HISTOIRE D*UNE FAMILLE JUIVE
elle eut en Algérie de grands succès de beauté.
4<> Le quatrième, GotUieb, boucher, leva le pied àCoDstantine, laissant des afTaires inextricables, et s'est réfugié en Amérique. Il a laissé plusieurs enfants qui n'ont plus reparu dans le pays.
5* Le cinquième, Siméon, boucher, a été plusieurs fois mêlé à des affaires suspectes, achat de bœufs volés, etc. Condamné une fois en correctionnelle, il a obtenu un arrêt d'acquittement en appel.
6-7* Les sixième et septième, garçons bouchers à Gonstantine, ont depuis longtemps quitté le pays. On ne sait ce qu'ils sont devenus.
8° Le huitième et dernier, Emile Isaac, a.épousé sa nièce Sophie, fille de Ferdinand; c'est le père d'Isaac, le sous-préfet d'Avesncs, et il a droit aune mention spéciale.
Emile Isaac.
Avec son frère Simon Isaac, Emile Isaac fut le réel fondateur de la grandeur de la famille.
Emile Isaac débuta par un procès qui ne lui fit
point honneur. Après la banqueroute de son frère Ferdinand, père de sa femme, Emile Isaac réclama comme privilégié une somme de 40,000 francs que Ferdinand était censé avoir donnée en dot à sa fille Sophie. De là procès scandaleux avec les créanciers. Comment Ferdinand avait-il pu donner 40,000 francs alors qu'il avait quitté Oran en état de déconfiture? S'ils avaient été réellement donnés, ces 40,000 francs n'avaient pu Têtre qu'au détriment des créanciers d'Oran et, si Emile les avait reçus il s'était par cela même rendu coupable d'un détournement d'actif. Dans tous les cas, par sa prétention, Emile était toujours complice de détournement, soit au préjudice des créanciers d'Oran, soit au préjudice de ceux de Constantine ou de Sétif où Ferdinand avait également fait banqueroute (1).
Emile Isaac se consola vite de cet insuccès, et à la grande poussée juive qui suivit la guerre de 1870, il eut sa large part du triomphe. Grand commerçant, grand escompteur, chef incontesté du
(i) Voir pour édification complète les considérants des jugements et arrêts rendus dans cette affaire et déboataut Emile de ses prétentions injustifiables.
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parti opportuniste et inspirateur du journal V Indépendant^ il fut le véritable maître de Gonstantine.
Lel" décembre 1890, il quitta vers onze heures et demie le Cercle civil où il avait passé la soirée avec ses amis et rentra chez lui à Dar-el-Bey, une immense maison dans laquelle il occupait un magnifique appartement.
Vers 2 heures et demie du matin, la concierge entendit des gémissements ; elle n*y prêta pas attention tout d'abord, puis elle finit par se lever et elle aperçut le corps d'un homme accroché aux barreaux de fer de la grille qui fermait le magasin Akiba dans l'intérieur de la cour de Dar-el- Bey. Le corps était suspendu par la tête et par une épaule; en plongeant il s'était empalé par la tête et avait exécuté ensuite un mouvement de rotation autour de cet épouvantable pivot.
On accourut, on apporta des lumières et l'on poussa bientôt un cri de surprise. C'était M. Emile Isaac qui était empalé !
S'était-il empalé proprio motu ? avait-il été empalé par des mains criminelles? S'était-il suicidé? Avait-il été assassiné? Les journaux de la localité
et de l'Algérie tout entière discutèrent beaucoup là-dessus.
Le Nouveau Progrès de r Algérie apprit au public qu'Emile Isaac était chauve et qu'en rentrant chez lui il avait mis une calotte sur sa tête et avait chaussé des pantoufles. Avant de passer sur le palier de l'escalier par la fenêtre duquel la chute avait eu lieu, il avait pris les clefs de son appartement dans sa poche.
« Est-il admissible, faisait observer judicieusement notre confrère, que l'on se coiffe d'une ca lotte et qu'on mette des pantoufles quand on a l'intention de s'empaler? »
Emile Isaac, cependant, avait survécu une heure à ces horribles souffrances et il avait même pro nonce quelques paroles. Malheureusement, comme la plupart des Juifs françîus, il baragouinait un affreux jargon tudesque et il avait été impossible de deviner ce qu'il voulait dire. Je m'expUque cela : je n'ai vu Spuller qu'une fois et je n'ai pu comprendre un mot à ce qu'il bredouillait.
Le lieutenant des pompiers Arnaud, dit le Nouveau Progrès, prétend que M. Emile Isaac lui a dit : «Laissezmoi! Assez... » Tandis que d'autres pensent qu'avec
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son accent allemand, M. Isaac a dit : « Laissez-moi, assassin 1 »
Bref, rinstruction entière est à refaire, et elle est devenue beaucoup plus difficile. On ne peut que s'étonner que les magistrats présents, quand on a descendu le corps d'Emile Isaac, n'aient pas eu ia pensée d'int(^rrogerle malheureux. Un signe de tète suftisait à édifier sur la question du suicide, de Taccidcnt ou du crime.
Je crois, quant à moi, qu'il y avait quelque part dans la ville un Arabe atrocement exploité par les usuriers juifs qui se faisait une pinte de bon sang" en assistant à tout ce remue-ménage. Il devait rire de ses dents blanches en entendant tous ces commentaires et il savait probablement h quoi s'en tenir.
Ce qui est certain, c'est que la vérité ne fut jamais connue. C'est ce qui arrive g-énéralement quand il s'agit des Juifs, ils dis|)araissent dans des drames inexplicables. La malédiction du Golgotha s'accomplit en eux par les faits divers. Quand ils ne tuent pas les autres comme le sous-préfet d' A vcsncs , ils se tuent eux-mêmes comme ftmile Tsaac et Francfort. Tls sont nés dans des énigmes, ils ont vécu dans des mystères et ils meurent dans des conjectures...
Ferdinand Isaac (l homme de Fourmies).
Le fils d'Emile Isaac, le petit Youddi algérien mâtiné d'Allemand , vit naturellement s'ouvrir toutes grandes devant lui les portes que les Français trouvent fermées. Dès qu'on eut constaté qu'il n'était bon à rien, on le mit dans l'administration et on le confia à Charles Thompson, gouverneur de la Gochinchine, puis au retour, à vingt-trois ans, on le nomma secrétaire du préfet de la Dordogne.
Notre courageux confrère du Combat périgourdîn^ M. A. de Lacrousille, rencontra le monsieur en ce temps-là et il nous en donne un instantané qui n*est pas mal :
On se souvient ici de celui que Rochefort appelle le •petit hébreu algérien et qui était bien le type le plus répugnant de cette tribu cosmopolite, la grande famille israélite.
Au physique, une léie anguleuse, le visage blafard, aux pommettes aiguës, les yeux en trous de vrille, le regard faux et fuyant, et sur celte face blémie, où couraient parfois des roseurs maladives, comme des plaques
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de mauvais sang, s*agrippait, mousse rongeante, une barbe jaunâtre, rare et dure. Seul le nez, presque
droit, faisait tache au milieu de cette flgure sémite.
Le buste mal faif, les jambes trop longues, les épaules hautes et envoûtées des races qui ont subi un long esclavage, lui donnaient l'air d'un pantin; ses grands bras terminés par des mains crochues de saisisseur complétaient rillusion.
Au moral, un parfait crétin, vantant fort son éducation d*anci^n barbiste et prouvant à toute heure les lacunes d'une instruction plus que rudimeataire. Dans les premiers temps, on lui laissait quelque initiative, on ne compta bientôt plus ses gaffes, car il était en matière d'administration d'une ignorance crasse; on en fut réduit, au bout de quelques jours, à le chasser des bureaux ; il eut simplement désormais la direction des écuries et la surveillance du chenil. Chasser, monter à cheval, danser, il s'en acquittait encore assez bien.
Insolent comme un laquais avec tous ceux qu'il trouvait ses inférieurs, il était au contraire vil et plat avec les députés et sénateurs influents. Dans les salons où on l'admettait en dépit de ses manières primitives, il jouait au cocodès, minaudant autour des dames qui par ironie l'appelaient le bellsaac, leur débitant de navrantes fadeurs et de désespérantes banalités.
On raconte, sous le manteau, qu'il fit à la préfecture des petits prollts appréciables lorsque les Empain, tout heureux d'empocher trois millions, sur les cinq que
leur donnait si naïvement le département, payaient grassement certaines complaisances.
Mais le tour de force du drôle, ce fat de se faire dé cerner une médaille d*or pour une action d'éclat qu'il n'avait jamais accomplie. Les Juifs n'aiment pas seules ment l'argent, ils veulent aussi parfois des honneurs et puis, dans une médaille d'or, il y a de l'or.
C'était à l'époque où eut lieu la terrible catastrophe de Chancelade ; sous la colline éboulée, de pauvres ouvriers périrent grâce à la coupable impéritie de l'ingénieur Bère, un autre Juif, celui-ci. Pour aller à la recherche des cadavres, des braves exposèrent leur vie ; Isaac n'en était pas, il tenait trop à sa peau, ce qui ne l'em pécha pas de se proposer pour une médaille d'honneur et de l'obtenir.
On en fil longtemps des gorges chaudes, à Périgueui.
Grâce à la protection de Thompson, Isaac fut nommé bientôt sous-préfet de Puget-Théniers où il n'était jamais, car il passait sa vie autour de la roulette de Monte-Carlo.
Dès qu'il fut mis en présence d'Isaac, Gonstanséprouva la joie qu'éprouva Lacenaire en rencontrant Avril à l'estaminet de VEpi-scié et Soufflard en trouvant Lesag'e chez la belle Alliette; il se dit : « A nous deux nous ferons quelque chose ! » Vous savez ce qu'ils ont fait !
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Je me suis un peu attardé à vous raconter la genèse de ce personnage, mais je crois que ces notes intéresseront tous ces petits employés français qui me témoignent tant de sympathie.
Qu'en dites- vous, mes camarades, vous qui, après des examens difficiles, voyez votre jeunesse s'écouler avant d'arriver à un emploi qui vous permette de vivre; surnuméraire, expéditionnaire, commis rédacteur, voilà vos étapes ; tous les trois ans vous avez une petite augmentation, 1 .800, 2.100, 2.400, parfois une gratification de cent francs au 31 décembre quand les chefs n'ont pas jugé à propos de la confisffuer pour augmenter leurs gros traitements.
Employés des Postes, vous trimez dans les ambulants ; l'hiver vous passez de l'atmosphère glaciale du dehors à l'atmosphère surchauffée du wagon où, pressés les uns contre les autres, il vous est impossible de respirer: il faut, sans perdre une seconde, classer des monceaux de lettres, résister h la migraine que adonne la chaleur des lampes, tendre votre volonté pour no pas commettre la plus légère erreur... Une lettre perdue, une absence injustifiée, une distraction, et voilà les réprimandes
les amendes, les mises à pied qui pleuvant sur vous!
A vingt-cinq ans le descendant des Juifs allemands est sous-préfet d'un arrondissement comme Avesnes qui contient des communes de 18,000 habitants, il représente le gouvernement de la République. Vous croyez qu'on se permettra seulement de le blâmer quand il a causé par sa lâcheté, s'il ne Ta pas provoqué volontairement, un effroyable massacre? On lui donne de l'avancement et on l'appelle à Paris où il pourra s'amuser tout à son aise !
Pensez-vous que je sois un énergumène comme l'affirment les beaux seigneurs du parti conservateur qui se sont faits les défenseurs de M. deRotshchild lorsque je disque les Juifs sont nos maîtres? Trouvez-vous que j'aie exagéré en disant que tous les hauts emplois sont aux Juifs lorsqu'il suffit qu'un événement imprévu se produise pour qu'on s'aperçoive que dans le département du Nord où la population est restée presque partout catholique, il y a trois administrateurs juifs : Vel-Durand préfet, Mossé sous-préfet de Valenciennes et Isaac sous-préfet d' Avesnes?
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Faut-il que les chrétiens soient veules, avachis, privés de tout ressort pour supporter un joug aussi ignominieux, pour admettre cette déchéance, cette mise hors la loi qui les frappe?
Vous avez entendu parler de M. des Rotours, le neveu ou le cousin du député? Le jeune des Rotours se présente au concours institué au ministère des Affaires étrangères et qui est fort rigoureux, il passe un examen exceptionnellement brillant, il est reçu un des premiers. On refuse de l'admettre au ministère parce qu'il appartient à une famille notoirement catholique.
M. des Rotours, le député du Nord, a trois cent mille livres de rente. C'est un brave homme puisqu'il a voté l'enquête sur les événements de Fourmies Comment ne lui est-il pas venu à l'idée de faire imprimer à cent mille exemplaires et de faire placarder dans tous les faubourgs de Paris une petite affiche ainsi conçue :
Courtes réflexions soumises au bon sens du peuple
français.
« J'ai un neveu qui s'appelle comme moi des Rotours, ce qui est son droif, car tout le monde ne peut pas
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s'appeler Meyer ou Lévy. Ce neveu, après un examen victorieusement subi, a été déclaré indigne d'entrer dans une administration française parce qu'il était catholique.
» Voilà comment les gens qiii nous gouvernent comprennent la liberté des cultes, « cette précieuse conquête de 89. »
« Le Juif Isaac Seligman a été nommé sous-préfet à vingt-cinq ans sans avoir subi aucun examen et son premier soin a été de faire essayer le fusil Lebel sur des ouvriers et des ouvrières françaises.
» Vous voyez ce que cela vous rapporte d'être gouvernés par des Juifs I »
Les passants auraient tous lu cette affiche et ils auraient tous dit : « Ce des Rotoups a raison. » Vous auriez vu les Juifs passer vite et serrer les fesses en regardant la foule ameutée devant ces placards comme le jour ou nous avons fait envahir la Bourse par des camelots qui vendaient à tous la belle brochure de Jacques de Biez sur les trahisons de la Haute Banque et le complot des Juifs allemands.
Les Hébreux, en effet, ne sont pas aussi rassurés qu'ils le paraissent et ils se doutent bien que ce peuple qu'ils foulent si durement aux pieds se ré-
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veillera un jour implacable et terrible dans sa colère.
Dans une autre occasion le gouvernement, dans l'intérêt même des Juifs, aurait hésité peut-être à mettre un citoyen français hors la loi uniquement parce qu'au lieu d'aller à la synagogue il lui plaît d'aller àTéglise...
l'assassinat de fourmies devant la chambre
L'âme des conservateurs se révèle là tout entière. — Une férocité de portiers. — Conslans et la Droite. — La vraitî doctrine de l'Église à ce sujet. — La consultation de l'abbé Defourny. — M. de Monlfort et les lois existantes. — Pourquoi les congréjjalions ne se sounnettent-elles pas aux lois existantes? — Noble attitude du comte Albert de Mun.
— Quatre-vingt-quatre députés de la Droite refusent l'enquête. — Les Juifs, voyant que les catholiques pn^nnent le parti d'Isaac, en profitent pour insulter la sainte Vierge.
— Un scrutin à conserver. — Les officiers de marine devant les conseils de guerre.
Jamais la Droite n'eut une plus belle occasion de prendre Tine attitude qui l'aurait grandie devant le pays. Il était évident que « les fonctionnaires du Centre », pour employer la jolie formule de Bar-
rès, étaient décidés d'avance à absoudre Isaac et Gonstans. Il faut ajouter même que ce vote n'avait rien que de très naturel de leur part. Des Opportunistes nommés au grattoir par le ministre de rintérieur, suspendus sans cesse au coffre-fort des Juifs allemands, ne vivant que de pots-de-vin, de faveurs g-ouvernementales, de trafics louches ne pouvaient faire autrement que d'approuver la fusillade sans demander d'explications. En revanche, devant ces cadavres de Français, il semblait que des hommes qui se vantent d'être chrétiens devaient réclamer à grands cris que la lumière filt faite complètement.
On peut dire que le jour où la question fut portée à la tribune l'àme des conservateurs se révéla tout entière.
Ce sont des êtres à la fois poltrons et féroces ; ils n'ont plus l'énergie des hommes de main qui frappent personnellement ; ni au 24 Mai, ni au 16 Mai ils n'ont trouvé parmi eux un gaillard qui eût le tempérament d'un Morny ou d'un Saint- Arnaud. Leur Fourtou n'a jamais osé faire arrêter Gambetta qui se serait enfui comme Boulanger, et quand il s'est agi de lutter contre les 363, il n'a
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même pas eu le courag'e de bandit que Gonstans montra contre le parti boulangiste.
Ce manque d'énerg-ie chez les conservateurs provient uniquement de la peur qu'ils ont de risquer leur personne ; il ne s'explique pas par une bonté naturelle, par ce sentiment de belle pitié qui animait les Bourbons, qui les empêcha tou jours de se défendre et qui faisait dire à Louis XVI, dans la lettre à son frère qu'on a publiée dernière ment : « Dumouriez m'a proposé divers plans pour déjouer les complots des Jacobins, des Robespierre et des Danton, mais cela ne se pouvait faire sans une grande effusion de sang. J'aime mieux être la victime des méchants que de souiller ma vie par la mort d'un seul Français. »
S'ils sont trop pusillanimes pour verser le sang pour leur compte, les conservateurs aimentle sang versé par les autres ; ils s'approchent de la flaque, y trempent leurs doigts et disent à ceux qui ont tué : « Voulez-vous me permettre de goûter ? »
Au fond quelques-uns de ces gentilshommes semblent avoir été conçus dans des soupentes ; ils ont des âmes de portiers... Vous vous rappelez le
portier après la Commune? J'en vois encore un dans l'avenue des Champs-Elysées....
Les exécutions sommaires avaient cessé mais les arrestations continuaient et des soldats conduisaient entre deux haies de baïonnettes un groupe de fédérés...
Soldats et fédérés se ressemblaient beaucoup ; les soldats étaient harassés, ils avaient des uniformes tout usés, les fédérés étaient encore plus mal en point ; ils avaient Tair de s'emmener réciproquement sans qu'on sût au juste quels étaient les vainqueurs et les vaincus ; ils semblaient se dire : « Allons boire un coup et que cela finisse! »
Derrière eux marchait, en gesticulant, un gros concierge dodu et bien portant, qui montrait le poing aux captifs et qui criait aux soldats : « Tuezles tout de suite! tuez-les donc! Ne les emmenez pas jusqu'à Versailles! »
C'est avec de pareils sentiments que les hommes de l'Assemblée de Versailles gâtèrent la plus belle situation qu'on pût voir. Il semblait que Dieu eût fait vraiment pour le rétablissement de la monarchie ce miracle qu'on avait tant annoncé. Les députés de la Droite arrivaient dans des conditions
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exceptionnellement favorables à leur cause ; ils étaient luisants comme des sous neufs ; étrangers aux fautes de l'Empire, ils avaient la chance que ce fussent les traîtres du 4 Septembre, les Simon, les Pavre, les Picard qui eussent présidé eux-mêmes aux hécatombes sans exemple qui suivirent la Commune, qui fussent les Syllas bourgeois de ces massacres sans pitié. Les hommes de la Droite n'avaient qu'à répudier ce balai sanglant qui venait de faire la besogne, à envoyer les hommes du 4 Septembre à la Nouvelle-Calédonie, à proclamer l'amnistie et à ramener le Roi en lui faisant faire son entrée par Belleville. Dans ces conditions le roi aurait été reçu comme le bon Dieu et il n'est guère supposable qu'on eût trouvé dix Parisiens disposés à se faire tuer pour des avocats qui venaient de leur tirer dessus...
Les conservateurs n'ont pas eu de repos qu'ils n'aient fait leur chose de cette répression impitoyable, qu'ils n'aient tiré la couverture à eux et concentré sur leurs têtes les malédictions des orphelins et des veuves. C'est ce qu'ils sont en train de faire pour Fourmies ; dans quelques années — s'il ne lui arrive pas malheur d'ici là — Constans
dira : « Moi î je ne demandais pas mieux que de laisser ouvrir une enquête sur Fourmies ; ce sont les conservateurs qui n'ont pas voulu et je n'ai pas osé les contrarier. »
Ceci dit, regardons nos amis de la Droite à l'œuvre.
Vous souvenez-vous de la campagne des décrets et des imprécations qu'on vomissait contre le ministre de l'Intérieur, contre le Constans qui, avec son cynisme ordinaire, avait accepté cette répugnante besogne afin de pouvoir tripoter quelque temps dans les fonds secrets?
« Le bagne ! oui, monsieur, vous irez au bagne ! c'est dans le Code. Pénétrer sans mandat dans une maison habitée, cela est puni des travaux forcés. Déshonorer l'armée en l'employant à ces œuvres ignominieuses, faire de nos soldats les complices des bandits qui crochettent des serrures!... Prendre au collet de saints religieux, les maîtres de notre jeunesse et le respectable vieillard qui est resté vingt ans chez les sauvages qui, eux du moins, l'aimaient et le considéraient ! Et cet aumônier de 1870 qui portait sur sa poitrine la croix qu'il
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avait gagnée sur les champs de bataille ! Ahl scélérat! mécréant I excommunié I argousini casseur de porte I vous n'échapperez pas au châtiment. »
Dix ans après le vieux malfaiteur apparaît tout à coup couvert de sang. On vient de tuer sans rime ni raison de malheureuses créatures humaines, des femmes, des enfants î...
L'assassin tend aux hommes de la Droite la main qu'il n'a pas même pris la précaution de laver et il leur dit : « Eh bien I mes enfants, il paraît qu'on a fusillé le petit Pestiaux et le petit Cornaille. Vous n'avez pas envie, n'est-ce pas, de savoir comment cet accident est arrivé ?
— Ma foi non, disent les Baudry d'Asson, les Du Bodan, les Kergariou, les La Ferronnays, les Doudcauvilie, les do Lorgeril, les Montsaulnin et les Rcille.
— Vous allez me donner un blano-seing en refusant l'enquête ?
— Comment donc !
Je ne crois pas qu'il existe dans notre histoire politique, pourtant féconde en étonnantes palinodies, un spectacle plus écœurant que celui de l'homme des décrets, soutenu par tous ces catholiques et
tous ces graads seig-aears, dans une question où il semble que des êtres au coeur généreux auraient donné tort même à leurs amis.
La question telle qu'elle se posait était toute simple. Au point de vue de la loi divine dont se doivent préoccuper avant toute chose des députés chrétiens, elle a été admirablement exposée dans une consultation map^istrale publiée par Tabbé Defourny dans Y Univers (15 mai 1891). Ce prêtre au cœur apostolique s'était, on le sait, voué à la cause du Peuple, et il mourut en s'occupant encore de lui puisqu'il fut frappé d'apoplexie à une séance des Cercles catholiques d'ouvriers.
J*ai lu dans un journal, écrit l'abbé Defouray, que le commandant a fait lui-même les sommations. Je me refuse à y croire. En effet, il n'appartient pas à l'exécuteur de prononcer la sentence, et la loi ne désigne les hommes de la force armée que comme exécuteurs requis par les officiers civils désignés qui prononcent et requièrent. On ne se requiert pas soi-même. Dieu dès le commencement, dit saint Optât, a tracé luimême les voies des formes judiciaires. Il a prononcé que celui qui verserait le sang d'un homme son frère méritait de mourir lui-même. En même temps il ne
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voulut pas 'que Caïn fût exécuté, parce qu'il n*y avait alors qu'un homme, Adam, pour prononcer et exécuter tout ensemble. Ici encore, la loi française est conforme à la loi et à la jurisprudence divines. C'est l'officier civil qui prononce que tel rassemblement est criminel, et qu'il doit se disperser ; c'est la force armée qui exécute, le cas échéant.
Il ne servirait à rien de dire qu'il y avait motif légitime d'ordonner à une troupe de tirer parce que des individus faisant partie de l'attroupement, mécontents d'arrestations irrégulières faites le matin à propos d'un drapeau tricolore, et maintenues par le maire malgré sa promesse, jetaient des briques aux gendarmes, et qu'il eu était tombé sur des soldats. La différence est grande entre des briques ou des pierres et les balles des fusils Lebel qui tuent infailliblement ceux qu'elles atteignent. Les violences et voies de fait, par le jet de briques ou pierres, n'ont tué personne du côté des gendarmes ni de la troupe. Elles étaient illégales et punissables de peines graduées, prévues au code, mais elles ne constituaient pas le cas de légitime défense de la vie ni un motif suffisant et légitime pour commander le feu.
Le cas est encore formellement prévu par nos lois. Qu'on lise le code pénal, où il est traité de la rébellion avec violences et voies de fait, môme avec sang versé (sans la morl) ou seulement les articles 209 et 212. On verra qu'il fallait à Fôurmies, malgré les briques ou les
pierres lancées, « avertir », faire les sommations légales, avant de procéder par l'exécution à mort. Il le fallait» pour être en mesure de faire bénéficier les jeunes filles, les enfants et même les hommes sans armes de Tattroupement qui se seraient dispersés, de Farticle 400 du Code pénal. Cet article 100 dispose, en effet, que ces catégories de personnes seront absolument exemptes de toute peine, eussent- elles fait partie d'une « bande » procédant par violence, et « assemblée pour crime » même contre le chef de l'Etat ou contre la forme du gouvernement. Il fallait donc les avertir et les sommer avant de les exécuter, aûn que, selon la prescription de la loi française, écho ici encore du Non occides de la loi divine, ils pussent être indemnes de toute peine*
irn'y a rien à répondre à cela et il faut remercier le noble prêtre d'avoir sauvé par sa protestation rhonneur des doctrines catholiques dont les députés de la Droite ont fait si bon marché (1).
(1) En Angleterre, dit encore l'abbé Defourny, il y a, en cas d'émeute, l'obligation légale de lire publiquement le Biot-Act aux émeutiers (c'est l'équivalent des sommations prescrites en France) préalablement à l'emploi de la force armée. Le magistrat anglais sait que la force armée ne lui obéirait pas s'il la requérait sans avoir lu le Riot-Act. L'officier qui commanderait le feu (s'il s'en rencontrait) et même lesj soldats qui lui obéiraient seraient traduits devant les tribunaux, condamnés à divers dommages et peines et s'ex-