‹ Le secret de William Stanley, VIe Comte de DerbyChapitre 16 sur 23 · LEE · texte numérisé non relu

LEE

planche généalogique. La préface-dédicace, adressée a comte d’Essex et signée Doleman est datée d'Amsterdam le 31 décembre 1593. En réalité, cette « Conference» célèbre était l’œuvre du jésuite Robeït Parsons, avec: collaboration du cardinal Allen et de Francis Engléf Elle parut dans les premiers mois de 1594: l’impré fut terminée avant la mort du V° comte de Derby, s venue en avril 1594. Le Parlement d'Angleterre mont aussitôt, à l'égard de ce livre, une animosité extra dinaïire ; il le proscrivit de toutes les manières, ordonna que le seul fait d’en détenir un exemplaire chez soi devai suffire pour entraîner l'accusation de haute trahison (1): Notons, par contre, qu’un groupe important de catho: liques le reçut avec consternation, et même, semble-t avec indignation. Gifford, plus tard archevêque de RENE dénonça le livre avec violence.

Il est curieux de remarquer combien ce volume, = peut-être en raison de sa rareté, — a été insuffisammen étudié jusqu’à présent. Ainsi qu on va le constater, so

fut grand dommage pour l’étude des vastes iniNBles qu la succession d’Elisabeth suscita à travers l’Europe, dt 1590 jusqu’à sa mort. La première partie de l'exposé d Parsons-Allen avait pour objet de présenter la th historique et légale du droit de la nation anglaise de” changer la ligne directe de succession pour de justes causes, spécialement dans l'intérêt de la religion; la. seconde partie, qui contenait la démonstration généalo=" gique, pesait les droits des différents prétendants et for-… mulait finalement la conclusion de l’auteur. L'’argument … fondamental de Parsons consiste en ceci que les rois” lancastriens, descendants de Jean de Gand, étaient les souverains légitimes de l’Angleterre. Pour prouver cette thèse, il insiste sur cette doctrine, si dangereuse pour les

(1) Un libraire fut pendu de ce chef.

econsidérable, a été faussée presque entièrement S Ies-plus notoires résumés qui en ont été présentés, tamment dans celui du Dictionary of National Biogray (W Parsons). On nous y affirme, en effet, que le fte-parole des catholiques anglais se prononçait nettet, en terminant, pour le choix de l’Infante d’Espagne, endante de Jean de Gand, comme étant l’héritière toute désignée et la-plus souhaitable du trône d’Elisabeth. Or, si l’on regarde de près la partie finale du livre, en m ême temps que nombre d’autres passages, on en dégage ans peine cette conclusion que l’auteur, après diverses njectures, envisage seulement deux solutions comme SSibles. La première comporte le choix du succeseur d'Elisabeth en dehors de l’Angleterre. L'’infante d'Espagne s’imposerait dans ce cas. Mais Parsons, sans écarter, voit très nettement les inconvénients et les ‘ de cette éventualité. Reste une seconde alterna- “tive: le choix du prétendant fait en Angleterre même, Le une famille de souche royale. Dans ce cas, on ne peut hésiter qu'entre le second fils du comte de Hertford, dont l’auteur expose les titres, et les fils de la comtesse de Derby, Ferdinando et William. Visiblement, Parsons et ses amis inclinent vers ces deux derniers candidats, rappelant leurs titres spéciaux et les grands avantages que - présenterait la désignation d’un membre de cette illustre … famille, mêlée à tous les grands événements de l’histoire anglaise. Son ouvrage se termine sur les pages qui leur . sont consacrées. En voici la conclusion :

Je dois nommer ici les enfants d: la comtesse de Derby, d’abord “parce que, en vérité, les chances (probabilities) de cette famille sont très grandes, ensuite par égard pour leur lignée, qui, en effet, est estimée comme absolument pure de toute bâtardise, ainsi qu’on l’a montré précédemment, et qui l'emporte sur toutes par la proximité

du sang, puisque la comtesse actuellement vivante est plus proche “d’un degré du roi Henri VII que tout autre prétendant qui soit.

maison de tous leurs vœux et désirer que l’un de ces enfants préféré à leur mère, et cela parce qu’elle est une femme, et qu leur semble-t-il, c’est beaucoup d’avoir trois règnes de femmes successifs, comme on l’a remarqué précédemment; il vaudrait mie pour cela, que ses droits fussent reportés sur l’un de ses enfants (exempiès nombreux de cas analogues empruntés à l’histoire d’Angleterre; l’un de ces cas est précisément celui de Marguerite, co tesse de Richmond, aïeule des Derby, qui s’est vu préférer son fils, lequel devint le roi Henri VII. La même situation ne ferait doncque se reproduire à l’égard de la comtesse de Derby.) Enfin, je crois 1 devoir nommer les enfants de cette comtesse en général, et nonle comte de Derby personnellement, de préférence à son frère, bien que ledit comte soit l’aîné, et cela pour deux raisons, d’abord parce q e son jeune frère [William] n’est pas marié, ce qui constitue une © constance favorable dont nous avons déjà eu l’occasion de parler pl sieurs fois, et secondement, parce qu’un certain nombre de gens ne se montrent pas satisfaits de la conduite de ce Lord jusqu'à présent, # et jai lieu de penser que ces mêmes personnes s’accommoderaient beaucoup mieux de son frère cadet [William], s’il peut être considé comme plus apte à régner. Assurément, ce sont là des choses incer taines, mais la nature et l'expérience de l’homme n’interdisent nulle ment d'espérer toujours de grandes choses des jeunes gens, spéciale” ment des princes: Dieu permet que tous les justes désirs se réalise Sur ce, je termine mon livre, m’arrêtant [à, avec l'espoir d’av accompli les promesses que j’ai faites en commençant (1).

Ainsi donc, le manifeste du parti catholique de 1593-1594 le volume fameux, dont l’apparition parut si redoutable à Elisabeth et à son gouvernement, clôt les 509 pages de

(1) À Conference, édit. de 1594, t. II, pp. 266 et suiv. — Cf. égale ment: The Right of Succession to the Kingdom of England, in Twon Books; against the Sophisms of Parsons the Jesuite, who assumedthe Counterfeit Name of Doleman; By which he endeavours to over throw not only the Rights of Succession in Kingdoms, but also the, Sacred Authority of Kings themselves. Written... by... Sir Thomas, Craig of Riccartoun, etc. Londres, 1703, in-fol. de 431 pages, plus l table. — Allen’s Defence of Sir William Stanley, Ed. Heywood Chetham Soc. — Letters and Memorials of Cardinal Allen, Gillows Bibl. — Alfred Bailey, The Succession to the English Crown, 1879, etc.

ent favorable à la famille des Derby, et, en deralyse, au fils cadet du IV° comte : à notre William Ce fait, resté jusqu’à présent inconnu des histost, à coup sûr, d’une importance capitale: il îne, par ailleurs, de grandes conséquences.

ressort de ce texte que William Stanley est, du vivant ême de son frère, vers la fin de 1593 et au commence-

ppa aît comme le véritable chef et l’inspirateur. On s’exe maintenant sans DEEE les propos rapportés par la

- jour la couronne d’ Angleterre. Dans la pensée de ceux qui désignaient, comme aussi peut-être dans sa pensée ime, un tel résultat ne pouvait être obtenu que par la “déposition de la reine Elisabeth et qui sait? — tant de 4 complots ourdis par ce même parti sont là pour le prouver au moyen de sa disparition définitive de la scène du ronde.

Combien maintenant toutes choses s’éclairent! Quand, juin 1599, les agents du même parti chercheront à convenir William, devenu VI° comte de Derby, ils ne ont que reprendre le fil d’une négociation déjà nne (1). Il est clair que le VI° comte eut à déployer, travers les dangers de toutes sortes auxquels donnaient u les espérances catholiques, qu’elles fussent où non éttement favorisées par lui, une prudence et même une fiance exceptionnelles. Rien de surprenant que George Fenner, l'un de ces agents, ait pu écrire alors à ses com- . mettants que le comte, tout occupé à écrire des comédies …pour les acteurs publics, se montrait peu porté à favoriser “les menées du parti catholique. En mandant cette nouelle à Venise et à Anvers, Fenner ne se doutait guère

(1) Sous le Masque, t. I, p. 80.

que la production théâtrale qui l’inquiétait si fort la réussite de ses projets, s’appliquait justement, depu le début et pour la plus grande part, à l’ensemble d problèmes politiques dont la légitimité incertaine, déchéance ou la disparition éventuelle d’Elisabeth fo maient le nœud véritable. L'histoire n’était, en somm: pour le grand seigneur, poète et auteur dramatiqu qu’un moyen de traiter sans trop de péril les graves questions qui s’agitaient autour de lui et dans lesquelles: il était, si j'ose dire, partie prenante. Aspirant au trô d'Angleterre, dans le secret de son cœur, il se trouvai directement intéressé à la solution de toutes ces contro=… verses politiques, les plus passionnantes qui fussent alors

VIII. Les drames historiques reflètent les sentiments d Derby, prétendant à la couronne. Ilsrecèlent le secre

de sa vie.

Les trois Henri VI, RichardIll, le Roi Jean, Richard IL, les deux Henri IV, Henri V, Henri VIII, et pareillement, quoique en dehors de l'ambiance anglaise, Jules César, Hamlet, Mesure pour Mesure, Coriolan, Cymbeline, La Tempête, etc.; tous ces drames traduisent, avec les”. “4 nuances et les transpositions qu’implique l’évolution. M d’une âme passionnée durant vingt ans, les désirs, les ES: rêves, les espérances, les incertitudes, les luttes, les anxiétés, aussi bien que les méditations ardentés et IES. résolutions parfois douloureuses de William Stanley. Sous le voile tutélaire de l’histoire, transparaissent à. chaque moment, les préoccupations intimes du comte de Derby, prétendant à la couronne. Tout ce magnifique théâtre politique, encore si mal compris, puisqu'on n’a voulu y découvrir aucun lien avec la vie du poète ni avec

4 ÿ De

… la-réalité contemporaine, reflète au contraire, à un degré … extraordinaire, les passions et les aspirations cachées de son auteur. Là est l'explication certaine de son admim…rable unité; là est aussi le secret véritable du VI° comte de Derby. Désormais, la production shakespearienne ne … fait plus exception: elle rejoint les autres œuvres supérieures de l'humanité pensante, qui, dans tous les temps et dans tous les pays, offrent, si profondément marquée, …. l'empreinte de la vie et de l’ambiance, celle aussi des — sentiments et des idées propres aux génies qui les ont … conçues et créées.

Pendant qu'il confiait à une série de chefs-d’œuvre

- inspiraient et la situation présente du royaume et l’avenir royal qu'il entrevoyait, William Stanley attirait du même coup l’attention de ses contemporains sur les problèmes politiques auxquels était liée sa grandeur future. On ne doit pas oublier que, suivant la démonstration probante, présentée jadis par un clairvoyant historien (1), le théâtre élisabéthain remplissait, dans une certaine mesure, le rôle dévolu à la presse, à notre époque.

- Nous traiterons plus loin de cette importante question. Pour le moment, il suffira de constater que la tendance ainsi révélée à travers une partie de ce théâtre, convenait d’une manière frappante aux visées du VI° comte, prétendant éventuel à la couronne. Il l’adapta donc avec une habileté remarquable à ses buts secrets. Il fit, comme on le verra bientôt, de plusieurs de ses pièces, des œuvres destinées à la propagande, en évitant qu'aucun indice püût jamais trahir leur origine. La moindre indiscrétion sur l'identité véritable de l’auteur eût amené l’incarcération

: immédiate de William à la Tour, — sa mère, ses oncles,

— le comte de Hertford et tant d’autres y furent envoyés,

pour des soupçons du même ordre — et peut-être un

(1) M. Richard Simpson, dont nous reparlerons bientôt.

la suite des pensées continues et silencieuses que lui.

rack

INSIRE

nom d’auteur. Observation fort importante qui ne Le pas avoir retenu l'attention des érudits: aucun témoignage formel ne nous est parvenu qui puisse S’applique à William Shakespeare, écrivain dramatique, avan

sure qui connaissait de Tes réveils, William st décida à mettre un nom sur le titre de certains de se: drames, il choisit celui d’un ancien acteur de son frère, réputé comme Jean Factotum par excellence (2) et avec. lequel, féru de théâtre comme il l'était, il se trouvai déjà en relation depuis quelque dix ans, puisque troupe des Ferdinando avait joué ses pièces. William Shakespeare, qui portait le même prénom et avait. mêmes initiales que lui, avait sans doute servi antérieure ment d’intermédiaire entre un confident de William Stanley et les comédiens qui devaient ignorer l’origin

(1) La terrible sortie de Greene contre le plagiaire, contre le co beau paré des plumes des autres, etc,, ne saurait être produite comm une preuve en faveur de Shakespeare authentique écrivain dramatique Le texte de Weever donné par Ingleby-Smith comme étant de 159 est de 1599.

(2) C’est le titre même: An absolute Johannes factotum, sou lequel l’acteur William Shakespeare entre pour la première fois dan l'histoire, au cours de la célèbre attaque dirigée contre lui par Robert, Greene, auteur dramatique, en 1592. ; ;

es pièces. C’est surtout ce rôle de factotum qui se nanifeste à travers tous les faits connus de son existence:

er à ‘ce Re Personne n’a encore expliqué our quels motifs les œuvres dramatiques de Shakespeare ont été publiées sous le voile de l'anonymat jus-

u’en 1598. Or, si un nom commence à apparaître sur x titres dans le courant de cette même année — fin

oque à uuélle William se trouva en butte à ‘e: noulles sollicitations politiques, . qui tendaient à l’engager di ns une lutte dont l'enjeu devait être la déposition d’Elisabeth.

Constatation essentielle, les trois pièces sur lesquelles pparaît pour la première fois le nom de l'acteur de … Stratford (3) sont, d’une part, Richard II, dont on va arler, le drame le plus agressif et le plus dangereux assurément, au point de vue politique, de tout le théâtre hakespearien, Richard III, et de l’autre, Peines d’Amour erdues, exquise comédie, qui fut l’œuvre de début du oète, remplie d’allusions à Henri IV, à son entourage et la France contemporaine, et qui justement, pour ce motif, dut subir de profonds remaniements avant sa publi-

(1 Et peut-être aussi l’empioi de ses initiales sur plusieurs pièces ui n’ont rien à voir avec le théâtre shakespearien.

… (2) Voir plus haut le texte de Puttenham et tout ce qui a été dit sur l’attitude détachée de l’aristocratie anglaise de ce temps à l’égard dé la réputation littéraire.

{3) William Shake-speare, notons-le, sur Richard Il et Richard III, 1 W. Shakespere sur Peines d'Amour perdues.

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cation. Dans son état primitif, elle mettait directement en. scène les personnages que William Stanley avait connus. à la cour de Navarre et leurs actions mêmes. Tout cela fu atténué et modifié, dans de larges proportions, pour la scène, vers la fin de 1597. Nous l’avons démontrée détail dans Sous le Masque (1). Les souvenirs de jeu nesse semés par William à travers cet ouvrage, avec fant. de grâce et d'esprit, furent donc rendus moins reconnaissables, pendant que la pièce, par ailleurs, voyait le jour en librairie sous le nom de l’acteur (1598).

En attribuant ainsi à un personnage sans conséquence et d’un rang social tout à fait inférieur, des compositions si proches de la vie contemporaine, — malgré l’éloignement apparent des faits historiques qui servaient de cadre aux drames empruntés au passé de l’Angleterre — le poète … écartait prudemment les suppositions qui pouvaient l’atteindre. Dès lors qu’il n'apparaissait aucune concordance entre le comte de Derby et les allusions plus où moins voilées de ses pièces, le caractère agressif, et par [à même. périlleux, de celles-ci, devenait beaucoup moins sensible, au moins pour les non-initiés.

Voilà l'explication, au fond naturelle et simple, du mystère shakespearien: le secret de William Stanley devait être préservé d’une manière absolue ; la sauvegarde de sa liberté et celle de sa vie même en dépendaient. Le moindre indice révélateur eût entraîné pour le poète caché. d’incalculables conséquences. On comprend que rien n'ait pu le décider à laisser deviner sa personnalité. Si, seulement, l’auteur des comédies s'était trahi, en quelque manière, celui des drames et des tragédies eût risqué de se trouver découvert du même coup. En effet, parmi ses pièces, les unes racontent l’histoire de ses passions et celle

(1) Tome I, pp. 56 et suiv. Depuis la publication de notre ouvrage, nous avons trouvé de nouveaux indices des remaniements, à ajouter à ceux, déjà si probants et si nombreux, que nous avions relevés.

on cœur ; d’autres, l’histoire de ses rapports avec sa nille et avec son entourage ; d’autres encore, les réfleions ét les projets politiques dont il vient d’être parlé: -{outes apparaissent, si j'ose dire, comme solidaires les es des autres.

De 1590 à 1642, année de la mort de Lord Derby, sous … Elisabeth vieillissante, comme sous Jacques I”, que mirent en péril d’incessants complots politiques, que notre prétendant avait un moment espéré pouvoir supplanter et wil voulut conseiller ensuite, et sous Charles I*, qui ianifesta, lui aussi, quelque défiance à l'égard des Derby, même xl heure où le fils de William, le VII° comte, allait sacrifier sa tête pour la défense du trône, il ne fut jamais … possible de dévoiler le mystère. Ensuite vint la révolution anglaise et la longue éclipse du théâtre, et spécialement du théâtre shakespearien, qui en fut la conséquence. Rappe- …lons que les archives de la famille des Derby furent anéanties totalement au cours de cette même révolution, pendant le siège du château de Latham, — si glorieusement - défendu par Charlotte de la Trémoille, — avec la tour de 4 cr Aigle qui les contenait (1).

— (1) 11 ne faut jamais perdre de vue ce double fait que plus de la

— moitié des pièces shakespeariennes ne parurent qu’en 1623, et que,

d'autre part, nous ne savons absolument rien sur les représentations « de la plupart d’entre elles. à

vrai sens de « Jules César ». « Richard 1 se

unique en son temps.

Le livre de Parsons, dont la Drefte est datée de déce bre 1593, parut au début de 1594, mais nous savon source sûre qu'il circula en manuscrit, à travers l’Angk terre, dès 1592, c’est-à-dire deux ans avant son impres sion. Il eut même alors de si nombreux lecteurs que jésuite reçut environ trois cents lettres, au sujet de démonstration, au cours de la seule année 1592. Ce: donc durant une période qui embrasse 1592, 1593 et 159 que l’action de ce traité historico-politique se fit princi lement sentir en pays anglais. Or, c’est exactement Ia. période qui correspond, de l’aveu unanime des critiques et des éditeurs, à la composition des grands drames shakespeariens relatifs à l’histoire anglaise: les deux dernières parties de Henri VI, Richard III, Richard Il et le Roi Jean, respectivement attribués par tous les juges compé tents aux années 1592, 1593 et 1594. II y a plus: la cor lation entre la substance historique et généalogique d À Conference et les tragédies shakespeariennes est ab fue. Personne n’a jamais pu expliquer pourquoi l’auteu du théâtre shakespearien se montre d’un bout à l’autre un. Jancastrien convaincu. Cet aspect, pourtant très saïsissant de l’œuvre, paraissait si difficile. à justifier par des raisons.

: qu'on a préféré l’omettre purement et simpledepuis quelque temps, ainsi qu’on l’a fait pour e d’autres questions, non moins importantes, dans

ÆEntre l'œuvre de Parsons et le théâtre shakespearien, la ncordance des allusions, des préoccupations historiques politiques, et pareillement celle des grands problèmes ités: légitimité, succession au trône, meurtres politiques, épositions de souverains, est constante. Ce n’est point . par hasard ni par une fantaisie d’ordre littéraire ou poé- “tique que l’auteur de notre théâtre a porté sur la scène oute la guerre des Deux-Roses, en une série de tableaux t la grandeur et la puissance n’ont jamais été surpases: c'est pour atteindre un but certain, dont l’exposé istoire politique, présenté plus haut, aussi bien que le re de Parsons nous donnent l'explication complète. Un dessein supérieur, arrêté de très bonne heure, et dont l'unité n’est pas contestable, anime tout cet ensemble.

Commençons l'examen détaillé de ces pièces par le ame de Richard II, que l’on s'accorde à attribuer à nnée 1593. Cette tragédie parut d’abord en 1597, on vu, sans nom d'auteur, puis deux fois l’année sui- “ vante, avec le nom de William Shake-speare, et enfin en1608. Une scène essentielle de 165 vers, celle de la position du roi Richard, avait été exclue par la censure … de ces trois éditions. Elle ne vit le jour qu’en 1608 « avec … les nouvelles additions de la scène du Parlement et de la déposiftion du roi Richard », c’est-à-dire cinq ans après la mort d'Elisabeth, quand la signification de ce … dernier épisode avait perdu toute sa gravité. C’est ce . dernier texte de 1608 que le Folio de 1623 a reproduit. On sait le rôle très particulier joué par cette pièce dans istoire du règne d’Elisabeth. Aucune autre composiion dramatique contemporaine n’a causé, au point de vue

politique, une émotion comparable à celle que produisit

Pere

Richard II dans les milieux gouvernementaux. Cela

résulte, au premier chef, des circonstances de la conj! ration d’Essex, dont la déposition de la reine constitua le but principal. Au moment où elle allait éclater, plu sieurs consSpirateurs notoires allèrent trouver — dans Iles premiers jours de février 1601 — le comédien Augustit Philipps, l’un des membres de la troupe du Lord Chambellan, qui jouait au théâtre du Globe, pour lui demande en lui offrant une somme de 40 shillings, de remettre e& représentation, à ce théâtre, « la pièce de la dépositio et du meurtre du roi Richard II », dans l'espoir, observi

M. Lee, que ces scènes pourraient susciter un soulèvement populaire. Malgré quelques objections présenté par Phillipps, la pièce fut donnée le samedi 7 février,

veille du jour fixé par Essex pour le commencement de la révolte dans les rues de Londres. Lors du procès qui suivit l'échec de la conjuration, l’acteur fut appelé à déposer sur les circonstances dans lesquelles Richard IL avait été repris au Globe, comme offrant un sûr moyen d’ameuter le peuple. Or, dans tout cela, il n’est pas fait la plus petite mention de Shakespeare. S'il avait été réellement l’auteur de la pièce, nul. doute qu’il se fût trouvé mêlé aux négociations préalables et ensuite à l'enquête; mais Phillipps, ancien acteur de la troupe du V° comte d Derby, Ferdinando, paraît seul. Un peu plus tard, le 4 août suivant, Elisabeth ayant appelé auprès d'elle. l’érudit greffier de la Tour, William Lambarde, se plaignit violemment devant lui des tendances de « cette tragédie » = de Richard II, « qu’elle avait toujours considérée avec une grande méfiance ». Comme la reine parcourait les 0 registres de la Tour, elle s'arrêta brusquément et dit Oe : Lambarde: « Je suis Richard II, savez-vous? » Lambarde comprit à quel souvenir récent sa maitresse faisait Es allusion et répondit: « Cette très perverse imagination n’est le fait que d’un bien ingrat gentilhomme, la créature que V. M. a le plus comblée. » — « Celui qui oublie Dieu,

jo bliera aussi ses bienfaiteurs, reprit la reine; cette tragédie a été jouée, il y a peu de temps, avec des intentions séditieuses, plus de quarante fois, en pleine rue

et dans des théâtres. » Il est avéré que le destin de

Rs admettre qu'un simple acteur ait osé risquer nsislecourroux de la souveraine et se mettre en quelque «sorte en conflit avec son gouvernement? À quel mobile aurait-il donc obéi? Tout demeure inexplicable en cette faire, quand on l’étudie à la lueur de la doctrine strat- …fordienne. Combien les choses deviennent plus claires ct plus logiques, si l’on tient compte d’un dessein secret …dont l'origine était restée énigmatique depuis la première production du/drame! La déposition du roi, comme l’a bservé Montégut, est, en réalité, le but unique de cette | œuvre.

…. Si maintenant nous ouvrons le volume de Parsons, qu’y rouverons-nous ? Une étude développée, la plus étendue du ivre, en ce qui touche les matières historiques, consacrée au cas de Richard II: conception de la royauté, mumauvais gouvernement, révolte, abdication et déposition — du souverain, etc., bref, exactement les mêmes sujets qui “constituent la trame du Richard II shakespearien (2), et “traités dans le mêrae esprit : le tout dominé par ce point d’in- - terrogation capital : la déposition du roi était-elle légitime ?

(1) L’historien Hayward fut emprisonné, de 1599 à 1601, pour avoir & inséré une description de la déposition de Richard II dans la première À partie de son Histoire du règne de Henri IV.

È (2) On sait que le Richard II shakespearien, que Sir Sidney Lee 4 proclame « la plus pénétrante étude d’un caractère historique et la peinture la plus concentrée d’un fait historique que Shakespeare ait tentée jusque-là », s'occupe exclusivement des deux dernières années, de la chute et de la mort du roi, et laisse de côté les précé- ……dentes crises de son règne. On peut appliquer à cette pièce ce que Renan dit de Coriolan et de Jules César et la qualifier d’ « étude de

n psychologie absolue ».

Or

À Conference, 1, pages 56 à 79; à ces vingt-cinq p pages, il faut y ajouter encore les nombreuses allusions à" chute du monarque répandues à travers Lots même dans la préface.

Le drame de Richard II modifie profondément toire. Il attribue un rôle magnifique dans les deux p miers actes à Jean de Gand, rôle qui est entièrement différent de celui que comportaient les circonstances d la vie et surtout le caractère véritable de ce personnag Le poète ie transforme: c’est à lui qu'est dévolu l’ho neur de prononcer l’admirable et prophétique éloge de l’Angleterre, tant de fois cité, et même tout récemment, au cours de la guerre. Visiblement, le poète a élaboré rôle avec une tendresse profonde. ‘Ajoutons que, dans reste de ses œuvres, il prodigue les allusions à ce m personnage avec une complaisance évidente. Or, la figure de Jean de Gand, nous l'avons dit, constitue comme ls clef de voûte du système de Parsons; Jean de Gand! est, d’autre part, l'ancêtre direct, par sa troisième femme, William Stanley, qui tenait ses droits au trône de cette descendance. Jean de Gand, chef de la famille de Lan-… castre, est le héros populaire par excellence du Lancas hire ; il personnifie une région de l'Angleterre, chère entr toutes au cœur du VI° comte, puisque le pays de La castre, berceau et résidence principale de sa famille, aé gouverné par les Derby durant des siècles. Ce fut, à tous égards, la terre de ses affections premières ef de ses Souvenirs.

L’autre personnage que ce poète a traité péeille il avec une prédilection sensible est le fils de Jean de Gan Henri Bolingbroke, dont le rôle offre un contraste marqué avec celui du roi Richard II, qu’il fait déposeret qu'il remplace. Avec lui s’accomplit la révolution lancastrienne. La maison de Lancastre entre dès lors dans IaM

iqu je drame de Richard II.

utre rapprochement topique: le titre de comte de avait existé d’abord dans la famille de Jean de avant d’être attribué aux Stanley par le roi ri VIH, au lendemain de son avènement et en témoie de sa reconnaissance.

ous les changements si caractéristiques que le poète a ntroduits dans son œuvre et qui apparaissent avec tant de netteté, quand on la compare avec les faits historiques et vec Ses sources, présentent assurément un sens. Ils traiSsent, maintenant que nous sommes en possession du écret, et l'esprit qui les a conçus et les tendances auxles celui-ci obéissait. La suite de notre enquête va Jus révéler encore bien d’autres données également saies liens étroits qui existent entre le comte de Derby l’ensemble historique du théâtre shakespearien vont venir de plus en plus apparents. En revanche, du côté l'acteur Shakespeare, ce sera toujours, si j'ose dire,

ers lé milieu du dernier siècle, parurent à Londres ux beaux volumes in-4, remplis de nombreuses illusations, sous ce titre: Lancashire : its History, Legends,

“and Manufactures, by the Rev. G. N. Wright M. A. and … Thomas Allen, assisted by Residents in various parts of “the County. — Si l’on ouvre le tome I* de cette publication, où les fastes du Lancashire sont étudiés avec une. | rté patriotique par des savants estimés, on admire un rontispice, qui n’est autre qu’une fine gravure du porait du VII° cmte de Derby, fils de William, et de Charlotte de la Trémoïlle, sa femme. En face de cette reproduction de l’œuvre de Van Dyck, figure le titre du lume, également gravé; or, ce titre nous offre le porait de Jean de Gand, roi de Castille et de Léon, duc Lancastre, avec ses armoiries et une vue de son tom-

TD

beau. Ces deux gravures affrontées, qui évoquent les deux grands noms du comté de Lancastre, ne sont-ell pas comme un symbole frappant des liens intimes qt unissent Richard II au VI° comte de Derby? ({) I existe donc, dans le drame de Richard II (2), to un ensemble de graves modifications, ou, pour mieux, dire, de « déformations » historiques, soigneusement cal=… culées, qui nous renseignent d’une manière fort claire, pour peu qu’on les étudie avec attention, sur lesintentions profondes du poète. Voici la liste des plus frappantes le rôle tout entier de la reine, l’entretien si pathétique d Jean de Gand mourant avec le roi Richard, l’admirab scène qui se déroule à Langlev, à travers les allées du jardin du duc d’York, la séparation du roi et de la reine, l'introduction du valet d’écurie, les senti ments exprimés par Bolingbroke en présence du cer cueil de Richard, et, par dessus tout, la scène tragique de la déposition du souverain dans Westminster Hall, qu constitue l'invention capitale introduite par l’auteur dan sa trame historique. Que d’autres altérations voulues, ets non moins caractéristiques, il faudrait relever.encore, parmi les faits qui constituent cette puissante tragédie, spécialement en ce qui touche Jean de Gand et son fi

(1) On nous permettra de renvoyer ici au chapitre IV de Sous le Masque: La famille des com'es de Derby et le théâtre de Shake speare, t. I, pp. 238 à 326.

(2) Comme l'étude de cette pièce importe tout a. à notre démonstration, nous croyons utile d’en donner un bref résumé.

Le drame commence en 1398 avec la querelle entre Henri Boling= broke, duc de Hereford et comte de Derby (plus tard Henri IM) et Thomas Mowbray, duc de Norfolk, accusé par lui de haute trahison AN et qui veut défendre son honneur en combat singulier, dans une sorte " de jugement de Dieu. Il finit après l’assassinat de Richard L,et l'avènement de Henri IV, en 1399. On y voit successivement la que- à: relle et l’exil des deux adversaires, la mort et la confiscation des biens de Jean de Gand, duc de Lancastre, père d'Henri, le retour 7 de ce dernier qui, pendant l’expédition de Richard II en Irlande,

débarque à Ravenspur (port aujourd’hui disparu du Yorkshire), tre

énumération nous entraînerait beaucoup trop loin 4; I, 1, etc.). L’allusion faite à la fin de la scène Î de jcte IIF relativement à Glendower a toujours paru énigatique.

… Dé même, on s’est souvent étonné que le dramaturge, lieu de nous montrer Richard cherchant un asile à onway Castle, comme le veut la réalité historique, l'ait aitse réfugier à Flint Castle. Les modifications apportées aux faits sont particulièrement nombreuses à travers les …scènes 3 et 4 de l’acte III. Remarquons que le pays où “celles-ci se déroulent appartenait à la région qui fut, entre joutes, chère au cœur de William Stanley. Flint Castle, … dont il a plutôt accru le rôle historique, n’est qu’à dix milles de Chester(1), séjour de prédilection du VI° comte. Onne saurait trop souvent rappeler que notre personnage - cntretint toujours des rapports très suivis avec le pays de Galles, qui confinait au Cheshire, sur la rive gauche de a. Dee, et où il possédait des biens nombreux et importants. Notons encore, à l'acte II, scène 4, l'épisode très = caractéristique de Salisbury et du « trusty Welshman », € capitaine gallois, qui prouve, comme les scènes relatives à Glendower, dans le premier Henri IV, une divination très complète de la mentalité galloise. Si le pays de … Gailes et les Gallois occupent tant de place dans le théâtre shakespearien, c'est évidemment que celui à qui nous le devons avait une connaissance personnelle des Welsh et … de leur terre.

On à publié récemment tout un volume in octavo sur

verse l'Angleterre en triomphateur, rencontre le roi dans le Pays de Galles, le dépose et le fait bientôt assassiner dans sa prison à Ponte- —fract ou Pomfret (Yorkshire). Mais il refuse de récompenser l’assassin, Exton, et fait vœu de prendre la croix et d’aller en Terre-Sainte cn expiation du crime. (Résumé de R. Lebelle.)

(1) Flint sert de port auxiliaire à Chester.

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