‹ Le secret des plaines d'Abraham [microforme]Chapitre 14 sur 56 · SCÊNE VIII · texte numérisé non relu

SCÊNE VIII

De MonrcaLu, Bicor, Vanin er Lea.

De MonrcaLu, (Entrant de droite, suivi de Bigot et Varin, qui, tous deux, sont coi/fés de larges Jeutres ; portant, chacun, par-dessus leur costume de couleurs voyantes, une capote sombre :)

Peu importe l'heure, chevalier, vous êtes, avec Mr. Varin, le bienvenu en tout temps, et, moi-même, croyez-le, je refoule au fond de

mon cœur les sentiments d’animosité qui existent entre nous depuis

longtemps déjà, étant trop heureux du plaisir que me procure votre

visite ce soir : preuve de votre nouvelle détermination envers l’armée ! Biaor.

Veuillez le croire, cher marquis, quoi qn’en puissent dire certains marauds du peuple, nous nous intéressons plus qu'on semble le penser, dans la colonie, à nos vaillants défenseurs. Si nous n’avons pas agi plutôt, c’:st que nous ne pouvions pas !...... Je suis même fort désolé, général, des quelques malentendus qui sont survenus entre nous au sujet des vivres. ..... En conséquence, pour combler notre réconciliation d'aujourd'hui, vous recevrez, dès demain—je vous le promets sur l’honneur—un approvisionnement complet pour vos

troupes !. .**..Nons venons de chez le Gouverneur à qui nous avons .

donné aussi la même assurance.

DE MonrTcaiu. (Enchanté.)

Agréez, pour l’armée et pour moi, chevalier, les plus sincères re- . merciements....Je vous avoue, encore une fois, que nous en avons beaucoup besoin, car, en ce moment, le soldat n'a presque plus rien

citer ici même, le héros de la journée. ..... nous voici rendus. ..... je vais l’appeler !...... (Se tournant vers le fond, à gauche.) Hé !..... lieutenant !......approchez donc !......

HUE (Elle s’avance militairement, puis imite, le plus possible, la voix de Cuvilliers :) Général ?

DE MonrcaLw.

Mon cher Cuvilliers, Son Excellence 1 Bigot, ici présent, ainsi que M. Varin, son député, ont désiré monter, tous deux, jusque sur ces remparts, afin de vous connaître

: d’abord, et d’avoir le plaisir ensuite—sans vous déranger dans votre nouvelle fonction—de pouvoir vous féliciter dignement pour votre noble conduite de ce matin.

LEA. (Saluant froidement et contrefaisant toujours la voix de C'uvilliers, jusqu’à nouvel ordre:)

Je suis touché, général, d voulu se donner pour moi

‘Intendant, le chevalier

e la peine que ces Messieurs ont bien

De MonTcaim. (À part.)

Bicor.

Ici n’est nulle peine, veuillez le croire, c’est simplement un devoir‘qué

une grande joie, envers le plus noble enfant de la colonie !

Free de la France entière !....

Bicor. (4 l'oreille de Varin, rigolant, et à la dérobée).

LR De NE ae ON à

Le Est-ce que, | AIO (A Bigot et à Varin.) Ainsi, vous en êtes témoins, Messieurs, cet excellent lieutenant Cuvilau paroxisme, de votre gentille et honorée démarche en sa faveur > Son émotion l'empêche de vous faire même connaître sa gratitude profonde, plus expressivement que par un

silence, qui veut, sans doute, en dire plus long que les éloquentes paroles.

mr DT Braor. rer

En effet, marquis, et nous sommes amplement récompensés,

Varin et moi, pour ce facile accomplissement de nntre ministère. VARIN. (Qui est allé, depuis un instant, regarder au-dessus du parapet gauche.)

Mais venez donc voir, Messieurs... qui pourrait croire un

semblable prodige. .. (Avec vigueur.) Wolfe lève l’ancre!. Tous. (Allant voir.)

De Montcalm: | Bigot: | Léa:- Allons donc!.... | Vraiment?.. | Ah!bah!.. déja? VARIN.

C’est comme j'ai l'honneur de vous le dire!. … Voyez, les vailes se carguent, deux navires déjà s’ébranlent pour la descente... ” Lea.

L'un d’eux est le vaisseau amiral, je crois?.... Biaor.

En effet!.... vous avez l'œil juste, lieutenant!

DE MonrcaLM. (S’évertuant à regarder) Ventrebleu!....comment pouvez-vous donc distinguer, d'ici et dans cette nuit, que c’est là le vaisseau amiral? LEA. (Zronique envers Bigot.) Oh! il fait lune.... cependant, il faut l'avoir déjà vu de très près.

Biaor. (A part.)

VaRiN. (Même jeu et joyeusement.)

Voyÿez.... mais voyez dunc.... voilà déjà le quart de la flotte

qui file.... mais, dans une heure, si cela continue, il ne restera plus

ici du général Wolfe que son piteux souvenir!. (Riant.) Ah!.... Ah!.... Ah!.... quelle parade de bouffons !.

DE MonrTcaL.

M. Varin, n’insulte z pas, je vous en supplie, cet ennemi mal-

heureux; il se retire, mais notez qu'il ne se sauve pas!.... D'ailleurs,

Messieurs, qui vous dit que le général anglais ne médite pas encore

quelques nouveaux projets?.... Pour moi, je l’avoue, je ne puis croire qu’il est décidé de tipo en Angleterre. EA.

Je suis de votre avis, général, notre adversaire doit avoir un

moyen en tête pour exécuter ce simulacre de retraite. DE MonrcaLu.

Ha! Ha!. je m'en doutais. ... vous êtes de mon avis, lieutenant!.... Et quel serait ce moyen selon vous.

Lea, (Lentement, en fixant Bigot et Varin.)

Demandez ceci au chevalier Bigot et à M. Varin, général, je ,suis certain. ... qu’ils sont en mesure de vous renseigner beaucoup mieux que moi sur ce sujet.

(On prend de la scène.) M VARIN. (Surpris.) AE Hein!.... comment?. FEES Bicor (Offensé.) É Que voulez-vous dire, lieutenant?. Le LEA

Je veux simplement dire, M. l’Intendant, que lorsqu'on possède, comme vous, la faculté d'envoyer des émissaires aux navires anglais, on doit, certes, connaître un peu les projets de ceux-ci.

Bicor, (Faisant mine de dégaîner).

Lieutenant !.

Lea. (Même jeu.) Chevalier !. ...

(Montcalm et Varin s’interposent vivement entre eux.)

De MonrcaL.

Que veux donc dire ceci, Messieurs?. . Allons, il y a malentendu

de paroles... Je Vous en prie, Excellence, et vous, Cuvilliers, rengaînez!. ... On ne se querelle pas ainsi pour un rien. VARIN. (Voulant calmer Bigot.) Si fait ! mon cher. laissez là votre épée. . (Bigot résiste.) Ma

foi, vous êtes grincheux comme le violon du vieux myope de l'hôtel de France...

Biaor, (4 paisé.)

Soit!.... mais que le lieutenant retire son insinuation grossière!

Lea. (Fermement.) Je ne retire jamais la vérité!..

DE MonrcaL.

Cuvilliers!. ... que faites-vous?.

Lea.

Mon devoir, général... :

Bicor. (Tirant son épée.) C’est trop fort !.... | LEA. (à part : voix naturelle.) Mon Dieu.... protégez-moil. ... c’est pour la bonne causel.... VaIN. (A Bigot.) Voyons, Excellence, pas d’esclandre!. ..… apaisez-vousl!..., De MonrcaLm. Oui, M. Varin a raison, car vous pouvez vous entendre sans l'épée... Après tout, c’est une peccadille!. ... Bicor. (Furieux.)

Une peccadille?.... Une peccadille?.... ah! vous appelez ça une peccadille, vous, général, lorsqu'un homme du peuple, comme ce

Cuvilliers, ose vouloir souiller l’honneur de l’Intendant de la Nouvelle-France?....Une peccadille?.. de me dire ainsi, à la face, que j'ai des relations avec les troupes anglaises, que j’envoie des émissaires?. ... Une peccadille, ça?.... mais d'honneur vous êtes, marquis, cent fois par trop indulgent, et, à cette odieuse injure, je veux une forte réparation!.. Dussé-je, pour la soutenir, descendre jusqu’à vous, lieutenant Cuvilliers!

De MonrcaL. (à part.)

Malheur!. ... que faire?.... Je ge puis cependant pas m’abaisser davantage....

LEA. (Continuant d'imiter la voix de C'uvilliers, jusqu'à nouvel ordre.) M. Bigot, votre audace et votre dernier sarcasme à mon égard, sont une nouvelle insulte envers la nation sur laquelle vous êtes

chargé de veiller, Ceci me fait sortir de la juste réserve que je m'étais jurée, et je vais vous faire connaître à M. de Montcalm, dans toute l'étendue de votre bassessel!.

Bicor. (Voulant s’élancer, retenu par Varin.)

Lieutenant!

DE Monrcazu ; (Fermement.)

Continuez, Cuvilliers, je vous donne mon appuil!....

Braor. (Sourde colère.) Palsembleu! Messieurs. :

Lea. (Continuant.)

Apprenez donc, M. l'Intendant, puisque vous semblez gi bien l'ignorer, que lorsqu’à la tombée de la nuit, vous vous êtes dirigé vers le bord de la berge, afin de Communiquer avec le général Wolfe une personne vous à vu !.... ou, plutôt.... vous a reconnu !.. + car vous portiez un déguisement, dont la noire capote que vous avez encore là, sur vos épaules, vous trahit.

VARIN. (Vivement.)

C’est inepte!.

Bicor. (Même jeu.) C'est faux! ({ronique.) Et quelle est donc cette fameuse Personne qui m'a si bien reconnu RES Lea, (Résolument.) Moi!....

MonrcaLm. (Passant à gauche en se frottant les mains.) Oh!.... Oh!... -Ça se corse!....

Biaor. ,

Allons done, vil insulteur ! mais vous ne me connaissiez pas

avant ma présence ici !

Lea,

Vous vous trompez, Monsieur, votre figure est connue de toute

la Nouvelle-France 1... + Bicor. (Même jeu.)

Et quand cela serait, mon pauvre lieutenant, vous n’en avez pas

mo’. «1 la berlue... Vous avez vu double !,.,...

ee Lea, (Ricanant )

En effet, vous avez raison, chevalier, j'ai vu double, car vous étiez deux, M. Varin et vous !.

Bicor Er Vanin. (Ensemble, avec excitation.)

Mensonge!. ... Mensonge!. …

De MonrcaL.

Allons, du calme, Messieurs, du calme!. .….

Braor.

Du calme ? comment voulez-vous que nous puissions en avoir, marquis?.. Oh! cette insulte ne peut se laver que dans le sang!.... (4 Varin, désignant Cuvilliers.) Allons, Varin, servez-moi de témoin, car il faut que je tue ce maraud!.

DE MonrcaLm.

Je m'oppose à ce singulier duel!.... Le pays a trop besoin de ses défenseurs, en ce moment, pour les laisser ainsi se battre entre eux!....

Bicor.

Ah! Ah!.... marquis, vous approuvez donc ce manant!. … Vous voulez, sans doute, le soustraire à ma vengeance!.... mais, moi, l’Intendant du Roi en la Nouvelle-France, revêtu des droits suprêmes, injustement offensés, je vous ordonne de me laisser la place libre.

LEA. (Emmenant Montcalm à l'écart.)

Pour l'amour de Dieu!. .. général, n’augmentez pas, pour moi, vos discordes avec l’Intendant. Faites-moi seulement l'honneur de me servir de témoin, car je veux faire cuèrement Payer à ce misérable, ce qu’il a fait souffrir à la coloniel.

De MonrcaLs.

Mais, est-ce donc vrai ce que vous avez osé avancer?. …

LEA. De

Aussi vrai que j’existe!. a

DE MonNrTcALM. (à part.) ‘ Les gueux!.... (A Léa.) Allez donc! mon brave, (Lui serrant la main.) et que Dieu vous protègel. ...

BiGor. (Attendant l'épée au poing.)

Avez-vous fini de chuchotter votre testament au général, lieutenant?.... (Foncant.) Allons... en garde!....en gardel.... ou je vais vous immoler avant même que vous ayez le temps de dégainer!....

Lea. (Tirant son épée au clair.)

Votre félonie est bien capable de cette nouvelle lâcheté!.

| Biaor gr Lea. (Ensemble et se rencontrant.)

A nous deux!

(Les fers se croisent furieusement. A ce moment, Cuvilliers apparaîl sur le parapet du fond, arrivant par l'échelle de corde.)

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