TOM, LE COMTE ROBERT, RALPH
LE COMTE, à Ralph, dcsignanl Tom.
Quel est ce garçon ciiez Davis ?
RALPH
Un journalier, qui est son ami.
LE COMTE
C'est bien, reste près d'ici. (Raipu sort.) Dis-moi, garçon?
TOM
LE COMTE
Quelqu'un I Davis est absent ?
TOM
C'est-à-dire, monsieur... qu'il est sorti.
Pour longtemps?...
TOM
Oh ! que non. (a part.) J' peux pas lui dire qu'il est allé conspirer.
LE COMTE, s" asseyant à gauche.
Je vais l'attendre.
TOM
Attendez-le... (lc voyant assis.) Eh ben ! il est sans gêne, (se levant ei allant à lui.) Donncz-vous duuc, je VOUS cn prie, la peine
de VOUS asseoir. (U s'approche du comte. — Le remarquant.) Diable !
c'est un gentilhomme !
LE COMTE
Est-ce que tu es de la famille de Davis ?
TOM
Non, monsieur, pas encore... c'est moi qui suis Tora Chance.
LE COMTE
Tom Chance !
TOM
C'est un nom comme ça qu'avait mon père, il l'a donné à ma mère, et moi... j' m'appelle comme eux!...
LE COMTE
Quel est ton métier ?
J' creuse les fosse's^ j'arrache les arbres, j' travaille à ]a tourbière et j' fais la chasse aux taupes...
LE COMTE
Et tu es sans doute poui* le roi Guillaume !
TOM
Moi, m'sieur... j'yas vous dire : j'suis pour le gouvernement qui me conservera la santé, et Je n' me mêle pas d' la guerre, parce que j"ai pas assez d'esprit et d'éducation pour pouvoir y gagner quéqu' chose.
LE COMTE
Mais le triomphe de tes idées...
TOM
J' en ai pas, d'idées, ce qui fait que j' crois qu' j'aurais tort de me faire tuer pour elles.
LE COMTE
Ça me paraît juste.
TOM
Et puis, voyez-vous, m'sieur... les pauvres gars qui, conime moi, ne savent ni lire, ni écrire, ni causer, ni compter, et qui s'lais>'nt entraîner dans les guerres civiles, sont comme qui dirait des chiens qu'on mène à la chasse... On leur dit d'abord: Cherche!... cherche!... Y cherchent. Quand ils ont trouvé, on leur dit : Apporte! Et quand ils ont apporté, on leur dit : Allez couciierl...
LE COMTE
Mais si, au lieu de suivre les volontaires, tu t'enrôlais dans les cuirassiers du comte Robert?...
TOM, se redressant.
Dans les cuirassiers!...
LE COMTE
Oui... Tu aurais bonne nourriture... bon gîte...
TOM
Avec une cuirasse... Eh ben, non, m'sieur, j'aime mieux rester terrassier, parce que c'est l' métier qui me donn'ra la fortune.
LE COMTE
La fortune !
TOM
C'est la mère Tom Chance qui m' l'a dit... et j' l'ai pas oublié. Quand la pauvre femme sentit qu'elle allait quitter