ordonna de tirer sans avoir fait aucune sommation.

Il y eut douze moris et de nombreux blessés, entre autres ce charmant et chevaleresque Henri de L*ène et notre excellent confrère Jollivet.

Ou fut unanime pour flétrir cet acte de barbarie et tous les ans 1 le flétrit toujours un peu quanl revient l'annivers:iiro.

Pourquoi alors les conservateurs approuvent-ils un acte semblable alors surtout qu'il se produit dans des conditions particulièrement odieuses? A Fourmies, en effet, on n'était pas, comme à Paris en 1871, dans une ville en pleine révolution, à une époque où chacun avait des armes.

QuLind on veut comme M. de Mouifort en appeler à tout propos à « la force des armes », il fau3rait être sûr au moins d'avoir toujours cette force avec soi. Au mois de mars 1871 la force des armes c'était Johannard qui était ouvrier feuillagist'!', au mois de mai 1891 c'était le comman-

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Le comte Albert de Mun eut; cette fois, une vision très nette de la situation et ceci s'explique aisément. La fusillade avait lieu le 1®*^ Mai au soir, les détails n'avaient commencé à arriver que le 3 et la discussion de Tinterpellation de M. Ernest Roche eut lieu le 4.

Le comte de Mun n'eut point le temps de consulter Pierre et Paul, il ne consulta que lui-même, c'est-à-dire le plus droit et le plus loyal des hommes et il fut vraiment magnifique à la tribune. Il le sera toujours en pareil cas.

Je connais de Mun comme si je l'avais fait et je ne sais pas d'être plus préoccupé d'accomplir son devoir, de faire ce que Dieu attend de lui ; malheureusement, c'est un homme qui, raide et presque hautain à certains moments dans sa personne, est au contraire timide dans ses conceptions ; il a peur de ses pensées et il les fait examiner, contrôler, par ses amis de la Droite. Or, dans le monde où vit de Mun, l'idée de l'intérêt général, le désir de

dant Chapus; dans un an ce sera peut-être un ébéniste. Pourquoi ne pas respecter dans le présent afin qu'il soit respecté dans l'avenir ce principe des sommations qui est une sauvegarde pour les femmes et les curieux inoffensifs?

servir une cause, la préoccupation de répondre aux intentions du pays, sont des sentiments qui n'existent pas; la plupart des hommes de la Droite, je Vai dit déjà, ne voient qu'eux, mais eux compliqués d'innombrables petits calculs mondains, de convoitises, de vanités.

De Mun, en tout cas, peut être sûr d'avoir réjoui ce jour-là le cœur de ceux qui, sans le flagorner bassement, l'aiment pour ses rares et belles qualités. Ce fut, je l'avoue, une joie très vive pour moi d'apprendre que dans cette circonstance, quelqu'un avait veillé à ce que la cause catholique fût séparée de celle de Constans, des fonctionnaires égorgeurs de Constans et des valets de plume du ministère. Je n'avais pas encore lu le journal et j'appris cela par hasard en entendant causer dans la rue des ouvriers qui se montraient une feuille à un sou et commentaient la séance : « Tout de même, disait l'un d'eux, de Mun n'a pas été pour les assassins ! »

Il est impossible de poser plus nettement la question.

M. le ministre de l'Intérieur, dit le comte de Mun, n'a pas répondu à la question que je m'étais permis de

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poser au cours du récit fait par M. Ernest Roche, au moment où la troupe, entourée (1), a dû faire feu, où était le sous-préfet? où était le procureur de la République ?

On nous a dit que ces représentants de Tautorité étaient, les uns derrière les soldats, les autres dans une maison voisine, occupés à conférer entre eux. Ce n'était pas là leur place, messieurs les ministres.

Voulez- vous que je vous dise ce qu'ils devaient faire? Au lieu de laisser la troupe en contact avec le peuple, ils devaient Ten tenir le plus loin possible et se montrer, eux, revêtus de leurs insignes, entre elle et les ouvriers, allant à eux, leur parlant, usant de leur autorité pour les maintenir, les calmer et apaiser leur indignation.

Voilà quel était leur devoir. Il y a trois ans, à côté de nous, en Belgique, au milieu des grandes et terribles grèves du bassin de Gharleroi, un homme que je ne puis pas nommer (2) parce qu'il me touche de trop près, le gouverneur de la province du Hainaut, se trouvait dans une position semblable : une bande de grévistes s'avançait, excitée, prête à en venir aux mains : la troupe marchait contre elle, elle aussi, animée et menaçante; il l'a fait arrêter et seul, sans armes, sans escorte, il s'est avancé vers les ouvriers, leur a parlé, leur

(1) Ainsi que nous l'avons démontré, la troupe n'était pas entourée du tout.

(2) Le duc d'Ussel, (rouverneur du Hainaut, beau-frère du comte de Mun.

a tenu le langage de la raisoQ et de l'apaisement. Pendant ces quelques minutes d'accalmie, les espiits se sont détendus, le sang-froid est revenu aux uns et aux autres, et, au lieu de TaCTreuse fusillade de Fourmies, la journée s'est terminée sans effusion de sang.

Voilà ce qu'il fallait faire, et, quoi que vous disiez, vous n'échapperez pas à cette responsabilité.

M. le président du conseil disait tout à Theure : Si vous ouvrez une enquête, n'en apercevez-vous pas les Conséquences? Vous allez mettre en cause les pouvoirs publics.

Eh bien, c'est à lui que je m'adresse, au président du conseil, et non pas au ministre de la guerre, je tiens bien à établir la distinction; je m'adresse à lui et je lui dis : Oui, nous allons mettre en cause les pouvoirs publics; nous allons leur demander des comptes, ouvrir une enquête sur leurs actes. Est-ce que ce n'est pas là le rôle et la mission du Parlement? Est-ce que nous n'avons pas le droit, l'obligation de contrôler les actes de Tautorilé publique? Je m'étonne de la parole de M. le prés dent du conseil; je m'en étonne dans la bouche du chef d'un gouvernement parlementaire.

Votre objection me surprend plus encore. Vous nous dites : Allez-vous donc prolonger indéfiniment ce déplorable incident? Ah! monsieur le ministre, je suis sûr que vous regrettez déjà cette parole. Prolonger cet incident ! Mais croyez-vous donc qu'il suffira que nous ayons ici voté un ordre du jour pur et simple pour que

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rincident soit clos? Croyez-vous qu'il suffira que v >u s ayez jeté discrètement et hâtivement sur vos responsabilités et sur la nôtre le voile d'un ordre du jour de confiance pour que tout soit fini, pour que là-bas, il n'y ait pas des morts qu'on enterre dans les larmes et des pauvres gens qui pleurent les enfants, les jeunes gens et les jeunes filles tués dans cette terrible bagarre? pour qu'il n'y ait pas un trouble profond dans les âmes, une situation effroyable créée entre les ouvriers et les patrons?

Pour éviter à ses amis de la Droite de cacher leur poltronnerie sous un prétexte patriotique, de Mun eut bien soin d'expliquer qu'il laissdt Tarmée en dehors du débat.

Il s'agit, dit-il, de préciser nettement les responsabilités.

Celle de l'armée est hors de cause; celle des autorités civiles, administratives et judiciaires reste enlière : personne ne l'a dégagée; aucun des ministres n'a pu ou n'a voulu le faire.

Eh bien, laissant de côté toute question politique ou ministérielle, je demande à tous mes collègues, à quelque parti qu'ils appartiennent, de s'associer dans une même pensée pour demander que la lumière soit faite pleine et entière.

Et c'est pourquoi je propose, à mon tour, h la Chambre

une résolution conçue dans le même esprit que celle de riionorable M. Millerand, mais avec cette seule difTérence, dont je suis certain qu'il ne se plaindra pas, qu'elle est rédigée de manière à bien spécifier pour tout le monde que la demande d'enquête ne vise que les au- '\ torités civiles, administratives et judiciaires. En voici le texte :

c La Chambre, déplorant profondément la catastrophe de Fourmies et jugeant que les responsabilités de ce triste événement ne sont pas, jusqu'ici, suffisamment établies, décide qu'une commission d'enquête composée de onze de ses membres sera nommée pour informer de l'attitude suivie par les autorités civiles, administratives et judiciaires du département du Nord. »

Tl se trouva dans un débat aussi clairement posé 84 députés de la Droite pour déclarer qu'il était absolument inutile de s'éclairer davantage. Isaac étant Juif, on ne pouvait vraiment voter une enquête qui aurait montré les Juifs sous un jom* fâcheux. Le mot, raconte-t-on, fut dit par le duc de La Rochefoucauld-Doudeauville : « Isaac est un coreligionnaire du baron de Rothschild ; une enquête désobligerait le baron ; il n'y aurait pas de fête au printemps prochain et la baronne serait froide pour la duchesse. » Un autre droitier in-

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flucnl, membre du conseil d'administration de nombreuses sociétés, fut du môme avis : « On nous assomme avec les ouvriers de Fourmies I on a tiré dessus... tant pis pour eux! Fallait pas qu'ils y aillent. »

Sans doute, les bonnes gens qui se figurent les membres de la Droite comme des hommes de bronze incarnant la vieille droiture française en face de ministres couverts d'infamie, s'étonneront de cette attitude ; ils en apprendraient de bien plus fortes s'ils fréquentaient la Chambre ; ils auraient pu, il y a quelques mois, contempler le baron Reille en proie à une violente indignation.

Que s'était-il passé? Quel nouvel attentat contre les consciences avait été commis ? Voilà :

Un des rares courageux de la Droite, M. de Ramel, s'était permis de penser que, lorsqu'il s'agissait de maniement d'argent, Constans ne présentait peut-être pas toutes les garanties de délicatesse nécessaires. Il avait demandé qu'une commission de contrôle fût nommée pour vérifier l'emploi des fonds secrets.

Là- dessus, le baron Reille entra dans une véri-

table colère, il apostropha M. de Ramel dans les couloirs et lui dit :

— Je ne vous comprends pas ! Nous n'avons qu'un homme qui mérite nos sympathies et vous Tattaquez I Si vous continuez, je serai obligé de vous combattre aux prochaines élections...

— A votre aise, répondit M. de Ramel, en regardant son interlocuteur avec déddn.

Le baron Reille démentira sans doute ce propos, mais M. de Ramel est trop loyal pour ne pas reconnaître qu'il a été tenu, et d'ailleurs, le député qui me racontait cette scène à laquelle il avait assisté était si affirmatif qu'il m'a indiqué l'endroit précis de la Chambre où le colloque a eu lieu.

Est-il assez complet comme comédien ce catholique intraitable, ce président du conseil de fabrique de Saint-Pierre du Gros-Caillou qui ne veut pas permettre qu'on attaque l'exécuteur des décrets et qui prend, avec une ardeur juvénile, la défense de l'amant de la petite Grazidou?

Toute l'hypocrisie de ces hommes au double visage se révèle dans ce trait. A ce point de vue, le vote sur Fourmies est précieux, car, je le répète, il

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nous montre le fond de Tâme de certains catholiques de la Chambre 1

Les Juifs insultent tout ce que nous adorons, ils accablent nos prêtres sous les plus ignominieuses calomnies, et ces Droitiers, que les prêtres toujours dévoués ont contribué à faire élire, n'ont qu'une préoccupation : sauver un petit sous-préfet juif de tout ennui I

Ceci fait corri prendre que les Juifs s'en soient donné à cœur joie d'outrager dans la mort une des plus touchantes victimes de la lâcheté ou de la scélératesse d'Isaac. Je ne sais rien de curieux comme l'article consacré à Félicie Pennelier, la jeune fille qui portait un scapulaire. Les Juifs de la Lanterne ont été chercher ce scapulaire tout trempé de sang sous la pauvre robe de la morte et ils ont craché dessus publiquement.

La Semaine Religieuse de Saint-Claude avait constaté que Dieu avait fait à celle qui avait eu confiance dans la promesse de la Vierge la grâce de recevoir les derniers sacrements et la Lanterne s'égaye à ce sujet (1).

(1) Lanterne du 23 juillet ledi .

Voici ce que dit le moniteur officiel de M. Marpot, évêque de Saint-Claude :

(( Nous recueillons un trait à l'honneur de la dévotion au saint scipulaire du Mont-Garmel dans les récents événements qui sont encore présents à la mémoire de tous.

» Une des malheureuses jeunes filles blessées à mort portait sur elle le scapulaire, et c'est la seule.,, »

Vous croyez peut-être qu'on Ta sauvée? Ah! bien oui I

« C'est la seule à qui on ait eu le temps de donner le sacrement de Textrême-onction! »

Et la Semaine Religieuse ajoute sans rire :

« N'y a-t-il pas là une marque visible de la protection de la Sainte Vierge? »

Elle est jolie la protection 1 Et puis, quelle morale I Ecoutez la suite :

« Un quart d'heure après, elle (la pauvre victime) paraissait au tribunal de Dieu, heureuse, sans doute, du délai que la Sainte Vierge lui avait obtenu pour sa conversion. »

Voyons, là, franchement, n'est-ce pas mêler le bouffon à l'horrible?

Voilà des malheureux qui subissent le même sort, qui tombent sous les mêmes coups, les uns seront condamnés à l'Enfer parce qu'ils ne portaient pas de flanelle... pardon, de scapulaire, les autres y échapperont

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parce que la Sairile Vierge, a dit à saint Siméon Stock (sic)f en lui désignant un de ces préservatifs faciles à se procurer, même en voyage :

« Quiconque mourra revêtu de cet habit, — il paraît que, dans ce temps-là, un scapulaire était un complet, — ne souffrira pas les peines de l'Enfer. »

Ainsi, du moment où vous portez un scapulaire, vous pouvez vous livrer à toutes les débauches, à toutes les scrapuleries, vous êtes sûr d'être sauvé à votre heure dernière,' tandis que quelque vertueux que vous ayez été, si vous n'avez pas de scapulaire, vous êtes f...ichu !

Nous ne sommes plus étonné si tant de chevaliers de la tonsure font une vie de polichinelle, ils ont leur petit scapulaire!

Ce serait véritablement scandaleux si le mot n'était donné à la fin. Ainsi qu'on vient de le voir, c'est à un nommé Saint Simon Stock, que la sainte Vierge aurait dit la charitable » parole citée plus haut ; il est probable^que ce Saint-Simon-là avait un si fort stock de scapulaires en magasin, que le nom lui en est resté et que la Sainte Vierge, qui avait des bontés pour lui, n'a pas hésité à lui en faciliter l'écoulement par une de ces paroles-réclames qui font époque, comme de nos jours :

(( La maison n'est pas au coin du quai. »

Dire qu'il y a encore des gens qui font semblant de croire aux boniments de ces saltimbanques-là!

Les nobles protecteurs d'Isaac, les d'Aillères,

les d'Espeuilles, les Goyon,les Levis-Mirepoix, les Maillé et les Montfort trouvent probablement ces espiègleries judaïques d'un goût tout à fait exquis.

Il serait dommage de ne pas placer sous les yeux de tous les noms des députés de la Droite qui ont déclaré que le massacre de Fourmies n'avait aucune importance, et qu'il était parfedtement oiseux de savoir à qui remontait la responsabilité de celte effroyable catastrophe.

J'engage vivement mes lecteurs de province à conserver cette liste. Nous voilà déjà en 1892 et d'ici un an il faudra se mettre à recommencer la musique... A l'heure actuelle, les Droitiers protestent contre Laur lorsqu'il dénonce les coups de Bourse des Rothschild, et ils applaudissent Tsaac, mais devant les électeurs il faudra se chauffer d'un autre bois; c'est alors qu'on sortira les vieux effets oratoires comme on met les fourrures à l'air quand l'hiver approche... Nous avons 'pro aris et focîs qui est toujours bon, « l'Ecole sans Dieu », « les saints religieux expulsés de leurs cellules » (bien entendu on ne dit pas qu'on est ami de Gonstans comme si on avait gardé les

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membres de la Haute-Cour ensemble) ; nous avons aussi « le gouffre » financier (seulement on oublie de faire remarquer que les Juifs qui ont creusé ce gouffre ont toujours trouvé en nous des défenseurs et des appuis). » Enfin, bonnes gens, soyez aussi bêtes que par le passé, faites-vous supprimer vos traitements et attirez sur vous une pluie de contraventions pour envoyer à la Chambre des bons Français, de solides chrétiens comme moi. »

ONT VOTÉ CONTRE LA DEMANDE d'eNQUÊTE I

MM. Abrial, Adam, comte de TAigle, d'Ail lières, de Bar, Barbotin, de Baudry d'Asson, Bezançon, de Boisboissel, Bourgeois (Vendée), marquis de Breteuil, du Breuil de Saint-Germain, Brincard, Carron, Cazenove de Pradine, Cibiel, de Colombet, Delafosse (Calvados), Delafosse (Ille-et- Vilaine), duBodan, Dufaure, Dugué de la Fauconnerie, comte d'Espeuilles, marquis d'Estourmel, Faire, Féraud, Fould, Fouquet, de Fourtou, Gavini, baron Gérard, comte Le Gonidec de Traissan, de Goyon, comte Greffalhe, de Guilloutet, llaussmann, comte de Juigné, Jules Jaluzot, de Kerga-

138 LE SECRET DB FOUIllilES

riou, comte deKergoray, La Chambre^ marquis de La Ferronriays, comte de Lanjuinais, vicomte de La Noue, de Largentaye, La Rochefoucauld duc de Doudeauville, Le Cerf, Arthur Legrand, prince de Léon, Le Roux, comte de Levis-Mirepoix, Loreau, de Lorgcril, marquis de Lur-Saluces, comte de Maillé, Malartre, Mège, de Montéty, vicomte de Monlfoi t, de Montgolfier, de Montsaulnin, Morillot, MuUer, Neyrand, Olry, Cunéo d'Ornano, Pasquier, Passy, Paulmier, baron Piérard, Piou, Porleu, de Possesse, Prénat, Rauline, baron Uoillc, Renard, Bourlon de Rouvre, Schneider, marquis de Solages, de Soland, de Soubeyran, Taudière, de Witt.

Saluons maintenant^ les gens de cœur de la Droite, qui ont su faire leur devoir.

ONT VOTÉ POUR l'eNQUÊTE

MM. Arnous, Barascud, Bergerot, comte de Bernis, Bigot, Blachère, Blin de Bourdon, Boucher (Finistère), Daynaud, Déjardin- Verkinder, Delahayc, Desjardins, vice-amiral Dompierre d'IIornoy, comte d'Elva, Engerand, baron Es-

l'aÇ SASglKAT DE FCI'BMIIS DEYAKT lA CHAMBPE 139

chasseriaux, Etcheverry, Fauré, Freppel, général de Frescheville, Froin (Alcée), Gauthier de Clagny, Godelle, Granier de Cassagnac, Grousset, Jolibois, \icomte de Kermeng^uy, Labat, de la Martinière, de Lamarzelle, marquis de La Rochejacquelein, Laroche-Joubert, Le Cour, Le Gavrian, Le Provost deLaunay,Marius Martin, comte deMontalembert, comte de Mun, Peyrusse, colonel de Plazanet, du Breil, comte de Pontbriant, Poulie, Prax-Paris, de Ramel, Robert Mitchell, Roques, des Retours, Roy de Loulay, du Saussay, Tellier de Poncheville, Vilfeu, vicomte de Villebois-Mareuil, marquis de Villeneuve.

Jetons maintenant un coup d'oeil de dédaigneuse pitié sur les députés demi-honnêles qui, sans approuver l'acte, ont eu peur de se mettre mal avec la Juiverie et se sont abstenus; puisqu'ils n'ont pas assez de virilité pour émettre une opinion ils feraient mieux de s'abstenir tout à fait et de pas se présenter aux élections.

n'ont pas 7 pris part AL' VOTE VOVH l'eNQL'ÊTE

MM. comte Armand, de Benoist, Berger (Maineet-Loire) comte de Colbert-Laplace, marquis de

Cornulicr, Djpuytrem, Ilely d'Oissel, de la Bassetiôre, vicomte de la Bourdonnaye, de Lareinty, Lorois, Maréchal, de Saint-Martia (Indre), Gustave Serph (1).

J'espôre bien qu'aux prochaines élections il se trouvera un homme du peuple, un curé de campagne pourmettre le nezde ces gens-là dans leur vote, pour leur dire : « Il y a eu du sang versé à Fourmies, « du sang de France, » comme disait Jeanne d'Arc, la conduite du Juif Isaac autorise tous les soupçons, pourquoi donc étes-vous restés indifférents devant ce crime ? »

Quand ces messieurs seront au pied du mur, ils vous feront le coup de l'armée. Gela se fait avec des trémolos coupés d'interjections : « Tarmée... notre armée... Il s'agissait de l'armée! »

Je ne sais pas si vous avez dans votre arrondissement de Boisboissel ou du Bodan, Kergolay ou Kcrgariou ; n'hésitez pas en tout cas à lui couper son trémolo en lui disant que le comte de Mun

(I) A celle liste il fiul ajouter : Absents par congés MM. le prince d'.\renber^, Calfarelli, Djscaure, Galpin, baron de Ladoucetie, baron de Mackau, Plichon, Tailliandier, connle de Terves.

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est aussi bon juge qu'eux en tout ce qui touche l'armée et en lui faisant remarquer que Thonneur de la marine vaut l'honneur de l'armée que personne, d'ailleurs, ne songe à attaquer.

Voici ce qui se passe dans la marine, ce dont les députés ne se doutent peut-être pas :

Un navire est surpris par un cyclone, il se brise dans les mers lointaines sur un rocher qui a surgi tout à coup et qui n'est indiqué sur aucune carte marine. Le capitaine a accompli des prodiges, il est resté sur le pont parfois pendant trois jours et trois nuits pour prendre les mesures nécessaires, il a sauvé son équipage et il a quitté son bâtiment le dernier ; chacun, dans le port où il s'est rendu, le complimente et l'admire... Le navire n'en est pas moins perdu; il y a eu une catastrophe sur laquelle on est désireux de savoir la vérité et toujours, sans qu'il puisse y avoir une exception, ce vaillant, ce dévoué comparaît devant un conseil de guerre; il y comparaît sans décorations et sans épée comme un accusé. Rien de plus émouvant et beaucoup d'officiers arrivés aux honneurs se rappellent encore avec attendrissement le moment où, après s'être expliqués, ils ont été acquittés et féli-

cites publiquement par le président du conseil de guerre et sont venus tomber dans les bras de leurs amis :

Ce cas se présente presque chaque année. Le capitaine de vaisseau Desportes, commandant un aviso en Océanie, alors qu'il n'était encore que lieutenant de vaisseau, ne prit pas le courant assez debout en entrant dans la mer intérieure d une de ces nombreuses îles qui ont la forme d'un anneau. Le navire, assailli en travers, fut jeté sur les coraux de la passe et perdu. Le conseil de guerre ne félicita pas l'officier de la manœuvre qui, paraît-il, était critiquable, mais il le loua de ses courageux efforts pour sauver le navire et de la bonne discipline qu'il avait maintenue dans son équipage avant et après le malheur.

L'amiral Jehenne a perdu plusieurs navires et passé chaque fois en conseil de guerre. Le dernier était le Henri /F, en Crimée, pendant un coup de vent fameux. Ce beau navire s'enlisa dans la vase d'où on ne put le tirer. L'équipage devait en même temps s'occuper du sauvetage et répondre au feu des Russes qui étaient sur le rivage et qu'on éloigna à coups de canon.

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L'amiral Miet, encore en activité de service, a comparu devant le conseil de guerre après la perte de YHermite en Océanie ; Tamiral Vi vielle également après la perte du Forfait qui s'est fait couler par Téperon d'un cuirassé dans une manœuvre d'escadre.

Tout récemment encore, le 1" décembre 1891, après la perte dans les îles Pomatou du Volage^ aviso à vapeur de 2® classe, le commandant Julien comparaissait devant le 1" conseil de guerre maritime siégeant à Toulon et présidé par le capitaine de vaisseau Ferrât, et il était honorablement acquitté.

Cette comparution devant un conseil de guerre a-t-elle empêché ces officiers de jouir de l'estime de tous?

A moins d'avoir l'âme d'un Opportuniste il semble que des existences humaines ont plus d'importance qu'un navire, qui n'est qu'un assemblage do fer et de bois. Mêlé à un événement terrible qui reste encore entouré de mystère, le commandant Ghapus aurait tout avantage à compsuraître devant des juges militaires auxquels il expliquerait pourquoi, puisqu'il craignait d'être forcé, il n'a pas fait ap-

puyer sa ligne par les 200 hommes du 84® de ligne qui étaient Tarme au pied à vingt-cinq pas de là au lieu d'envoyer sans sommations des balles Lebel à de pauvres femmes qui stationnaient sur le trottoir d'en face avec des poupons dans leurs bras.

Si, au lieu d'un grotesque, comme Freycinet continuant la tradition de Crémieux et rêvant de passer comme lui des revues en robe de chambre, nous avions un véritable ministre de la guerre, il y a longtemps que la question serait résolue pour le plus grand honneur de Tarmée qui est intéressée à ce que la lumière soit faite.

Du reste les électeurs n'ont qu'à presser un peu les députés opportunistes et droitiers qui ont voté contre l'enquête, ils en obtiendront bientôt les aveux les plus explicites. Les Boisboissel et les du Bodan, lesKergolay etles Kergariou reconnaîtront vite que ce qu'ils ont voulu sauver, d'accord avec les valets du Centre, ce n'est pas l'épée du commandant Chapus mais l'épée de zinc du souspréfet Isaac à laquelle Rothschild avait défendu de toucher...

LES FEMMES FRANÇA.ISES ET FOURMIES

Indifférence absolue des « grandes chrétiennes » devant le massacre de ces ouvrièreâ. — Les professional ladys de la Charité. — Le Bazar de M Bloiint. — Absence de toute initiative et de tout élan chez les femmes du monde. — Une conversation avec une Supérieure de couvent. — Les jeunes filles du Sacré-Cœur et les élèves des Jésuites. — La visite aux victimes. — La famille Bastin.

Vous avez regardé les hommes qui se donnent comme les représentants du parti catholique, regardez maintenant les femmes.

Quoi de plus dramatique, de mieux fait pour troubler au plus intime et au meilleur de luimême un être de sentiment comme la femthe que le spectacle de ces ouvrières françaises criblées

de balles comme de vieux soldats, atteintes aux seins, aux cuisses, au ventre? L'homme, à la rigueur, peut murmurer : « Le maintien de Tordre, les exigences de la discipline... » Mais la femme, la patricienne que la Destinée a comblée de tous ses dons, que peut-elle dire? Elle n'a qu'à s'attendrir, qu'à accourir près du lit des victimes, qu'à tendre le mouchoir de dentelle écussonné d'une couronne de duchesse ou de marquise pour bander la plaie béante des plébéiennes qui gémissent.

Elles sont là une centaine de professionnal ladys de la Charité qui, depuis vingt ans, nous ont assourdis du bruit de leurs vertus alternant avec la description de leurs toilettes. Ce sont« les grandes chrétiennes d'autrefois », les chrétiennes de la primitive Eglise comme disent les journaux juifs, des anges en velours, en peluche, en satin, en surah, en foulardine...

Elles sont bien les « grandes chrétiennes ! » Pas une seule n'a étéémotionnée par cette catastrophe. Pas une seule, dans son hôtel luxueux, au milieu de tous les enchantements de la vie heureuse, avec ses babys dormant près d'elle dans la nursery^ n'a pensé à ces fileuses, à ces tisseuses étendues

LES FEMMES FRA^ÇAlSES ET FOURNIES 147

sur des lits d'ambulance, à ces mères grondant le matin des enfants turbulents et les retrouvât morts quelcjues heures après. Pas une n'a eu une inspiration on faisant sa prière du matin, n'a jeté un manteau sur ses épaules, sonné sa femme de chambre, hélé un fiacre qui passait et crié : « A la gare du Nord. »

Vous les retrouverez toutes au printemps prochain, les dures et sèches créatures, au Bazar de la Charité org-anisé par M.Blount, un Anglais, qui se permet d'être le président du conseil d'administration d'un chemin de fer français ; elles joueront la comédie de la Charité comme les P7*o arts joueront aux élections la comédie de la défense religieuse : « Servir les pauvres, n'est-ce pas servir Jésus-Christ lui-même?... Les privilégiés ne se doivent-ils pas ù tous ceux qui souffrent?... »

Qui donne aux pauvres prôte à Dieu.

Il y a là toutes espèces d'oeuvres divisées en autant de comptoirs : l'œuvre adoratrice, sanctificatrice, réparatrice et toutes « les grandes chrétiennes » sont là, exhibant pour Tamour de Jésus-

Christ des chapeaux bizeures et des costumes extravagants sortis de l'imagination de Félix et de Worth. Il paraît là-dessus des b loch-notes en masse dans les feuilles mondaines où toutes les femmes sont nommées avec une épithète : gracieuse, ravissante, admirable. On y raconte avec un lyrisme débordant toutes sortes d'histoires de misères secourues et de petits éclopés recueillis. Comme on a déjà lu cela une dizaine de fois, on prend le parti de le passer et de chercher un article plus intéressant.

C'est un point qui mérite l'attention quelques instants. On a trouvé des millions pour Murcie, pour les Juifs de Szegeddin, pour ces sales Italiens qui insultaient nos pèlerins et qui criaient sur leur passage : « A bas la France ! Vive Sedan ! » Pour les victimes de Fourmies, V Intransigeant a récolté 14,000 francs en tout !

En réalité, toute initiative et même toute faculté d'émotion spontanée a disparu des hautes classes ; comme certains impuissants auxquels il faut des préparations spéciales, les gens du monde ne vibrent que sous l'incitation de la Presse juive. Toute la puissance cérébrale de l'aristocratie loge sous le

crâne dénudé de Meyer; raristocratie n'a des pensées que lorsque Meyer pense et Meyer ne peut pas penser toujours...

C'est Carlyle qu'il faut relire constamment lorsqu'on veut bien serendre compte de la transformation des âmes. Cette Religion qui, aux siècles passés, était une fois ardente et sincère même chez ceux qui vivaient au milieu de tous les désordres, tend de plus en plus à n'être plus qu'une pratique toute d'apparence et de forme, un simulacre, une idolâtrie, l'adoration de l'idole inerte, du morceau de bois doré auquel on ne croit plus mais auquel on feint de croire.

Au siècle des Catacombes, la fille des Métellus s'en va en habit d'esclave s'entretenir avec des déshérités et des pauvres, vivre de la vie de ceux qui, demain, mourront avec elle de la mort des martyrs dans le cirque... Une princesse russe disparaît, quitte tout... Où est-elle? « Elle est allée dans le peuple », selon l'expression des Nihilistes. La petite poupée catholique élevée au Sacré-Cœur ou aux Oiseaux ne sent point son cœur secoué par un drame comme Fourmies; ce cœur est comme une boîte à musique qui ne joue que cer-

tains airs, il ne faut pas lui demander ce €[ui n*est pas dans son répertoire, il ne faut réclamer de lui ni improvisation ni élan.

La Charilé ne peut s'exercer que dans le cadre d'œuvres réglées à Tavance, adaptées aux convenances de chacun, soumises avant d'être acceptées à l'approbation des baronnes juives comme l'adoption d'un jour pour les Français ou l'Opéra-Comique. Sans doute, les pauvres occupent une place déterminée dans la vie d'une mondaine ; il est convenu qu'à certaines époques, on ira figxirer dans des ventes théâtrales, flirter sous prétexte de bienfaisance avec de petits Youtres qui puent souvent d'une façon inconsidérée, chercher des yeux dans la foule élégante le gros baron d'Israël, qui paiera la note de la couturière, mais il n'y a pas à sortir de ce programme. Il est parfaitement admis qu^une femme bien posée puisse avoir un amant, mais on ne comprendrait pas qu'elle eût une idée...

Je me souviens d'une conversation que j'eus à ce sujet avec une Supérieure de province. C'est une femme tout-à-fait remarquable et elle encourage les Antisémites, comme sainte Colette au

quinzième siècle encourageait ceux qui s'efforçaient de réveiller partout les François endormis, de prêcher la révolte contre l'envahisseur et de frayer le chemin à Jeanne d'Arc. Je ne lui avais pas envoyé mon dernier volume ; elle me le réclama et Je lui expliquai le mieux que je pus que le livre était obligé d'aborder parfois des questions délicates, et que, cette fois, j'avais été un peu vif à propos de certains prélats.

— Envoyez, me dit-elle, rien ne m'étonne. Notre Mère, celle que j'ai remplacée et qui est morte toute jeune était d'une admirable beauté ; elle a toujours été respectée de tous et sa vertu n'a été en danger qu'une seule fois... un jour qu'elle était en visite chez son évêque.

La bonne Sœur me demanda ce qu'on pouvait essayer pour émouvoir le public à propos de cet abominable droit d'accroissement qui est un véritable vol fait aux pauvres. « Tous ceux qui parlent de cette question sont ennuyeux comme la pluie... Puisqu'on vous lit, ne pourriez-vous pas écrire une brochure éloquente et chaleureuse qui montrerait à la foule ce qu'elle ignore? »

— Cela ne servirait à rien, lui répondis-je. —

Pour le moment vous n'intéressez plus le public. Ce qui vous a perdu ce n'est pas la Franc-Maçonnerie, la Libre-Pensée, les sectaires ; c'est la déplorable médiocrité de la génération nouvelle sortie des couvents et des institutions religieuses. Vos congrégations périssent par les élèves qu'elles ont faits. Si les femmes du monde élevées par les religieuses avaient été de vraies Françaises, vaillantes, spirituelles, audacieuses et charmantes comme les femmes du seizième et du dix-septième siècle, si dans les salons elles avaient poursuivi les Juives et les Juifs de leurs insolences et de leurs railleries, si elles leur avaient rendu la vie impossible, les Juifs parqués dans leurs ghettos dorés se seraient ennuyés comme des rats morts et ils auraient fait cesser la per* sécution... Vos élèves, au contraire, ont été des cosmopolites, elles ne se sont passionnées pour rien de français. Malgré leurs grimaces religieuses, elles sont devenues les parasites, les compagnes de plaisir, les complaisantes et les inséparables (même en ce que ce mot a de plus vilain) des Juives en vue ; elles n'ont donc exercé aucune influence sur l'opinion.

— Vous avez raison, me disait la Sœur.

— C'est l'histoire des Jésuites... Vous savez combien j'admire ces hommes si merveilleusement trempés et en même temps de relations si courtoises ; ils m'en veulent un peu en ce moment, mais si j'étais en péril de mort je suis certain que j'en verrais un accourir pour m'assister. S'ils avaient lancé dans la circulation des gars hardis, bruyants, vivants, faisant de l'opposition comme on en faisait au Quartier latin sous l'Empire, allant siffler Rothschild aux courses et les ministres au théâtre, conspuant les Juifs allemands dans tous les lieux de réunion, on aurait fini par s'intéresser à eux. Les Pères nous ont donné de pauvres êtres veules, mous, égoïstes, bien élevés, pas méchants, noceurs en dessous. A la Chambre, ils votent pour Constans; ils voteraient pour l'Antéchrist, s'il portait des bottes de gendarmes

« Ce n est pas la faute de ces bons Pères. La substance, la force vitale, le ressort manquent aux représentants de la noblesse et de la haute bourgeoisie ; ce sont des classes épuisées et les jeunes opportunistes qui peuplent les associations d'étudiants n'ont pas plus de flamme, d'enthousiasme,

d'esprit de dévouement que les élèves des Pères ; seulement ils appartiennent au parti vainqueur et ils n'ont pas besoin de l'énergie qui est nécessaire aux vaincus pour essayer de renverser leurs oppresseurs. Ce qui est certain c'est qu'on ne peut compter en rien sur ces jeunes gens, je l'ai constaté dans le Testament d'un Antiséonite parce que c'était la vérité. Les Juifs leur ont barbouillé la figure avec l'eau mal odorante de la pissotière de Germiny, ils les ont appelés pédérastes, ils ont traîné leurs maîtres dans la boue... Jamais les élèves des Jésuites dont quelques-uns possèdent d'immenses fortunes ne nous ont aidés dans notre lutte contre la Juiverie, jamais ils n'ont prêté le moindre concours à Mores.

« Avec des défenseurs aussi débiles il ne faut pas s'étonner que personne ne prenne plus au sérieux les infortunes des congrégations. L'expulsion des religieux fut une grosse affaire en 1881 ; si elle se renouvelait aujourd'hui elle s'accomplirait au milieu de l'indifférence générale... Ne vous découreigez pas pour cela, ma chère Sœur, priez Dieu pour que les grands établissements d'instruction religieuse nous fassent une génération moins

soumise aux Juifs, mais persuadez- vous bien qu'avec la génération présente il n'y a rien à faire... que de belles ventes au Bazar de la Charité, sous la direction de M. Blount. »

C'est en visitant les victimes dans leur maison qu'on a bien la sensation que des femmes qui ne sont point venues auraient dû venir à Fourmies.

On nous avait donné pour guide la petite Rose Bastin, une belle fillette avec dos yeux noirs su- , perbes, intelligente et gracieuse, et avec elle nous cheminions à travers les rues où les demeures ouvrières se serrent les unes contre les autres... Comme on savait que nous n'avions [)as l'intention de tuer personne et (ju'on n'ignorait pas notre mépris pour Isaac et pour Constans, chacun nous adressait un bonjour amical et les parents accouraient pour nous conter cjuelque épisode de l'horrible drame.

Qu'elle eût été bien reçue la patricienne (lui fût venue apporter là, dès le premier jour, non point seulement un peu d'or, mais le cordial de quelque humaine et douce parole ! Qu'elle eût été remerciée et bénie la femme de cœur qui serait venue

dire : « Mon mari est député, député chrétien, député français ; il prendra- votre cause en main à la Chambre, il exigera qu'une enquête soit'/aite; en ce moment il est peut-être à la tribune, attaquant Constans, jetant un à un à la face du misérable tous les détails de son ignominieuse existence... Moi qui ne suis qu'une femme, j'accours pour vous consoler, pour prier et pleurer avec vous. »

Hélas ! nous savons quelle posture ont les faux paladins de la Droite quand les sous-préfets jui font tirer sur les Klipoth^ les filles non-juives, bonnes à tuer quand on ne peut les utiliser pour la débauche (1) — cibles pour les balles Lebel, quand elles ne servent pas de pelotes pour les longues

(1) Le Talmud enseigne (Traité Sanhédr., f. 52, 2) que Dieu n'a défendu aux Juifs que Tadultère avec la femme du prochain, c'est-à-dire du Juif et qu'il y a exception pour la femme des autres, c'est-à-dire des non-Juifs. Ce précepte est la conséquence logique du principe qui refuse aux chrétiens la qualité d'hommes, qui les assimile aux chiens, aux chevaux, aux porcs. L'institution du mariage ne peut exister que pour des êtres humains ; les chrétiens étant des animaux ne se marient pas, ils s'accouplent.

Je sais bien que les journalistes républicains, qui passent

épingles que Bloch, le marchand de diamants, enfonçait, avec des frémissements de volupté, dans le sein pantelant de ses victimes. Nous connaissons le patriotisme des duchesses et, si nous avons vu la duchesse d'Uzès, à la grande revue des mails, conduire, au milieu des huées des lads et des garçons d'écurie, le mail-coach d'un Juif bavarois, nous n'avons pas entendu dire qu'elle ait mis les pieds à Pourmies.

leur vie à prétendre que certains enseignements de l'Eglise sont incompatibles avec la société moderne, font la sourde oreille lorsqu'on leur exhibe ces prescriptions qui expliquent la tranquillité avec laquelle le Juif nous foule aux pieds. Elles n'en sont pas moins très formelles, et tout récemment encore, un Juif du Wurtemberg, poursuivi pour adultère par sa femme, Juive également, demandait à être jugé d'après le dioit talmudique qui n'admet pas qu'un Juif ait commis un adultère lorsqu'il a eu des relations avec une Chrétienne.

Le compte rendu de ce procès a été donné par un journal de jurisprudence, le Berliner jurisUche Wochenschrift (28 décembre lS9i).

Un animal ne peut se marier, il ne peut davantage posséder. Cest pour cela que tous les biens appartenant à des chrétiens sont déclarés //e/"Aer, objet de libre exploitation, terre libre. Ainsi que le déclare le livre du Kahal, tout ce qui existe et tout ce qui respire appartient au Juif, il a le double droit ; le droit d'Asaka-Meropïé, droit ù'Asaka sur les propriétés (depuis les entrailles do la terre jusqu'aux profondeurs des deux) — le droit de Méropïé sur les personnes.

La sœur de Rose Bastin, Emilie Bastin, a été une des plus cruellement atteintes. La pauvrette a failli être amputée des deux jambes comme le mar réchal Lannes et Moreau. Elle a reçu trois balles à travers les cuisses, deux de fusil Lebel et une de revolver, ce qui prouve que les gendarmes et les agents de police ont eu Tinfamie de viser les femmes, car si on ne peut savoir où ira une balle Lebel, on est toujours sûr de son coup quand on tire avec un revolver d'ordonnance sur un but placé à quelques pas (1). Rien de navrant à tenir entre ses doigts comme ce grossier jupon troué de balles et si différent des dessous pleins de promesses des héroïnes de Bourget.

(I) Les psychologues retrouveront là une nouvelle manifestation de cette férocité innée au cœur de Thomme que j'ai déjà soulignée. On vient de commander à trente-quatre soldats de faire feu avec ce terrible fusil Lebel qui, si la plupart des hommes n'avaient pas tiré en Tair, auraient couché deux cents cadavres sur le pavé... Quel besoin un homme de police peut-il éprouver de pousser sa petite note dans cet orchestre de mort, d'ajouter son coup de revolver particulier à cette meurtrière fusillade dirigée sur une bande de femmes et de jeunes gens sans armes? C'est le plaisir, que voulez-vous, l'espoir peut-être aussi d'être décoré par Constans.

Nous ne pourrons causer avec Emilie Bastin qu'à la sortie de une heure et demie, au moment où elle viendra pour dîner et en attendant nous examinons cet intérieur d'ouvriers composé de deux pièces très larges, très blanches, avec quelques fleurs qui mettent là une poésie. Ils sont sept à vivre là-dedans. L'ancêtre, un vieillard de quatrevingt-dix ans, mange tranquillement sa soupe et ne paraît pas savoir grand' chose sur le l'^' Mai. La mère, une msûgre énergique, avec une tète de paysanne usée par la vie, ne s'explique pas davantage comment la catastrophe est arrivée.

Voici Emilie Bastin qui entre, elle va peut-être nous renseigner mieux? Ma foi non... Elle avait travaillé jusqu'à une heure et demie comme aujourd'hui, chez M. Guinnot, elle revint à la maison et sa mère lui promit vingt sous si elle voulait ne pas sortir; la curiosité l'emporta. « Un lui avait dit qu'il y avait des soldats » et elle courut jusqu'à la place. Elle ne s'est pas senti blessée ; elle a éprouvé seulement un très léger choc et elle a dit en riant à Louise Hublet, à côté de qui elle était : « Je viens de recevoir un joli caillou !» A ce moment elle voit tomber I^ouise llublet, ellt3 se baisse

pour lui demander ce qu'elle a et elle s'aperçoit qu'elle est couverte de san^ ; elle s'enfuit épouvantée, frappe désespérément à la porte d'une maison voisine qu'elle trouve fermée, reprend sa course et vient rouler à la Bague d'Or ; c'est là qu'elle reçut les deux dernières balles...

« Mangez votre soupe, mon enfant î » disons nous àla jeune fille en nous apercevant que la soupe aux pois placée devant elle commence à se refroidir. » Il serait inhumain, en effet, de l'interroger plus longtemps. Avec son teint blanchâtre de morte vivante, sa figure mélancolique, la malheureuse fait peine à voir, elle regarde tout avec des yeux vagues et pleins de terreur comme si elle avait toujours l'effroyable vision devant elle; elle était, en outre, ce jour-là, dans une période toujours douloureuse pour la femme et la blessure qu'elle a reçue dans de pareilles circonstances lui a complètement tourné le sang.

On a fait, d'ailleurs, travailler trop tôt la blessée. Au bout de deux mois elle allait mieux, elle pouvait marcher un peu; on a prétendu qu'elle se promenait pour son plaisir et on a supprimé le modique secours qu'elle recevait de la mairie.

On remplirait un volume rien qu'avec le récit des victimes. Comme dans toutes les scènes où le Juif figure, une fantaisie particulière, une fantaisie macabre, le côté opérette des choses se mêle à rhorreur du drame. Cette petite ville où rien ne s'était jamais passé d'exceptionnel a des étonnements comiques en se voyant sillonnée sans cesse par des reporters^ des photographes, des Anglais. Elle attend le l"Mai prochain avec un mélange de curiosité et d'effroi en se disant : « Qu'est-ce qui va encore arriver ? »

— Monsieur, nous dit l'excellente femme qui tient l'hôtel de la Providence, j'ai vu jusqu'à vingt-cinq reporters à cette table !

En revanche la disparition des commis- voyageurs intrigue et navre à la fois notre hôtesse. Il paraît qu'autrefois il en venait chaque jour cinq ou six ; depuis le 1" Mai on n'en voit plus; ils ont changé leur itinéraire.

— Qu'est-ce qui les empêche de revenir?

— Que voulez-vous? Ils n'ont pas confiance; ils ont peut-être peur de recevoir des coups de fusil...

Les mensonges de Constani^. — Ce qu'on ose dire à la tribune française. — La dépêche de Vel-Durand. — La Presse républicaine. — Ranc ou le bouzii)got devenu sénateur. — Il célèbre les vertus des Seligmanl — Constans triomphe grâce à la lâcheté universelle. — La séance du 19 janvier. — Laur ou le héros sans biceps. — Un membre de la Droitequi interpelle dans sa culotte. — La fm de Constans,

Tel est ce drame de Fourmies qu'il faut, je le répète, considérer comme un microcosme où Ton voit tout ce qui a un rôle dans l'organisation sociale actuelle gravitant autour d'un petit sous-préfet juif qui met tout le monde sens dessus dessous. Nous avons voulu donner à nos lecteurs habituels un thème de réflexions et non raconter la catastrophe dans tous ses détails.

Ceux qui voudront poursuivre cette étude à fond devront se procurer le Jouy^nal officiel^ ce

journal si intéressant, si curieux, si instructif et que personne ne lit. C'est par la lecture du Journal officiel seulement qu'ils pourront apprécier à quel point en est tombé ce gouvernement où les ministres ne se donnent même pas la peine de chercher un mensonge plausible, disent n'importe quoi pour mentir comme les malfaiteurs au moment où on les arrête et n'ont même pas l'honnêteté de Vaucourt, l'assassin du passage de Gharonne qui, au bout d'une heure, entrait dans la voie des aveux, et indiquait où il avait caché la tête de Boutry.

La dépêche lue par Constans à la tribune affirme imperturbablement les faits les plus faux :

« La foule revient plus nombreuse, 2,000 à 3,000 personnes environ. »

Or, il est facile de se convaincre qu'on ne ferait pas tenir 2,000 personnes sur la place de l'Eglise de Fourmies et que le milieu de cette place était parfaitement libre.

« // est maintenant possible d'affirmer que la troupe a eu à essuyer^ quelques coups de feu de la part des manifestants. Deux individus dans la foule portent des blessures qui ne peuvent pas avoir été faites par des armes militaires. L'un

d'eux, qui tournait le dos à la troupe, cherchant à gagner une rue voisine, a été atteint à la partie externe de la jambe gauche d'une série de petites blessures provenant d'une arme chargée de petit plomb et de petite mitraille. Un fragment m'en a été remis par le médecin qui le soigne. »

Or, jamais, à aucun moment, il n'est parti de la foule un coup de revolver, personne parmi les ouvriers n'avait de revolver et il n'est pas un médecin à Fourmies qui soit capable d'avoir fait au Juif Vel-Durand la fausse déclaration dont il parle. Au moment du procès, devant le jury, jamais il n'a été question de ces coups de revolver, jamais le commandant Chapus ni aucun témoin n'en ont dit un mot !

A une interruption de M. Delahaye disant :

a Le curé a bien eu le temps de venir », le minisire de l'Intérieur répond : IL n'est pas i^enu avant les autres; le sous-préfet et le procureur de la République étaient là en même tem^ps que lui.

Or, il est absolument faux que le sous-préfet et le procureur de la République aient paru sur la place de l'Eglise, personne ne les a vus ; tous les témoignages sont formels sur ce point.

En Angleterre un ministre qui mentirait ainsi devant le Parlement, qui tromperait ceux qui Técoutent d'une façon aussi dégradante non seulement ne resterait pas au pouvoir cinq minutes, mais il serait disqualiûé comme gentleman ; sil faisait partie d'un club et s'il osait s'y représenter on le ferait jeter à la porte par les valets.

La majorité d'Opportunistes et de Droitiers trouve cela très bien... N'est-il pas effrayant, cependant, de songer que les destinées de la Patrie sont entre les mains de pareils drôles ? C'est sur une affirmation d'un de ces cyniques, payé exceptionnellement par les Juifs désireux de faire un beau coup de Bourse, que sera déclarée cette guerre qui fera peut-être disparaître la France du rang des nations. Ils ne se gêneront pas plus qu'ils ne se sont gênés pour Fourmies, et la majorité ne demandera pas plus d'explications qu'elle n'en a demsuidé ce jour-là.

Gomme fond de tableau il ne faut pas oublier les vieux républicains du Sénat qui nous ont rompu la tête avec la fusillade du boulevard Montmartre et qui n'ont pas eu même l'air de se douter qu'il y avait eu du sang versé à Fourmies.

Un seul a remué, c'est cet impudent de Ranc, qui a profité de Toccasion pour célébrer les vertus du père du sous-préfet Isaac !

Il fait bien là, ce Thraséas pour compagnies ûnancières... On le revoit dans les estaminets du Quartier latin, au café de la Renaissance, rasant les consommateurs avec les crimes de « Monsieur Bonaparte. »

L'enfant avait reçu deux balles dans la tète...

Le voilà maintenant, avachi, usé jusqu'à la corde, qui entre par hasard dans un des cafés où il pérorait jadis ; il est devenu officieux comme La Guéronnière, Limayrac ou Grandguillot ; seulement il n'écrit pas dans des journaux honnêtes comme le Constitutionnel ou le Pays^ il écrit dans un journal financier qui appartient au Crédit Foncier. Sous l'influence du lieu, les souvenirs d'autrefois lui reviennent, et de ses lèvres pendantes s'échappe l'anathème de jadis.

Janissaires conduils par Reybell ou Sauboul, Payés comme à Byzance, ivres comme à Stamboul,

168 LE SEGRLT DE FOUAMIES

Ceux de Dulac et ceux de Korte et d'Espiaasse, La cartouchière au flanc et dans Toeil la menace.

Dans un coin du caboulot, un bouzing'ot Ta reconnu, un de ces vieux, comme on en voit encore au pays latin, qui n'ont pas bougé de place depuis quarante ans.

— Eh bien ! citoyen Ranc, c'est donc nous qui tuons les petits enfants maintenant? Ce pauvre petit Emile Gornaille... il paraît que vous ne Tavez pas manqué... Il a reçu aussi ses deux balles dans la tète celui-là...

— Ah I oui... Le petit Gornaille ; il y en a encore un autre... le petit Pestiaux. Ils ont été tués devant la maison Sallandrouze... c'est Sauboul qui a commandé le feu. . . que voulez-vous ? L'ordre avant tout... mais je vous quitte, je cours au Sénat... Avant que Rouher ne monte au fauteuil j'ai deux mots à dire à Maupas à propos d'une émission de Frémy...

Jamais les hommes des différents partis n'ont plus malproprement fini qu'à notre époque, mais tout est-il bien fini?

Je n'ai jamais pu examiner Constans comme je l'aurais voulu, dans ces conditions particulières où, s'auto-suggestionnant dans la contemplation d'un être, on arrive parfois à avoir comme une vision de la destinée de cet être ; je n'ai pas regardé sa main, ce qui fournit parfois des indications précieuses. C'est une individualité, en outre, qui ne prête pas à l'analyse psychologique ; on n'a pas à le pénétrer, à le chercher dans ses profondeurs, à le poursuivre dans ces plis et replis où certaines natures se cachent pour ainsi dire à elles-mêmes ; on ne le devine pas, on le sent comme on sent le chacal ou la hvùne à l'odeur nauséabonde et forte qu'ils exhalent. Tel qu'il est, cependant, il donne l'impression d'un être destiné à mal finir.

Regardez le portrait de Soufflard dans les Causes célèbres^ c'est tout le portrait de Constans ; une tête de carnassier d'espèce inférieure avec cette expression de lâcheté qui est la caractéristique du loup qui, une fois pris, est le plus lâche des animaux. Sur cette face où se lisent l'habitude de toutes les débauches et l'appétit de tous les crimes apparaît comme une peur vague d'un châtiment auquel on n'échappera pas. L'homme a le regard

en dessous du chourineur qui, le coup fait, s'attable avec ses complices devant un saladier de vin à la Française, gouaille bruyamment et tressaille malgré lui, quand la porte du bouge livre peissage à un inconnu.

Pour le moment, Gonstans triomphe. A ceci, rien d'étonnant. Gonstans seul a peut-être la notion exacte du degré de servilité auquel peuvent atteindre les hommes d'aujourd'hui.

Quelle séance que cette séance du 19 janvier î V Intransigeant porte sur Gonstans les accusations les plus formelles et les plus graves, il affirme des faits qu'il est aisé de vérifier. Si ces accusations sont vraies, elles déshonorent la France dans la personne d'un des membres du Gouvernement. Si elles sont fausses, il est facile d'en démontrer l'inanité. Il semble que Gonstans n'ait qu'à poursuivre V Intransigeant devant la cour d'assises... Pourquoi s'y refuse-t-il ?

Laur dit deux mots seulement de cette question à la tribune, Gonstans s'élance sur lui et le gifle...

Alors, c'est une joie, un délire, une explosion de rires. Devant ce spectacle d'un ministre frap-

pant un représentant du Peuple, tous les Républicains se pâment d'admiration. Vous voyez cette fois se produire un accès de lâcheté, comme vous avez vu un accès de férocité se produire à Fourmies.

- Pour ceux qui se sont voués â l'étude de Tétre humain, le tableau, du reste, n'a rien de bien nouveau. C'est Tenfant qui se continue dans l'homme ; nous avons déjà vu cela au collèg*e.

Quand un grand avait abusé de sa force et cogné un petit qui voulait discuter, tous les faibles venaient rôder autour du grandy mais les plus audacieux seuls se permettaient de le féliciter; les autres le regardaient, en lui souriant de loin, sans oser lui parler. Quelques-uns s'approchaient, guettaient un bonjour : « Vous savez, m'sieu, quand il a été par terre, je lui ai donné encore un coup de pied. »

M. de Montsaulnin devait flatter ainsi les forts quand il était petit. Maintenant qu'il a grandi, il va serrer la main à Gonstans après les gifles, et l'assure de sa sympathie. Ce Montsaulnin est gentilhomme de son état, il possède cent mille livres de rente et il représente les conservateurs du

Cher. Ils sont heureux dans leur choix, les conservateurs du Cher.

Toute la différence est en ceci que les enfants sont vicieux et lâches d'instinct, tandis que les hommes ajoutent à ces manifestations instinctives des hypocrisies, des phrases et des formules. Encore faut-il remarquer qu'en cette occasion, la bassesse innée dans l'homme, apparut elle, presque partout spontanément et sans prendre la peine de s'attifer. « Constans a toutes les sympathies. » C'était le mot.

Dans toute la Presse boulevardière, on ne trouve guère que cinq ou six lignes qui ne soient pas absolument viles. Elles sont d'un homme qui affecte de rester étranger à tous les beaux enthousiasmes, qui se vante à tout propos de son scepticisme, mais .auquel sa situation permet parfois le luxe royal de penser librement. Francis Magnard se hâte bien de déclarer tout d'abord que Constans est un ministre de l'Intérieur précieux, mais il pousse l'indépendance jusqu'à ajouter : « Je regrette quïl soit resté trop longtemps impassible devant des accusations formelles et précises. Dans l'intérêt de la République même, peut-être ferait-il bien de

démontrer qu'on le calomnie ou de donner sa démission... Souffleter n'est pas répondre. »

Tout le débat est là. Gonstans a-t-il été réellelement attaché au Parquet du Procureur impérial de Toulouse? A-t-il quitté ce poste volontairement? L'a-t-il quitté, au contraire, pour les raisons que donne V Intransigeant? A-t-il été appelé comme témoin devant le tribunal correctionnel dans les conditions qu'indique Henri Rochefort? Est-il calomnié? Est-il coupable?

Tous les polissons de la Presse n'en continuent pas moins à complimenter Son Excellence et à s égayer sur le g-iflé....

Pendant tous ces jours-là, j'ai souvent pensé à ce frêle et simple héros que l'on nomme Francis Laur... Ne vous récriez pas à ce mot de héros. Faites Tefl'ort que j'ai demandé déjà si souvent à mes lecteurs, balayez de votre esprit tout ce que vous avez lu et entendu, écartez le souvenir de l'article-omnibus que vous avez rencontré le long de toutes les rues et qui vous est entré dans les oreilles précisément par son bruit lourd, monotone et grinçant d'omnibus, faites-vous une opinion per-

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sonnelle... Songez à ce qu'il faut de résolution pour s'attaquer à des puissants comme Rothschild et comme Gonstans, songez à ce que ces gens-là ont d'intérêts derrière eux, chacun dans leur genre... Et vous admirerez le héros au torse grêle, aux jambes maigres, à la voix faible qui s'en va à ces batailles avec des biceps de coton.

Voilà encore un thème à bien des réflexions et à bien des pensées pour nous. A propos d'Hamlet, Goethe a dit ce mot profond : « G'est une âme chargée d'un grand dessein et incapable de l'accomplir. /) L'histoire du comte de Ghambord est tout entière dans cette parole. G'est chose bien douloureuse aussi que d'avoir une àme vaillante et ferme comme ce Laur et de n'avoir pas les épaules de Porthos et les poumons de Mirabeau.

Le jour où, chez moi, je tàtais ce biceps lamentable, il semble que j'avais le pressentiment de la scène du Palais-Bourbon. Si, dès qu'il s'était senti touché, Laur avait sauté à la gorge de Gonstans, l'avait étreint avec des doigts de fer et l'avait jeté l'âlant sur le plancher en lui écrasant la poitrine avec son genou, la salle aurait battu frénétiquement des mains et le gentilhomme de Montsaulnin

serait venu féliciter le vainqueur : u Vous savez, quand il a été par terre, je lui ai encoi*e donné un coup de pied. »

Gomme contraste, vous avez les hommes de la Droite. Il y a parmi eux des hobereaux habitués aux exercices du coi*ps, bien râblés, avec des pectoraux superbes et des musi^lcs noueux; ils portent beau, prennent des attitudes, ont l'air de quelque chose... Cette fois le biceps y est, mais le cœur n'y est pas ; ce cœur est un gros cœur de veau, blanchâtre, flasque et mou comme une éponge.

Le malheureux Laui* n'a pas assez de souffle et il tombe devant la barrière; il claque comme le pauvre petit étalon courageux qui veut trop faire. Les grandes rosses héraldiques luisantes d'avoine n'essayent même pas de sauter le moindre obstacle, elles se refusent au fouet comme à l'éperon et des coups de chambrière ne les feraient pas avancer; elles baisseraient les oreilles, voilà tout.

Quelle niagniflque occasion d'intervenir dans ce débat, de tomber sur un des membi'cs de ce (.iouvernement qui, en province particulièrement, traite les catholiques comme des chiens, les traque comme des OutlairSy de couvrir de honte à la fois et Gons-

tans et Freycinet" qui avait demandé la question préalable !

Vous devinez l'effet que produirait à la tribune un homme aux épaules larges, à Torgane sonore, qui serait absolument décidé à parler et qui aurait, groupés au bas de la tribune, quelques gaillards montrant des poings sérieux aux Opportunistes et leur disant mezzo voce : « Tas de braillards, si vous en avez envie, venez-y ! »

La supériorité numérique en pareil cas n'existe plus... Si un malingre comme Laur ne peut résister à cent adversaires, quelques hommes bien déterminés feraient reculer cent Opportunistes, la plupart lâches de naissance et usés déjà par tous les vices.

Pas un Droitier n'a bougé ! On avait raconté que le comte Armand devait soulever un incident et

s'élever contre cette prétention monstrueuse d'ar-

réter désormais toutes les interpellations désagréables par la question préalable. Après avoir longtemps hésité, le comte Armand a pris Thé roïque parti de se taire; il a fait son interpellation dans sa culotte...

Pas un... Je ne sais si vous êtes comme moi,

mais c'est précisément ce qui me confond. Il me semble extraordinaire que parmi ces 160 hommes venus de points contraires, issus de familles différentes, recrutés dans des carrières diverses, il se rencontre pas au moins un indépendant, un fantaisiste, un sanguin, un Berrichon, un Breton, un Gascon qui ait l'idée d'escalader cette tribune pour y prononcer une parole loyale, imprévue, hardie, violente, amusante... Pas un...

Ils sont six en tout dans la Droite qui ont voté contre la question préalable : Engerand, Marins Martin, de Ramel, du Saussay, Vilfeu et le marquis de Villeneuve... Quelle pitié !

Malgré tout, je ne crois pas à la chance de Constans : je suis convaincu qu'il est réservé à quelque fin atroce qui sera une grande leçon.

On dirait parfois que cette pensée apparaît dans le sourire des passants que l'on rencontre le matin en train de lire leur journal : « Attendons la fini ».

Tout a réussi aux malfaiteurs qui nous gouvernent. Ces hommes, qui traînent après eux un

passé fang'eux, qui ont comparu en police correctionnelle pour outrages aux mœurs, qui ont été mnlés à toutes les escroqueries de ces temps, semblent jouir d'une mystérieuse protection. On se sent confondu d'étonnement devant cette interruption absolue du fonctionnement de toute justice supérieure. Et dans ce Paris qui a vu tant de révolutions, dans ce Paris où chaque rue, chaque place vous rappelb l'écroulement de quelque régime qui se croyait affermi pour toujours, une voix semble dire de patienter, d'espérer, promettre qu'on verra des choses qui soulageront la conscience oppressée.

11 y a du fil encore sur les quenouilles que filent les Parques, il y a des années encore à compter même dans ce siècle et dans ces années il v aura un événement que nous ne parvenons pas à découvrir et qui changera tout. Les ruffians qui sont aujourd'hui dans des palais se réveilleront tout à coup au fond d'une prison, livrés à toutes les angoisses, en proie à toutes les terreurs, s'attendant aux plus affreux supplices.

C'est une certitude que l'on a et, à vrai dire, de cette certitude on ne pourrait dire ni \e pourquoi

ni le comment, et cependant on est sur que cela sera, et Ton en est si sûr que c'est une idée qui rattache à la vie ; on serait fâché de [)artir avant d'avoir vu la fin de tous ces coquins...

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