SCENE II
Oh ! oui...
“ Vergor et Rouvigny ”
Rouviany. (Désignant la cabane.)
Ils sont bien heureux, eux, ils vont dormir...
VERGOR
Oh ! Charles, que dis-tu là ?....Je ne te croyais pas si peu sensible !.... Mais tu ne vois donc pas comme cette nuit est belle, quoique sans lune, et comme il fait bon de la contempler, ainsi, comme nous le sommes en ce moment, presque suspendus entre le ciel et l’eau !.... Pour moi, je ressens avec délice, en moi-même, toute la suave poésie qui émane de cette nature si splendide dans sa grandeur et son imposante majesté !.... Ah ! cher ami, ce serait là un beau temps pour arroser mes galons de lieutenant, mais, hélas ! depuis que nous avons pris la guerre un peu à cœur, nous n'avons plus rien, et Bigot, notre ami, semble maintenant nous abandonner parce que nous commençons à être aimés de nos chefs.
Rouvicny.
Laïssons-le faire. ... car, je l'avoue, il m'a toujours fort emballé! Pour moi, tu sais, j'ai décidé de rompre définitivement avec lui !.
VERGOR
Eh bien, moi aussi !. (Changeant de ton et allant s'asseoir sur : une des bûches.) Tonnerre !. qu'il fait donc beau !. quelle température mystérieuse. ... Ah! commé ceci me rappelle notre pur ciel ce Versailles... que veux-tu, Charles, c’est peut-être parce que c’est là que nous avons connu nos adorables fiancées ?. Aussi, je ne saurais te dire, mon ami, combien j'étais heureux de me retrouver avec ma Claire, l’autre après-midi, sur les murs de la ville !.... Je
Rouviany.
Moi de même j'étais joyeux aussi, et si ce n’était cette livrée militaire et la garde précieuse que nous aVons, cette nuit, sur ce bord escarpé des plaines d’Abraham; je crois, qu’en effet, comme toi, ami, je songerais à rêver un peu. Mais, mon cher, nous sommes à la guerre, l'ennemi est près de Nous, sans doute. ...1à.... dans le fleuve ; en conséquence, il faut veiller !.….
VERGOR
Cependant, Charles, je crois que nous pouvons nous permettre de causer un brin, sans faillir à notre devoir. (Désignant la gauche.) Notre sentinelle n’est-elle pas là ?....
Rouvicny.
Si fait !....
VERGOR
Par conséquent, tes craintes sont Vaines.... Je t’en prie, encore une fois, viens t’asseoir près de moi et causons. -
RouviGny. (Alant s'asseoir sur une des bâches, près de Vergor.) De nos fiancées ?....
VERGOR
Ne ris pas, Charles, et avoue toi-même que tu les as trouvées fort gentilles d’être venues, comme cela, librement, nous rejoindre en ce pays. Pour ma part, je ne te Je cacherai pas, ça m'a causé une grande joie, car, pense donc ! Ça faisait trois longues années que je
guerre peut finir, je ne tarderai pas à l’épouser, et ce sera alors la vraie félicité pour moi ; j'en ai, du moins, la ferme conviction !....