ACTE l
KETTY
Non, mon père, mais j'étais inquiète.
DAVIS
Inquiète I tu l'es sitôt que je bouge; que ne me mets-tu un lil à la patte?
KETTY
Vous le casseriez !
DAVIS.** Je le crois! (a Framz, en lui iudi'iuant nue phce.) Fj'autZ, VOicî la
place à table.
FRANTZ, s'asseyanl.
Merci, Davis.
KETTY
Vous devez avoir faim ?
DAVIS, assis.
Non!
KETTY
Soif?
LAVIS
Non!
KETTY
Est-ce que vous êtes de mauvaise humeur ?
DAVIS
Oui!
KETTY
Qui donc en est cause ?
DAVIS
Toi!
KETTY
Moi?
DAVIS
Je viens de voir Samuel, qui m*a dit que tu l'avais congédié.
KETTY
Je ne veux pas me marier, mon père.
DAVIS
Tu ne veux pas te marier... il le faut, cependant... Je vieillis, moi.
KETTY
Vous avez bonne santé, bon courage.
DAVIS
Oui, mais il peut m'arriver un accident, et que deviendrais-tu?... Tu as refusé Dick le charron... John le berger...
• Davis, Ketty, Frantz.
*' Ketly, Davis, Frantz.
Hariss... Les prétendants ne Vont pas manqué... Etquandil se présente un garçon comme Saumel, qui a d'ia bonne conduite et de la réserve on grange, lu f.iis la difficile... Il te faudrait sans doute un j)rince... Ce sont tes diables de lectures qui t'ont tourné la tête... J'ai voulu que tu apprisses à lire, à écrire... et je m'en repens aujourd'hui !
KETTY
Oh! mon père!.,.
DAVIS
Oui, je m'en repens, parce qu'au lieu de faire de la lecture un devoir, une étude, tu en as fait la plus grande de tes occupations... et à force de l'être meublé la tête de fables et de contes, tu oublies que tu n'es que la fille d'un soldat sans fortune, tu repousses d'honnêtes gons, et tu attends pour épouseurunde ces chevaliers erranls, comme on en voit beaucoup dans les livres et comme il n'y en a jamais ailleurs.
KETTY
J'avoue, mon père, que la lecture est devenue pour moi, comme vous le dites, une passion, mais vous vous trompez quand vous croyez que les livres «^n'ont donné de mauvais conseils... J'en conviens: quand j'ai lu l'histoire de quelque grande dame courageuse et dévouée, je me suis dit souvent que j'aurais eu son courage... si j'avais eu sa destinée... mais je ne l'ai jamais enviée, parce que des livres m'ont appris qu'il faut toujours remercier Dieu de ce que Dieu nous a donné.
DAVIS, à Franlz.
Jusque-là il n'y a pas de mal.
Et j'ai appris aussi, mon père, qu'on doit toujours honorer le travail, qui est l'inévitable et juste loi de la nature... Ce n'est donc pas l'ambition qui m'éloigne du fermier Samuel, mais je n'ai pas d'amour pour lui; et, voyez-vous, mon père, le mariage, c'est comme une seconde vie qui recommence... Dieu qui nous a fait la prenjière, nous permet de nous faire nous-mêmes la seconde...
DAVIS, à Fiant?.
Ça, c'est vrai.
KETTY
Et pour entrer dans cette nouvelle existence, il faut une afl'ection profouilo, sincère et partagée... A deux, (piand on s'aime bien, on double les joies et l'on diminue les sou f-