SES
Disait la mère : ‘: hélas ! son mal est radical : ‘* De l'épouser, monsieur, vous vous trouveriez mal : ‘* D'ailleurs, elle devient, de jour en jour moins belle : Je suis, à dire vrai, beaucoup plus jeune qu'elle : ‘* Plût à Dieu qu'elle'fut, de tout Point, aussi bien, ‘* Car jamais, Dieu merci, je ne me plains de rien.'” Elle dit tant, fit tant, qu'à la fin, le compère Laissa la fille en Paix, pour épouser la mère, Mais le fait dont je parle est passé de longtemps. Citons, plutôt, des exemples vivants.
Rarement la beauté fut exempte d'envie Les Grâces ont formé tous les traits de Sylvie : J'’admire, en la voyant, son front noble et serein : De roses et de lys se composeson teint :
Elle a le nez, les yeux et la bouche charmante, Le port majestueux et la taille élégante :
Elle rit, elle chante, elle Parle, elle écrit Avec grâce, dit tout, fait tout avec esprit : A la voir, qui pourrait croire qu'on en médise ? Ecoutez, cependant, comment en Parle Elise :
‘* Sylvie est belle, mais on Pourrait l'égaler : ‘Et, sur son compte, je... je n’en veux Pas parler : ‘* Si je vous le disais, vous en seriez surprise.
“— Est-il vrai ? qu'est-ce donc ? que dites-vous, Elise ?
‘* Vous vous trompez, ma chère. — Oh ! non, je ‘* Je Buis sûre du fait ; mais je n’en dirai rien.”’
Voilà souvent à quoi porte la jalousie :
Ce n’est Pas médisance, ici, c’est calomnie.
‘* Mon voisin Philaris s'enrichit,” dit Médor : ‘“ Je ne sais Pas, ma foi, d’où lui vient tout son or Î
le sais bien,
‘* Autant ou Mieux que lüij'entends lu marchandise : "Et c'est toujours chez jui qu'on voit lu chalandise, "I faut qu-il soit fripon, ou bien qu'il soit sorcier ; ‘* Autrefois je l'ai vu Pauvre et petit mercier ;
‘ Le voilà gros bourgeois, Pouvant rouler Carosse ; ‘* Pour le moins aussi fier qu'un enfant de l'Ecosse ;
‘Tandis qu'il faut que moi je me Promène à pié. ‘“* Philaris fait envie et moi je fais Pitié : Les Es J'enrage de bon cœur Voyant l'or qu'il entasse.’” dE l Médor, sais-tu Pourquoi ton voisin te surpasse ? ji C'est que, sans être avare, i] règle sa maison LE] Avec économie, et selon la raison :
Sa richesse Par là Promptèment s'est accrue.
Cet homme qu'on rencontre à chaque coin de rue, Devant vous toujours prét à Vous faire plaisir, A l'ouir, vous diriez qu'il n'a d'autre désir es + Que votre intention, votre dessein prospère, è ‘‘ Oui, vous réussirez, je le crois, je l'espère : } ‘* Et si, Par quelque endroit, je Pouvais vous servir... (E Partez d'auprès de l'homme, ou laissez-le partir : ‘* Il croit venir à bout de sa folle entreprise, Dit-il, ce fut-il jamais Parille balourdise ?
CF 4 ‘* C'est un homme sans fonds, sans appui, sans talents : j ‘En vérité, je crois qu'il a perdu le sens.’ 4À Cet homme qu'il noircit Caurt la même carrière al
Que lui-même, et le laisse assez loin en arrière,
L'ignorant, quelquefois, Porte envie au savant ; La chose a même lieu de Parent à parent.
Cette sorte d'envie est quelque peu rustique ;
Racontons sur ce Point une histoire authentique, : 1 |
Et dont tous les Æmoins sont encore vivants.
Philomathe n'eut point de fortunés parents :
Tout leur bien consistait en une métairie.
Même, les accidents fâcheux, la maladie,
Le sort, l’iniquité d'un père à leur endroit, Les réduisirent-ils encore plus à l'étroit :
Mais quoique Philomathe eut des Parents peu riches,
Jamais, à son égard, il ne les trouva chiches, Et de se plaindre d'eux jamais il n'eut sujet : Rendre leur fils heureux était leur seul objet : Ne pouvant lui laisse) -n fort gros héritage,
Ils voulurent qu'il eut le savoir en Partage ;
Un bon tiers de leur &ain et dé leur revenu Passait pour qu’il fut bien logé, nourri, vêtu. Mais que gagnèrent ils ? la haine de leurs frères ; Tous les Collatéraux et même les grands-pères De ces sages parents deviennent ennemis,
Et laissent retomber leur haine sur leur fils. Eux, pour toute réponse et pour toute vengeance, Lis méprisent les cris de leur rustre ignorance.
L'envieux, quelquefois, porte envie à l’habit, Et de le porter tel Vous fait presque un délit. L'on peut trouver à dire à chose de la sorte, Alors qu'on y met plus que son état n'y porte ; Mais blâmer de l’habit la forme ou la couleur, C'est être, à mon avis, ridicule censeur,
Se mêler un peu trop des affaires des autres.
Ce travers est Pourtant commun parmi les nôtres. J'ai vu (l'on peut tenir le récit pour certain), Un jeune homme, depuis quelques mois citadin,
Craignant d'être hué dans son rustique asile, Laisser, Pour s'y montrer, l'habillement de ville, C'est-à-dire Quitter l'habit Pour le ‘‘ capot ’’.
Le fait suivant est vrai, bien qu-il soit un peu sot : Je le tiens d'un témoin queje sais véridique : Un jour, un Citadin d'origine rustique, Fut prié d'un souper que devait suivre un bal ; C'était, s’il m'en souvient, un repas nuptial. Le convive oublia de changer de costume.
(De ses nouveaux voisins il suivait la coutume : ) On le voit arriver, on ne dit rien d'abord :
Dès le commencement, on est assez d'accord :
Mais lorsque l'euu de vie est montée à Ia tête, C'est alors qu'on se met à jouer à la bête.
De tomber sur notre hôte on cherche l'à-propos, On le trouve, car l'hôte est fertile en bons mots, ‘‘'Tu te moques de nous, je crois, ‘‘ lui dit un rustre, “* Ton habit est fort beau, mais il a trop de lustre : ‘* Nous sommes Complaisants, nous allons l'éponger.’’ Ils prennent l'hôte, et Puis, tout droit le vont plonger, Vêtu comme il était, au bord de la rivière :
Et le roulent, après, dans un tas de poussière. Le malheureux en fut malade quinze jours, Et perdit son habit ; mais il eut son reccurs : Nos rustres, amenés Par devant la justice, É- Payèrent médecin, habit, voyage, épice :
Apprirent, comme on dit, à vivre à leurs dépens.
Mais l'envie est parfois, cause de maux plus grands. Pourquoi nos 8ens heureux sont-ils en petit nombre ? C'est que Plusieurs de nous sont jaloux de leur ombre.
Quelqu'un désire-t.il, Comme on dit, s'arranger, Aussitôt chacun cherche à le décourager :
Chacun le contredit, le tourne en ridicule :
Et même de lui nuire on ne fait point scrupule. Econduits, jalousés, que d'hommes à talents
Ont quitté leur Pays, ou sont morts indigents ! Est-ce ainsi qu'on en use en France, en Angleterre ? L'étranger qui s’en vient habiter notre terre, Voyant chez nous si peu d’accord ou d'amitié, S’indigne contre nous, ou nous prend en pitié. Faut-il que l'envie entre en des cœurs Mmagnanimes ! Ici, Germains, Bretons sont toujours unanimes : Nous ne les voyons point se nuire, s'affliger,
Pour un brinborion prêts à s'entregorger ;
Plaider Pour un brin d'herbe, une Paille, une cosse.
* Voyez, Surtout, voyez les enfants de l'Ecosse, Comme ils s’entraident tous, du manant qu marquis. Voyez les Iroquois et les Abénaquis :
Nous osons les traiter de nations barbares ;
Mais Voyÿons-nous chez eux des jaloux, des avares ?
De la simple nature ils suivent les sentiers ;
Iis sont farouches, fiers, indociles, altiers ;
Mais il faut voir entre eux la conduite qu'ils tiennent : Comme ils sont tous d'accord, et toujours se soutiennent. Ce qu'ils furent jadis, ils le sont aujourd'hui,
Un autre tort c'est d’être envieux pour autrui , Quand on a des Parents, Vouloir qu'on les préfère À quiconque se meut dans une même sphère :
Grincer Presque des dents, et frémir de fureur, &i Quelqu'’autre est cru, dit aussi bon Procureur,
Aussi bon médecin ; si, dans l’art littéraire, Il sait également instruire, amuser, plaire.
Ce travers-là Provient de Partialité,
Et se peut appeler ‘‘ familiarité Le
Si par là l'on entend, non propos de soudrille, Mais amour exclusif des siens, de sa famille.
Toutefois, il faut être équitable et discret, Et ne confondre point l'envie et le regret :
On peut, quand on est vieux, regre
tter la jeunesse ;
Quand on est Pauvre, on peut désir
‘er la richesse :
On peut, Quand on écrit d'un style trivial, Sans crime, Souhaite
r d'écrire un peu moins mal. Il est même permis à qui raisonne et Parle
Aussi vulgairement que Baroch ou que Carle,
De vouloir étre un pe
u moins sot et moins pesant.
Malheur à qui peut-être à tout indifférent.
Voit-on l'homme d'esprit réduit à ja besace ; dr L'imbécile OCCuper une honorable place ;
Ramper l’homme de bien, et le lâche régner :
On peut, alors, on Peut, à bon droit s’indigner. Mais être malheureux Par le bonheur d'un autre, Croire du bien d'autrui, qu'il amoindrit le nôtre : C'est là ce que j'appelle être envieux, jaloux ; C’est à cet homme-là que
je porte mes coops
ss.
ee Recommencez-vous donc ? Ah! bon Dieu!
trève, trèvel”’ Oui, par pitié pour toi, jaloux EP .
...r, j’achève.