‹ Le secret des plaines d'Abraham [microforme]Chapitre 20 sur 56 · SCENE V WoLre et JERvis · texte numérisé non relu

SCENE V WoLre et JERvis

JERVIS. (S inclinant.) Je suis toujours à vos ordres, major-général ....

WoLre. MS pe

Mäintenant que nous voici seul à seul, Jervis, vieil ami, appro-

chez.... plus près.... 1à.... bien! ne soyez pas surpris, j'ai un grand service à vous demander, sachant que voussaurez en garder le mystère-dans votre cœur.

JERvIS.

Vous avez toujours été pour moi, James, un loy ! ami franc comme une épée, et ce, depuis que nous nous connaissons. Vous vous rappelez sans doute, que j'étais votre confident, lorsqu’enfant nous voguions dans votre vieille Angleterre. ‘Aujourd’hui comme alors ami, vous pouvez compte: sur John!.

Wore. (Lui pressant la main.)

Merci, John, merci; vos paroles me font du bien à l’âme.. ..Voici ce dont il s’agit: Comme je le disais tout à l’heure, je suis condamné à mourir d’une manière ou d’uneautre. dans peu de temps... car, si n’est point l'ennemi qui me donnera le coup de grâce, la maladie, qui s'attache en moi-même comme le ferait le venin d’un serpent, me le donnera sans doute bientôt, elle!. ..… D'ailleurs, les hommes de l'art l'ont dit, il n'y a done rien à contester! . Regardez-moi vousmême, John et jugez!.. N’est-il pas vrai que je ne suis plus déjà que

Ah! hélas, je le sens, si nous n'étions pas à la veille de notre dernière tentative de cette année, je serais certainement à l’heure présente, déjà sur le dos, attendant le dernier moment.... Cependant, comme j'ai toujours désiré mourir en combattant, Dieu daigne, sans doute, me faire une faveur, car il me laisse la force nécessaire pour me soutenir encore quelque temps. (Très grave.) Ainsi John, mon ami, mon frère... puisque, sous peu je ne serai plus de ce monde... je vous charge de ma dernière volonté!.... (1! ouvre vivement le gilet de sa tunique et décroche, de son cou, un petit collier délicat au bout duquel pend un médaillon repré sentant le portrait d'une jolie femme. D'une voir brisée, en s'adressant au médaillon :) Adieu .... bien-aimée!. .. adieu! .(IL embrasse le médaillon.) Adieu!.... (S'adressant à Jervis.) Cher John, pardonnes mon émotion. ... et, je vousle demande au nom de notre franche et

sincère amitié, veuillez passer à votre cou ce petit collier qui est toute ma viel.... (JL lui Passe le collier que Jervis s'ajuste en dessous de sa tunique.) Je vous le confie à vous, Jervis, parce que je sais que vous en êtes vraiment digne. Lorsque vous retournerez en Angleterre, John, je veux que vous le remettiez alors vousmême à Melle. Kathrine Lowther, en lui disant combien elle m'est chère, et combien je l’aimel!. . J'ai écrit mes adieux à ma mère, mais je préférais, ami, laisser ce dernier devoir envers ma fiancée, exclusivement entre vos mains, étant assuré que vous saurez remplir cette pénible mission, avec toute la délicatesse qui caractérise votre cœur dont les fibres poétiques le font battre à l'unisson du mien!.... En outre, John, je vous demande de ne dévoiler ce qui se rattache à ce Médaillon, à aucune autre Personne que celle intéressée ; du moins jusqu’à ce que vous l’ayiez remis à qui de droit. (Très émotionné de nouveau.) Merci d'avance... de tout mon cœur.... Ami... et, votre main encore!

J ERVIS. (Prenant la main que lui tend Wolfe.)

Dieu vous bénisse, Jimmie !.... Sur son honneur, je jure que personne au monde, autre que Melle. Lowther, apprendra ce que vous venez de me confier! .... Je remettrai à elle seule ce gage de votre fidélité, en lui exprimant, avec autant de réalité possible, tous les honorables sentiments d'amour qui animent votre digne cœur pour elle! .... Si, par hasard, vous succombiez, comme vous semblez en être convaincu fortement, je lui dirai encore que vos lèvres, en même

me, dans sa bonté divine, daigne vous unir à jamais! .... WoLre, (Avec reconnaissance.) Ah ! John, je n’attendais Pas moins de vous ..…. JERvis.

Quel que soit votre douloureux pressentiment à votre égard, Jim, j'espère, n . *tant, avoir le bonheur de vous féliciter de votre Victoire, dès demain matin, sur les murs de Québec!....

WoLre.

Espérons-le, Jervis, espérons-le.... car l'espérance est souvent la vie de l’homme...

SCENE VI “Les mêmes plus Hatfield-” Harrien. (Entrant de gauche.) Pardon, général] :

Wozre. (Se retournant à demi.) Qu'y a-t-il ?....

HarTrieLn.

Une chaloupe chargée d’une femme, à ce qu’on peut voir, descend le fleuve à la dérive, et naturellement: comme on nous fait des signaux désespérés, le général Towshend désire connaître vos ordres relativement.

WoLre.

Vite... qu’on secoure cette malheureuse à l'instant. HarTrieLD. (Avec joie)

C’est déjà fait, général!. Connaissant votre loyal cœur compatissant, les généraux conjoints n’ont pas cru, pour si peu, devoir vous déranger dans votre entretien avec le colonel, et ont, en conséquence, pris la respectueuse liberté de donner des ordres nécessaires au sauvetage de cette femme infortunée. Cependant, vous comprenez qu'avant de vous l’apprendre, mon général, nous voulions connaître votre opinion. Ainsi done, cette fugitive est déjà en sûreté, sur le pont d’arrière, depuis cinq minutes.

WOLFE

Monckton et Towshend ont très bien agi et ont su, à merveille, devancer mon désir. Aussi, je les en félicite sincèrement! Mais, vous parlez de fugitive, lieutenant, a-t-on interrogé cette personne?....

HArïELD.

Oui, général, et nous attendons maintenant votre décision pour savoir À quoi s'en tenir à son égard. Cette dame dit s'être enfuie de la garnison du commandant chevalier de Lévis, à Montréal

VOus savez?.... Elle prétend qu’elle ne pouvait résister plus longtemps à ne manger que deux onces de pain par jour!.... Va sans dire, qu’à présent, elle espère que nous la prenions sous la protection de notre drapeau.

WoLre.

L'ordre de la Marine Royale défend la résidence à bord, en temps de guerre, à toute femme, quelle que soit sa condition!....Il

faut conduire, à l'instant, cette personne à terre!.... HATFIELD. (Embarrassé.)

Pardon, mon général, mais cette charmante dame nous a appris aussi qu’elle a une grande faim et qu’elle osait espérer, par conséquent, que nous lui donnions quelque chose à manger, vu que voilà déjà une journée qu'elle n’a absolument rien pris!.... Alors réflexion faite, l'état-major et moi, nous voudrions. .......

Wore. (Souriant.)

Ho! ho!.... si elle a faim. .. c'est différent!.... Qu'on lui donne à manger tel qu’elle le demande!. (A Jervis.) C’est bien le fait de dire, mon ami, que les femmes, ça a toujours un boyau de vide! -... (A Hatfield.) Cependant, lieutenant, qu’on la renvoie aussitôt le repas fini, car elle serait capable d'en recommander de suite un second!.... (Hatfield salue et va Pour sortir.) Un instant encore, Hatfield, quelle sorte de femme est-ce?.... Du peuple ou de la no-

blesse?. ...

HarTriELn.

Une dame de noblesse, général, si j'en juge par sa démarche

fière, son langage, et son brillant costume.

Wore.

Eh ! bien, qu’on l'invite à dîner avec nous, ce sera un rare divertissement, et une agréable surprise à faire à nos deux Français. Ils pou: ront causer avec une femme, ce sera une aubaine poureux caril paraît qu'ils en sont très friands. Pour nous, noûs ne pourrons que profiter de cette rencontre inattendue, car ceci leur déliera la langue davantage!.... D'ailleurs, cette femme pourra peut-être nous servir encore sur beaucoup d’autres points, c’est dit! -qu'on la garde à dîner!

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Harrin. (Fort joyeux.) Vraiment?.... général. ... vous permettres?.... Ah! coinmeñt vous remercier!....

WOoLFE.

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