SCENE VI
‘“ Changement à vue.”
(Dès que les personnages ci-haut mentionnés se sont mis à genoux, la scène devient noire et le plan du fond se détache vivement sur une hauteur d'une couple de pieds du sol. Alors, dans un fort rayon de lumière, on aperçoit, sur un monticule pelousé, le général Wolje, entouré de son état-major, plus un porte-drapeau et un Iroquois (Indien). Plusieurs coups de feu durant ce temps !....) | WoLre. (Voix forte, s’élançant vers la droite, l’épée—ou le sabre—
au clair.)
En avant !.... Grenadiers !.... En avant !.... (Défaillant de sue sous de nouveaux coups de feu.) Ah!....soutenez-moi, mes amis. ... je suis atteint mortellement. ... je le sens... là !.... Que les soldats ne me voient pas tomber !.... (/ s’affaisse dans les bras
de ses compagnons.) JErvis. (Désignant la droite, avec joie.) Ils reculent. . . . ils fuient !....
WoLre. (Se relevant à demi.)
Qui done ?....
JERvVIS.
Les Français !....
WoLre.
Je meurs content !.... Faites dire au vice-amiral Saunders, ainsi
qu’au général Murray, de s’avancer par la vallée de la petite rivière St-Charles. ... afin de couper la retraite de l’ennemi. ... Hâtez-vous ! .... Adieu.... mes amis....adi....eu!.... (11 meurt dans les bras
de son état-major qui le pleure.)
(4 ce moment, le plan du fond se referme, et la lumière reparaît sur la scène, qui est telle qu’avant le changement à vue.) SCENE VII. ;
‘ Les mêmes qu'avant le hangement à vue” | Rouviany: (Se levant debout et s’avançant près de Montcalm, saluant.)
Pardon, mon général. .. mais je désire vous faire savoir qu'on dit, dans la ville, que le général Wolfe, qui a été très gravement blessé, paraît-il, pendant la bataille, a rendu, presqu’aussitôt, le dernier soupir !.... (I salue et retourne se remettre à genoux à l'écart.)
DE Monrcaim. (De plus en plus faible.)
Vous le voyez, Messieurs, mon funeste pressentiment était juste à l’égard de mon adversaire... Il a été blessé à mort, lui aussi... mais, plus heureux que moi, il volt, en mourant, le triomphe de son pays !.... Ma consolation est d’avoir été vaineu par un ennemi aussi brave !... (Après un temps.) Hélas, je le prévois, les Anglais seront bientôt maîtres de notre cher Québec... .c’est-à-dire sous peu, de la Nouvelle-France entière... nonobstant, mes enfants... respectez cette nouvelle autorité du Canada! Cependant, je Vous en supplie. ... n'oubliez jamais la France !. Vous tous qui m'écoutez en ce moment... redites bien aux absents, combien j'aimais ma seconde patrie !.... Que ceux d entre vous, qui retour- Neront en France.... apprennent alors à ma chère épouse... à mes enfants.... l'attachement sans borne, dont mon cœur était rempli pour eux.... Enfin, racontez au Roi Louis XV que j'ai tenu ma promesse... de sauver la colonie... ou de périr !.... (Dans de derniers efforts.) Vous le Voyez.... mes bons amis.... je meurs -..-sous les ruines de la Nouvelle-France. Que l’on m'’enterre sous les dalles de ce qui reste encore. du monastère des Ursulines.... si ravagé par les boulets anglais ;.... je le veux.... je le dois.... Ah!.... adieu... adi ‘eu.... Pour l’hon....neur..…. . et les Ca....na.... diens-Fran. Gais !.... (11 retombe mort dans les bras d’Arnoux et de Ramsay, cependant que tous les assistants— toujours à genoux—sanglotent.)
Docreur ARrNoux. (La Main sur la poürine de Montcalm.) Messieurs. ... ce “grand cœur ” a cessé de battre !. MONSFIGNEUR DE PONTBRIAND. (Grave et se levant debout, près du chevet :) Oui,.... mes frères... le général marquis Louis-loseph de Montcalm est mort.... mais sa mémoire vivra toujours !
‘“ RIDEAU.” (Fin du quatrième acte et de la pièce.)
Déc. le ler, A. D., 1909,