‹ Le secret des plaines d'Abraham [microforme]Chapitre 26 sur 56 · SCENE XV 1 “Les mêmes plus Léa et deux sentinelles · texte numérisé non relu

SCENE XV 1 “Les mêmes plus Léa et deux sentinelles

Bicor. (Ahuri.) f Décidément, Messieurs, vous êtes des sorciers !. . il

VARIN. (Emerveillé.) Oh ! vous avez fait là une belle capture, général ! WoLre.

Il n’y a là nulle capture, Monsieur. Cette dame est venue se livrer ici d'elle-même. C’est une fugitive du camp de’M. de Lévis, à ce qu’elle préten 1. Naturellement, par mesure de prudence, nous allons être obligés de la garder prisonnière. Bicor

Ça me désole pour elle, général, mais Ça me rassure pour ma propre sécurité. (A lui-même.) Fugitive !.... elle est aussi coupable que moi.... donc ! aucun danger à courir. (Se levant à demi.) Avec vo. tre bienveillante permission, général, je prie Mademoiselle de prendre place près de moi.

Wozre.

Tout à votre aise, M. Bigot.

VaRin. (Se tassant du côté des Officiers.) Entre nous deux... Come Ça.... Il y a de l’espace !. Rous (4 Léa.)

Ainsi, Mademoiselle, veuillez prendre le siège qu’on vous offre si gentiment. (Aux sentinelles.) Sentinelles !. Retirez-vousun peu!.. (Les sentinelles vont se Promener an fond, près du bastingage.) LEA. (Gracieuse.)

Vous êtes charmants, Messieurs, et je vous remercie infiniment de vos délicates attentions à mon égard, mais, je ne veux pas partager le pain et le sel à votre table, sans avoir connu personnellement celui qui m’a fait l'honneur d’une invitation à ce select dîner, comblant ainsi ce que je n’aurais jamais osé espérer...

Harriep. (Présen'ant.) C’est le Major-Général Wolfe que voici, Mademoiselle !. LEA. (S’inclinant vers Wolfe.) Agréez mes sincères sentiments de reconnaissance, général.

Wozre. (H mer Oh ! ce que j'ai fait là, c’est peu, Madame.

LEA. (Insinuante.)

Pardon, général. ... “mademoiselle.”

Biaor. (Sourian.) C'est un léger lapsus.

Rous.

Veuillez croire, Mademoiselle, qu’en agissant ainsi, le général Wolfe a su combler, à nous-mêmes, nos secrètes pensées, car, vous comprenez, nous voulions tr: « vous prouver que les Anglais ne sont pas de vulgaires barbares, cu:me onse plaît si bien à le faire croire dans certains de vos camps !

Lea.

Je vous demande pardon, Monsieur, mais je ne crois pas que personne des nôtres ait pu penser de la sorte de votre nation, car, selon moi, vous êtes tous les plus parfaits gentilshommes que j'ai rencontrés jusqu’à ce jour.

Tous.

Oh!.... Oh!.... flatteuse. ... trop flatteuse, Mademoiselle. LEA. {Humblement.)

Pas du tout, Messieurs, c'est l’exacte vérité! ...(Souriant.) Ilest vrai que vous êtes aussi les premiers gentilshommes anglais avec qui j'ai parlé depuis ma naissance! ...

Tous. (Riant et applaudissant.)

Ah!.... Ah!.... Ah!.... Bien!.... très bien!....

WOLFE

Allons, Mademoiselle, à table!. ...

Lea.

Avec votre consentement, général, je prends la place qui m'a été

offerte par mes compatriotes.

WOoLFE Sans doute.... Vous avez carte blanche, Mademoiselle, car nous

avons confiance en vous. | Biaot. (À Léa, qui s’est assise entre lui et Varin.)

Une côtelette, ma chère belle !....

VaRIN.

Et du vin... capiteux TE Léa.

Trop aimable, Messieurs. .(Elle se met à boire et manger, puis lous les autres Personnages en font autant.) Bicor. (Après un silence.)

Il vous ferait peut-être plaisir d'apprendre qui je suis, Mademoiselle ?....

(A Bigot.) Bien... d’après le nom que vous a donné le général Wolfe tout à l’heure.... vous êtes un M. Bigot, comme l’Intendant de la Nou-

velle-France, je crois ?.

Bigor. (Se gourmant.)

Oui, Mademoiselle, et c’est au chevalier François Bigot lui-même à qui vous avez l'honneur de parler.

VARIN. (Même jeu.) Et à son assistant, Mademoiselle.

Léa.

Abt.... vraiment, Messieurs, je n’avais jamais encore eu le plaisir de vous rencontrer, mais je vous connaissais de NOM, Car, VOUS savez, On parle beaucoup de vous, à Montréal, comme donnant des bals splendides, autant à votre château de Beaumanoir qu’à votre ‘maison bleue ”’ de Ste-Foye. Aussi, je suis heureuse maintenant de la bonne idée que j'ai eu de m’évader de là-bas, puisque j'ai, aujourd’hui, le bonheur de dîner en aussi agréable compagnie.

BiGor. :

Et chose bizarre, Mademoiselle, c’est que nous avons eu, M. Varin et moi, exactement la même pensée que vous : c'est-à-dire, passer au plus tôt à l'Anglais !.... Voyez-vous, la situation n’est plus tenable à Québec, nous n'avons plus rien à nous mettre sous la dent ; enfin,

une Vraie disette au temps de Jacob, quoi !.... A propos, Mademoi-

EN He

selle, mais puisque nous voici, tous deux, à peu près dans le même délit, je crois que nous sommes faits pour nous entendre ?..….. Léa. (Toujours gracieuse.) Pourquoi pas ?....

WOLFE

Pardon, Mademoiselle, mais nous serions enchantés de connaître

votre nom ?....

JERVIS

Ceci nous obligerait beaucoup, veuillez le croire... BiGoT. (Avec comique désolation.)

Au fait !.... j'allais oublier cette politesse. ... J'en perds, Mes-

sieurs. ... Je ‘icillis !. ... Ah ! Mademoiselle, pardonnez !. LÉA. (Se levant à demi.)

Vous l’étiez à l'avance, chevalier. (A Wolfe.) J'ai eu le plaisir de le décerñer déjà, tout à l’heure, aux Messieurs qui m’ont interrogée, général, mais cependant, je me rends volontiers à votre légitime demande, en considération que je m'aperçois qu’on ne vous a pas encore appris qui je suis !.... Je me nomme Léa de la Feuillée général...

WoLre. (Se levant à demi aussi.)

Enchanté, Mademoiseile, de votre connaissance, et soyez persuadée que l'état-major se fera un devoir de vous protéger jusqu’à l’échéance de la guerre, et même après, si cela vous était nécessaire ..

LÉA. (Reprenant son siège, imitée par Wolje.) Merci affectueusement pour votre délicate attention, général... BiGor,

C’est singulier, Mademoiselle, je suis passablement roué sur les blasons de la Nouvelle-France, et je ne connais pas, ni n'ai jamais entendu prononcer votre dernier nom.

Léa. (Rieuse.)

C’est ce qui vous prouve, M. Bigot, qu’il s’en trouvait un que vous ne connaissiez pas encore !....

Tous. (Riani.)

Ah!....Ah!.... très bien !.... Fort bon !....

Bicor. (Même jeu.)

Bien tapé !.... (Se lévant, la coupe à la main.) Messieurs, je de propose la santé des dames !.. :.

Tous. (Applaudissant.)

Hourra !.... Hourra |...

Wozre, (Se levant aussi.) Soit !.... À la santé des dames en général, Messieurs, mais en

particulier et surtout, des dames Anglaises et Françaises, sans oublier les Canadiennes !.

| Tous. (Même jeu.) Hourra !.... Hourra ! * Hourra !.... (Ils boivent.) LÉA. (Se levant à demi.)

Messieurs, agréez mes remerciements, et pour mes sœurs et pour moi !....Je ne regrette qu’une chose, c'est que les convenances ne me permettent pas de proposer la santé des hommes !.... (Elle dit sa dernière phrase en souriant et en reprenant son siège.)

Tous. (Riant et applaudissant.)

Bravo !.... Mademoiselle !.… .. bravo !....

Léa. (Confuse.)

Je vous en prie, Messieurs, cessez vos f élicitations.

WoLre.

Du tout, Mademoiselle, et je me sais gré au chevalier Bigot de. sa bonne proposition.

Bicor. (Saluant.)

Merci, général...

JERvis.

Ceci nous donne occasion d'apprécier hautement la courtoisie des Français à l'égard des dames.

VaRIN. (Embarrassé.) Décidément. ... Messieurs. + Vous allez nous rendre confus. .… Léa, (ronique.)

Craindriez-vous done, M. Varin, de devenir confit ?....

(Tous applaudissent ei rigolent Varin qui boit Pour se consoler.)

WorE. (Se levant de nouveau.)

Pardon, Messieurs, et vous Mademoiselle, de vous déranger ainsi un peu dans le plaisir, mais, comme nous voici au dessert, nous avons M. Bigot et moi, une petite affaire à régler. (A Bigot.), Avez-vous apporté, chevalier, ce qui a été convenu hier entre M. Varin et moi ?..

Biaor. (Se levant aussi.)

Oui, général !.... (Il tire un document de son habit.) Voici le plan demandé.

LÉA. (À part.)

5 7. à ER

WOLFE

Parfait !.... (Tirant une bourse de son gousset.) Voici le cadeau en échange.... (1! fait l'échange avec Bigot.) A propos, dites-moi, monsieur, i! doit y avoir des troupes qui gardent ce passage à son entrée sur la plaine ?....

BiGor.

Il y en avait beaucoup, général, mais elles ont été retirées aujourd’hui même jar une petite ruse de ma part. Ainsi, en exécutant votre manœuvre sous court délai, vous ne trouverez là, somme toute, qu’un faible poste, commandé par l'officier Vergor, un homme sans énergie et que je saurai bien contraindre à vous laïsser la place libre, sans trop de fracas !....

WOoLFE.

Fort bien !.... Maintenant, (S’adressant à Bigot et Varin.) Messieurs, vous permettrez bien, n'est-ce pas, que nous prenions nos précautions quand même ?.... Nous avons décidé de ne vous laisser repartir que lorsque nous serons convaincus par nos propres yeux que ce sentier secret existe !.... (1! reprend son siège et se concentre dans la lecture du document.)

B:or. (Reprenant son siège aussi.)

Ce n'est que trop juste, général.

VARIN. (À part.)

Ab! bigre !.... Il est prudent, le général anglais !.... Heureu-

sement, Bigot a prévu le cas, car il ne faut pas demeurer plus long-

RE NAREMEET | 5303 Erre 1

Es temps ici, ça nous perdrait !....

(A ce moment , un des soldats s#rvants apporte un message à Jervis) JERvIS. (Après avoir lu, se levant debout.)

Messieurs, jai d’heureuses nouvelles à vous apprendre !. Cette

lettre est de notre ami Sto k VARIN, (A part.)

Bravo !..…..

Bicor. (Même jeu.)

Enfin !....

Tous. (Surpris.)

Du capitaine Stobo !.

WoLre,

Comment est-il ce cher ami ?.... Trouve-t-il sa captivité bien longue dans le Camp français ?...,

Hozwss, Dites vite, je vous en prie....

JERVIS

Vous n'y êtes pas du tout, Messieurs, le capitaine Daniel Robert Stobo s’est évadé de Québec, il y a quelque temps !.... Il est maintenant en sûreté À bord du ‘“ Terreur-de-France ‘1... C’est de là qu’il m'éerit !....

WOLFE

Dieu soit béni !....

TOWNSHEND

Vive Stobo !. ...

Tous. (Joyeur.)

Vive Stoho !.... Hourra ! ;

JERvIS.

Oui, Messieurs, nous pouvons et devons fêter royalement le retour du Capitaine parmi nous, car c’est un brave entre les braves, puisqu'il à su mettre sa captivité à profit. Vu qu’il est très indisposé en ce moment, il me mande à son chevet, afin de me communiquer le secret des Plaines d'Abraham, qu'il a réussi à surprendre durant le temps

de

de sa détention comme ôtage !....

Tous,

Hourra !.... Hourra !..

Biaor.

C'est moi-même, Messieurs, qui ai favorisé l'évasion du major Stobo, afin de vous faire prouver, par quelqu'un des vôtres, que le sentier secret existe. Ainsi, Messieurs, mon compagnon et moi, nous croyons avoir pleinement rempli nos conditions.

WOLFE

Très bien, Messieurs, et nous sommes contents de vous. Biaor.

Par conséquen:, nous sommes libres de retourner quand il nous

plaira de le faire ?.... :

WOLFE

À votre guise, Messieurs ; cependant, je vous l'avoue en toute franchise, sans vouloir vous offenser, il me serait de beaucoup plus agréable de ne vous voir laisser le navire qu’à la tombée complète de

la nuit, car, de cette manière, comme alors vous ne pouvez arriver

dans Québec que demain matin, ceci nous éviterait la crainte de penser à une trahison de votre part à notre égard !.... L Biaor.

Parfait ! général, vous aurez cette nouvelle satisfaction. (Se levant, la coupe à la main.) En attendant, avant de vous laisser, Messieurs, afin de vous remercier dignement pour la cordiale réception dont, mon assistant et moi, nous venons d’être l’objet de votre part, je propose donc la santé de l'Angleterre !....

Tous. (Avec enthousiasme.)

Hourra !....

LÉA

(Se levant brusquemen!, elle saisit Bigot par les épaules et l’entraîne forcément et vivement jusqu'au milieu de l’avant-scène, où là, lui ayant arraché la coupe des mains, elle la brise en la jetant sur le sol et en criant:) Lâche !.... Triple lâche !....(A part) Mon Dieu! Qu'ai-je fait ?.... Je me suis trahie !....

(Confusion d’un instant dans le groupe attablé. On laisse là le

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RSS MPRRRSTES

Jestin pour venir entourer, à demi, Bigot et Léa.) Bicor. (Absourdi Par la surprise.)

Qu'est-ce à dire ?.... Devenez-vous folle, ma chère ?....

LÉA. (Avec vigueur.)

Ne jouez donc pas aux plus fins, Bigot !. Non content de vendre le secret des Plaines d'Abraham, vous poussez la f'élonie jusqu'à Proposer la santé de l'ennemi ?. Mais, vous devriez mourir de honte !.... Ah! heureusement, vous Prouvez bien que vous n’êtes qu’un chevalier de f raiche date !....

Bicor. (S’élançant vers Léa.)

Misérable.…. je vais t'étrangler !....

WoLre. (Se jetant entre eux. )

Arrière !.... Monsieur, on ne frappe pas une femme devant moi !....

Biaor. (Vordant Passer outre.)

Laissez-moi écraser cette vipère, général !.... car j'ai la convic-

tion que cette fille est une espionne !....

JERvis. (Reculant Bigot.)

Nous nous en doutions, Monsieur, mais quelle que soit la condi-

tion de cette Personne, ce n’est pas À vous de la punir, LÉA. (Résolument. )

Et bien, oui, Messieurs, je suis une espionne et je jette bas le masque pour vous prouver que si vous avez là, devant vous, deux Français traîtres à leur Patrie, moi, faible rejeton de ma race, je ne crains pas, même devant vous tous, de crier gaiement : Vive la France !.... Messieurs, Puisque maintenant je suis perdue, je puis bien vous le dire, j'ai conçu le projet de venir ici parce que je savais y rencontrer ce félon de Bigot et son chien, qu’on appelle Varin !.. 7e C’est parce que je savais que ces hÿpocrites tramaient encore quelque chose contre le Pays, et que je voulais en apporter la preuve à M. de Montcalm, à qui j'ai fait cette promesse !. Je ne pourrai peut-être plus la remplir, cette Promesse, maintenant que j'ai eu, tout-à-l’heure, l’imprudence de me dévoiler ; mais, qu'importe ! avant de mourir, j'ai, au moins, la joie de jeter à la face de ces mMisérables, les bassesses dont ils se sont rendus coupables,

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