AVANT-PROPOS
L'argument de ce livre peut tenir en quelques lignes.
Notre frontière politique procédait des traités de 1815 et de 1871 ; elle fut alors tracée à dessein de brider chez nous toute initiative offensive, de nous maintenir en deçà de nos limites, bien plus, livrant à l'ennemi les accès de nos éternelles voies d'invasion, de lui ouvrir des passages.
Le secret de la frontière, c'était l'obligation pour la France de la défensive.
Au temps où le Français n'avait pas perdu l'habitude de réfléchir et quand on connaissait l'Histoire — soit avant la dictature du journal et du roman — cette condition de notre frontière était bien connue des politiques et des stratégistes.
Ceux de l'ancienne monarchie savaient pertinemment que le point le plus perfide était au Nord, dans ces vastes et riches découverts, sans défenses naturelles, et par où Paris pouvait être atteint en quelques marches: ils avaient dressé là, sur la frontière politique et même au delà, une solide frontière militaire qui plusieurs fois sauva la France.
Le traité de Francfort créa un autre danger, à l'Est, plus grave encore, car il mettait positivement l'ennemi en France. Le premier devoir était de fermer à tout prix et sans délai la frontière ainsi ouverte : le général Séré de Rivières établit à l'Est et au Nord un sérieux barrage, qui ne laissait guère à l'ennemi de possibilité de pousser très avant, mais qui se trouvait établi, par la contrainte des faits, en deçà de notre frontière politique.
Le péril paré, et quand toute notre politique était à l'opposite, l'esprit d'offensive s'empara de l'armée et tout notre enseignement militaire fut orienté dans le sens d'une guerre de mouvement, d'une prise immédiate de l'initiative par l'offensive hors des frontières. Une frontière défensive, un gouvernement pacifiste, une armée offensive, tel fut le régime paradoxal et quasi insoupçonné d'avant la guerre : « En France, a écrit le général Maitrot, bien que tout le monde ait traversé l'armée, on l'ignore ».
La défensive fut présentée comme la marque de la faiblesse et ses