‹ Le secret de Wilhelm StoritzChapitre 27 sur 29 · Ï-VL · texte numérisé non relu

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Repoussé avec une extrême violence... (Page 180.)

« Je suis de votre avis, dis-je, et ne ferai que cette seule objection : Myra est-elle à même de supporter les fatigues d'un voyage? % ■

— La santé 4e ma fille n'est. point altérée, me répondit le docteur. Elle ne souffre pas. Sa raison seule a été atteinte. -

— Elle la retrouvera avec le temps, affirmai-je énergiquement, et surtout clans un autre pays, où elle n'aura plus rien à craindre.

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— . Hélas ! -s'écria le docteur, le danger sera-t-il évité pai T notre départ? Wilhelm Storitz ne nous suivra-t-il pas ? - — ■ Non, si nous gardons le secret sur ia date du départ et sur . le but du voyage.

— Le secret!.. » murmura tristement le docteur Roderich. Comme mon frère, il se demandait si un secret pouvait être

gardé vis-à-vis de Wilhelm Storitz, si, en ce moment, celui-ci n'était pas dans ce cabinet, entendant ■ ce que nous disions et p réparant quelque nouvelle machination.

Bref, le départ fut décidé. M ,nc Roderich n'y lit pas d'objection. Il lui tardait que Myra eût été transportée dans un autre milieu.

Marc l'approuva de son côté. Je ne lui parlai pas de notre aventure de File Svendor. Cela me parut inutile. Par contre, je la racontai au capitaine Haral an . Lui non plus ne fit aucune objection à notre projet de voyage. II se contenta de me demander :

« Vous accompagnerez sans doute votre frère?

— Puis-je faire autrement,. et ma présence n'est-elle pas indispensable près de lui, comme la vôtre près de...

— Je ne partirai pas, répondit-il du ton d'un homme dont la résolution est absolument irrévocable.

— Vous ne partirez pas?..

— Non, je veux, je dois rester à Ragz, puisqu'il est à Ragz, et j'ai le pressentiment que je fais bien d'y rester.

Il n'y avait pas à discuter, et je ne discutai pas.

— Soit, capitaine.

— Je compte sur vous, mon cher Vidal, pour me remplacer auprès de ma famille, qui est déjà la vôtre.

• — Comptez sur moi, » répondis-je.

Je m'occupai aussitôt des préparatifs du départ. Dans la journée, je me procurai deux berlines de voyage très confortables. Puis j'allai voir M. Stepark que j'instruisis de nos projets.

« Vous faites bien, médit-il, et il est regrettable que toute la ville ne puisse en faire autant !»

Le chef de police était visiblement préoccupé. Je trouvai que ce n'était pas sans motif, après ce que nous avions entendu la veille.

Je fus de retour à l'hôtel JRoderich vers sept heures, et je m'assurai que tout était prêt.

A huit heures, arrivèrent les berlines. Dans Tune prendraient place M. et M mc Roclerich avec leur fille. Marc et moi, nous monterions dans la seconde, qui sortirait de la ville par un chemin différent, afin de ne point éveiller l'attention.

C'est alors que se produisit le plus imprévu, hélas ! le plus terrible des. coups de théâtre.

Les voitures nous attendaient, La première stationnait devant la porte principale, l'autre devant la petite porte, au bout du jardin. Le docteur et mon frère montèrent auprès de Myra pour la transporter dans l'une des berlines.

Frappés d'épouvante, ils s'arrêtèrent sur le seuil. Le lit était vide. Myra avait disparu !

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Myra disparue !..

Lorsque ce cri retentit clans l'hôtel, il sembla qu'on n'en comprit pas d'abord la signification. Disparue?.. Cela n'avait pas de sens. C'était invraisemblable.

Une demi-heure plus tôt, M IU0 Roderich et Marc étaient encore' dans la chambre où Myra reposait sur son lit, déjà revêtue de son costume de voyage, calme, la respiration régulière à faire . croire qu'elle dormait. Un peu auparavant, elle avait pris quelque nourriture de la main de Marc, qui était ensuite descendu pour le dîner. Le repas achevé, le docteur et mon frère étaient remontés afin de la transporter dans la berline.

C'est alors que.se produit le coup de théâtre. Ils ne la voient plus sur son lit. La chambre est vide !

ce Myra! » s'écrie Marc, en se précipitant vers la fenêtre, dont il saisit la poignée. Mais la fenêtre résiste. Elle est close. L'enlèvement, si enlèvement il y a, n'a pas été fait par cette voie.

M mc Roderich accourt, puis le capitaine Haralan, et des appels sont jetés à travers l'hôtel :

cf Myra ! . . Myra !.. »

Qu'elle ne réponde pas, cela se comprend, et ce n'est pas une réponse qu'on attend d'elle. Mais qu'elle ne soit, plus dans sa chambre, comment l'expliquer? Est-il possible qu'elle ait quitté son lit, traversé la chambre de sa mère, descendu l'escalier, sans avoir été aperçue ?

Je m'occupais à disposer les menus bagages dans la berline, lorsque j'entendis tout à coup des cris. Je remontai au premier étage.

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Le docteur et mon frère, qui répétait d'une voix brisée le non! de sa femme, allaient et venaient comme des fous.

— Myra?.. demandai-je, que veux-tu dire, Marc? Le docteur eut à peine la force de me répondre :

— Ma fille... disparue !

Il fallut déposer sur son lit M mc Roderich qui avait perdu connaissance. Le capitaine Haralan, la ligure convulsée, les yeux hagards, vint à moi, et me dit :

— Lui... lui toujours !

Cependant j'essayais de réfléchir. L'opinion du capitaine Haralan était difficilement soutenable. Il n'était 'pas admissible que Wilhelm Storitz eût réussi à s'introduire dans l'hôtel, malgré les précautions prises. Évidemment, il était a la rigueur concevable qu'il eût profité du désordre inévitable que causeun départ. Mais il aurait fallu pour cela qu'il se tînt à l'affût en guettant le moment propice, et qu'il opérât avec une rapidité prodigieuse. D'ailleurs, même en acceptant toutes ces hypothèses, un enlèvement demeurait inexplicable. Je n'avais pas, en effet, quitté la porte de la galerie devant laquelle stationnait la berline. Comment Myra aurait-elle pu franchir cette porte pour gagner celle du jardin sans être vue de moi? Wilhelm Storitz invisible, soit ! Mais .elle ?..

Je redescendis dans la galerie et j'appelai le domestique. La porte du jardin donnant sur le boulevard Têkéli fut fermée à double tour, et j'en retirai la clef. Puis la maison tout entière, les combles, les caves, les annexes, la tour jusqu'à la terrasse, je la parcouiTLS en ne laissant pas un coin inexploré. Après la maison, ce fut le jardin...

Je ne tr'ouvai personne.

Je revins près de Marc. Mon pauvre frère pleurait à chaudes larmes, il éclatait en sanglots.

Prévenir le "Chef de la Police était la première chose à faire, à mon avis.

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— Je cours à la Maison clé Ville. Venez avec moi, » dis-jeau capitaine Haral an.

La berline attendait toujours. Nous y prîmes place. Dès que la grande porte nous eut livré passage, la voiture partit au galop de son attelage et en quelques minutes arriva sur la place Kurszt.

M. Stepark était encore dans son cabinet. Je le mis au courant. Cet homme habitué à ne s'étonner de rien ne put dissimuler sa stupéfaction.

« M llG Roderich disparue!., s'écria-t-il.

— Gui, répondis-je. Cela paraît impossible, et cela est I En fuite ou enlevée, elle n'est plus là !

— Il y a, du Storitz là-dessous, murmura M. Stepàrk. L'opinion du chef de police était la même que celle d'Iiaralan.

Après un instant de silence, il ajouta.

— C'est sans doute le coup de maître dont il parlait à son âme damnée..

M. Stepark avait raison. Oui, Wilhelm Storitz nous avait prévenus, en quelque sorbe, du mal qu'il se proposait de nous faire. Et nous, insensés, nous n'avions pris aucune mesure pour nous défendre.

— Messieurs, dit M. Stepark, voulez-vous m'accompagner à l'hôtel?

— A l'instant, répondis-je.

■ — Je suis à vous, Messieurs... Le temps de donner quelques ordres. »

M. Stepark fit appeler un brigadier et lui commanda de diriger sur l'hôtel Roderich une escouade de police, qui devrait y demeurer en surveillance toute la nuit. Il eut ensuite avec le sous-directeur de la police un long conciliabule à voix basse, puis la berline nous ramena tous trois chez le docteur.

L'hôtel fut en vain visité une seconde fois. Mais une observation fut faite par M. Stepark, dès soii entrée clans la chambre de Myra.

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« Monsieur Vidal, me dit-il, ne sentez-votis pas une odeur particulière, et qui a déjà affecté notre odorat quelque part?

En effet,, il restait dans Pair comme une vague senteur. Le souvenir me revint. Je m'écriai :

— L'odeur de cette liqueur contenue dans la fiole qui s'est brisée, monsieur Stepark, au moment où vous alliez la prendre -.V.-4I

dans le laboratoire de Storitz?

-• — C'est cela, monsieur Vidal, et ce fait autorise bien des hypothèses. Si cette liqueur est, comme je le suppose,' celle qui produit l'invisibilité, peut-être Wilhelm Storitz en a-t-il fait absorber à M" e Roclerich et Pa-t-il emportée aussi invisible que lui-même. ».

Nous étions attérés. Oui, les choses avaient dû se passer ainsi. Il me paraissait certain, maintenant, que Wilhelm Storitz était dans son laboratoire pendant la perquisition et qu'il avait brisé cette fiole, dont la liqueur s'était si vite évaporée, plutôt que de la laisser tomber entre nos mains. Oui ! C'était bien cette odeur si caractéristique dont nous retrouvions ici là trace. Oui I Wilhelm Storitz, à la faveur des allées et venues nécessitées par le départ, était entré dans cette chambre, et il avait enlevé Myra Roderich.

Quelle nuit, moi près de mon frère, le docteur près de M mc Roderich ! Avec quelle impatience nous attendions le jour !

Le jour?.; Et à quoi nous servirait qu'il fit jour?.. La lumière existait-elle pour Wilhelm Storitz? Ne savait-il pas s'entourer d'une nuit impénétrable ?

M. Stepark ne nous quitta qu'à l'aube pour se rendre àlaRési^ dence. Avant de partir, il me prit à part et me tint ce discours inexplicable, inexplicable surtout en de telles circonstances :

«■ Un seul mot, monsieur Vidal, me dit-il. Ne perdez pas, courage, car, ou je me trompe fort, ou vous touchez à la fin de vos peines. » - ■',";.■

Je ne répondis pas à ces paroles encourageantes qui me

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LE SECRET DE WILIIELM STORITZ.

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parurent dénuées de sens, et je me contentai de regarder le Chef de Police d'un air stupide. Avais-je entendu seulement? J'étais complètement désemparé, à bout de force et d'énergie, et il n'y avait rien à tirer de moi en ce moment.

Vers huit heures, le Gouverneur vint assurer au docteur que tout serait fait clans le but de retrouver sa fille. M. Roderich et moi eûmes un sourire d'amère incrédulité. Que pouvait le Gouverneur, en vérité ?

Cependant, dès les premières heures de la matinée, la nouvelle de l'enlèvement avait couru les divers quartiers de Ragz," et, l'effet qu'elle produisit, je renonce à le dépeindre.

Avant neuf heures, le lieutenant Armgard se présenta à l'hôtel et se mit à la disposition de son camarade.. Pourquoi faire, grand Dieu!

Il est à croire que le capitaine Iiaralan n'estima pas comme moi inutile cette offre amicale, car il remercia brièvement son camarade. Puis, se coiffant de sonkolbach, bouclant le ceinturon de son sabre, il ajouta cet unique mot :

« Viens. »

Pendant que les deux officiers se dirigeaient vers la porte, je fus pris d'un irrésistible désir de les suivre. Je proposai à Marc de nous accompagner. Me comprit-il? Je ne sais. En tous cas, il ne me lit aucune réponse.

Quand je sortis, les deux officiers étaient déjà sur le quai. Les rares passants regardaient l'hôtel avec un effroi mêlé d'horreur. N'était-ce pas de là que s'échappait cette tempête d'épouvante qui bouleversait la ville?

Lorsque je rejoignis le lieutenant Armgard et le capitaine Haralan, ce dernier me regarda, mais on ne m'aurait pas étonné en m'afhrmant qu'il ne s'était pas aperçu de ma présence.

« Vous venez avec nous, monsieur Vidal ? me demanda le lieutenant Armgard.

— Oui. Vous allez?.. " . : -

Le lieutenant répondit par un geste d'ignorance. Où on allait ?.. Au hasard, sans doute. Et le hasard n'était-il pas, en effet, le plus sûr guide que nous puissions suivre ?

Au hout de quelques pas, le capitaine Haralan, s'arrêtant brusquement, demanda d'une voix brève :

. — Quelle heure est-il ?

— Neuf heures et quart, répondit son ami après avoir consulté sa montré.

. Nous nous remîmes en route.

Nous marchions d'un pas incertain, sans échanger une parole. Après avoir traversé la place Magyare et remonté la rue du Prince Miloch, nous fîmes le tour de la place Saint-Michel sous ses arcades. Parfois, le capitaine Haralan s'arrêtait comme si ses pieds eussent été cloués au sol, et de nouveau il demandait l'heure. « Neuf heures vingt- cinq, neuf heures, et demie, dix heures moins vingt », répondit successivement son camarade. Sitôt le renseignement obtenu, le capitaine reprenait sa marche indécise.

Tournant à gauche, nous passâmes derrière le chevet de la cathédrale. Après une courte hésitation, le capitaine Haralan s'engagea clans la rue Bihar.

Il était comme mort, ce quartier aristocratique de Ragz; à peine quelques passants hâtifs, la plupart des hôtels fenêtres closes, ainsi qu'en un jour de deuil public.

A l'extrémité de la rue, le boulevard Tékéli nous apparut clans toute son étendue. Il était désert ou plutôt déserté. On le fuyait depuis l'incendie de la maison Storitz.

Quelle direction allait choisir le capitaine Haralan, vers le haut de la ville, du côté du château, ou vers le quai Batthyani, du côté clu Danube ?

Une fois de plus, il s'était arrêté, comme incertain du parti qu'il devait prendre. La question habituelle tomba de ses lèvres : — Quelle heure est-il, Armgard?

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