‹ Le Secret de mon oncle, vaudeville en un acteChapitre 4 sur 32 · SCENE II · texte numérisé non relu

SCENE II

Les Mêmes, DESJOBERT.

DESJOBERT, entrant a reruions par la gauche, et partant à la rantonnuile. l'renez garde, cette console n'est pas d’aplomb , drapez un peu plus ces rideaux... là... c’est bien, (tenant en scène.) Bonjour, bellemaman... désolé de vous avoir fait attendre, docteur.

bardolin. La sauté est toujours excellente ?

DESJOBERT. Oli ! pour ce qui est de la santé... pardon... (Il retourne vers lu porte de gauche.) La toilette à gauche... et la corbeille de fleurs dans l’angle de la fenêtre.

bardolin. 11 parait que vous meublez un nouvel appartement?

desjobert. C’est le boudoir de ma femme, que je fais décorer à neuf, une sur- , prise que je lui ménage... pardon... ( Retournant encore à la porte.) Le canapé à droite , en face de la psyché , et les vases sur la console... allez doucement, «dépêchez- vous.

LE SECliKT DE MON ONCLE.

il” DE BRÉTONVILLE. Quand il s’occupe de sa femme, la télé n’y est plus.

df.sjObert. Je suis à vous, docteur.

bardolin. Je viens d'apprendre que vous vous proposiez d'aller chercher votre aimable dame.

desjobert. Oui, docteur... et il est bien temps... le veuvage me pèse... ma femme est si vive, si gaie, si au. usante; je ne sais comment j’ai pu vivre deux grands mois sans la voir.

E“° de BnÉTONVitr.E. Qui vous empêchait de la suivre, de l’accompagner?

des J ont rt. Je ne demandais pas mieux ; c’est elle qui s’v est opposée dans mon intérêt: elle a pensé que les eaux me seraient contraires. . . elle est si bonne !

bardolin. C’est un ange.

DESJOBERT. Et puis, j’ai profité de son absence pour faire reconstruire l'aile gauche du eiiâteau... c’est encore elle qui a eu cette idée-là... elle la trouvait trop sombre, trop gothique, et moi qui aime à bâtir. . .

bardolin. Il n’y a pas de mal... une petite séparation a pour effet de rallumer la tendresse conjugale.

desjobert. La mienne n'avait pas besoin de ça, et quand nous serons réunis, il ne manquera presque rien à mon bonheur; je dis presque, parce qu’au fait il ne sera pas complet... et quand je pense à mon pauvre diable de neveu...

»"*• de brétonville. Toujours votre neveu...

desjobert. Si du moins il savait que je suis marié...

bardolin. Comment ! il n'en est pas instruit!

desjobert. Non, pas encore ; il habite Paris, nous sommes à cent lieues l’un de l'autre, et j’ai eu soin, comme vous savez, d'arranger mon mariage avec le plus de mystère possible.

H"' r de brétonville. En vérité , mon gendre, votre faiblesse est révoltante; c'est la première fols qu’on voit un oncle avoir peur d’être grondé- par son neveu.

DESJOBERT. C’est qu’en effet je crains ses reproches ; il a le droit de m’en faire , car je m'en fais à moi-même, et ma position est plus délicate que vous ne pensez.

Ernest est l’enfant de ma sœur... nue femme excellente, mais qui ne possédait rien. Je crois la voir encore... elle allait mourir... et sa main dans la mienne, elle me recommanda son fils; je lui jurai de l'adopter, de lui servir de père, et enfin de lui laisser toute ma fortune. Vingt lois, j’ai renouvelé nies sermons, soit dans mes

lettres à Ernest, soit à lui-même, quand il est venu me voir, et certes, j’avais la ferme intention de ne pas y manquer, il faut que le diable s’en soit mêlé.

M“* de brétonville. Mon gendre !

desjobert. Non, pardon... ce n’est pas le diable... mais comment voulez-vous que je dise à mon neveu ?..

Air : Epoux imprudent , etc.

Moi, qui toujours ai tenu ma promesse,

Danton vantait l’auitérc probité...

Il faut be'las !.. qu’à toi je le confesse.

Je suis un fouibc, un parjure effronté...

Jct’ai trahi... je t’ai déshérité!..

Tu crois encor qu'indifférent et sage.

Je suis resté garçon !.. ah ! j'en rougia !.. Détrompe-toi... depuis long-temps je suis...

— Jamais je n'aurai ce courage !..

M”* DE brétonville. Il faudra cepen- * danl bien finir parlé.

desjobert. Oui, plus tard... nous verrons... mais pour l’instant, ça me serait difficile, je ne sais ce qu’il est devenu ?

M”' de brétonville. Votre neveu?

desjobert. Ca me donne même des inquiétudes. Il faut vous dire que j'ai reçu , il y a six semaines, une lettre de lui ; il m’écrivait qu’il partait de Taris pour passer quelque temps avec moi ; vous concevez ma frayeur , j'en ai en la fièvre pendant quinze jours... mais il n’est pas venu, et depuis ce moment-là, je n’en ai pas entendu parler.

M”' DE brétonville. C’est une excellente occasion de lui écrire et de lui glisser deux mots sur votre mariage.

desjobert. Vous croyez ?.. c’est dans le cas de l’affliger beaucoup

M“' DF. brétonville. Voyez le grand malheur ! Vous aimez trop votre neveu , mon gendre, et cette tendresse ne s’accorde plus avec votre nouvelle position... vous ne lui refusez rien... ses dépenses sont exorbitantes...

desjobert. Parbleu! si je ne lui envoyais pas d’argent il viendrait m’en demander lui-même.

M“'DE brétonville. N’importe; ilfau en finir avec lui... une lettre à la poste, et vous n’y penserez plus.

bardolin. Je suis de l’avis de madame, votre tranquillité l’exige.

desjobert Vous le voulez tous?

M"” de brétonville. Si vous tardez encore, je lui écrirai moi-même.

desjobert. Ne vous fâchez pas, bellemaman, je vais m’y meure.

H”' DE brétonville. Tout de suite.

DESJOBERT. A l’instant. ..

»t”' de brétonville. A la bonne heu' rc. .. pendant ce temps-là.... j’irai chez

MAUASlîi THÈATllAf..

(VJ, Vermont... il iloit venir demain avec nous chercher sa femme. Nous fixerons ensemble l'heure ilu départ.

Dtnnoi.lN. Si madame veut accepter mon bras?..

M^'DEBnicTOMViLi E. Volontiers. .. monsieur Desjobert... n’allez pas oublier...

DESJOBF.RT. Vous savez bien que quand je promets quelque chose...

(Au docteur.)

Arm : Venez, qu'en mes bras Je vous presse.

(de *ir Hugues Guilfort.)

Docteur, que partout on réclame,

Je vous attenn*, «L's que inm femme En ces lieux sera de retour;

Il faut que chacun ait son tour.

*•*' DS SnBIOKVlLLB.

Quand la santé nous abandonne ,

C’est vous seul qui nous soignes tous

DtftJOBERT.

Oui, vous sa ver qu’ici personne NVsl jamais malade sans vous...

ENSEMBLE

Docteur, etc.

M mr DE BRETON VILLE.

Quoique partout on vous réclamé,

Daignez venir d«-s que sa femme,

En ccs lieux sera de retour ;

Il faut que chacun ait son tour.

budolis.

Quoique partout on nie réclame,

Je reviendrai dès que madame En ces lieux sera «le retour;

Il foulque chacun ait son tour.

(A/** de Bretonvill • et /{ardu/in sortent par le fond.)

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